Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. C... B... A... a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand d’annuler les décisions du préfet du Puy-de-Dôme du 25 juin 2024, lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant à trente jours le délai de départ volontaire, désignant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Par un jugement n° 2401632 du 23 août 2024, la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 21 septembre 2024, M. B... A..., représenté par la SELARL LKJ agissant par Me Gninafon, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement de la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 23 août 2024 ;
2°) d’annuler les décisions du préfet du Puy-de-Dôme du 25 juin 2024, lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant à trente jours le délai de départ volontaire, désignant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S’agissant du jugement attaqué :
– il est entaché d’erreur manifeste d’appréciation et méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
S’agissant de l’obligation de quitter le territoire français :
– elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
– elle a été édictée sans respecter son droit d’être entendu ;
S’agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
– elle méconnait l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’erreur manifeste d'appréciation ;
S’agissant de l’interdiction de retour sur le territoire français :
– elle est insuffisamment motivée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
– la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– la convention entre la République française et la République du Cameroun relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– le code de justice administrative ;
Vu la décision du 1er novembre 2025 par laquelle le président de la cour a désigné M. Stillmunkes, président-assesseur, pour statuer dans le cadre de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris son dernier alinéa ;
Considérant ce qui suit :
Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter les conclusions à fin de sursis à exécution d'une décision juridictionnelle frappée d'appel, les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».
M. B... A..., ressortissant camerounais né le 20 juillet 1985, est entré en France le 28 juillet 2019. Il a présenté une première demande d’asile qui a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 27 juillet 2021, puis par la Cour nationale du droit d’asile le 18 décembre 2021. Sa demande de réexamen a été rejetée pour irrecevabilité par l’OFPRA le 17 janvier 2022, dont la Cour nationale du droit d’asile a confirmé la décision par ordonnance du 29 avril 2022. Enfin, M. B... A... a présenté une seconde demande de réexamen, qui a été rejetée comme irrecevable par l’OFPRA le 1er mai 2023 et par la Cour nationale du droit d’asile par ordonnance du 21 août 2023. Par décisions du 25 juin 2024, le préfet du Puy-de-Dôme lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. B... A... fait appel du jugement par lequel la présidente du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces décisions préfectorales.
Sur le jugement attaqué :
Hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s’imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d’une irrégularité, il appartient au juge d’appel, non d’apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s’est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l’effet dévolutif de l’appel. M. B... A... ne peut dès lors utilement soutenir que la première juge a entaché le jugement attaqué d’erreur manifeste d’appréciation et a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ces moyens n’étant pas de nature à établir l’irrégularité du jugement et devant être regardés comme dirigés contre les décisions préfectorales en litige.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
Il ressort des pièces du dossier que les moyens tirés de la méconnaissance du droit d’être entendu, de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de M. B... A... doivent être écartés pour les motifs retenus par la première juge aux points 4 et 6 du jugement.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
Il ressort des pièces du dossier que le moyen tiré de l’erreur d’appréciation des risques encourus au Cameroun au regard des exigences de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les motifs retenus par la première juge au point 5 du jugement.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :
La décision d’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an opposée à M. B... A... cite l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont elle fait application et expose les éléments de la situation de M. B... A... qui ont déterminé la décision au regard des critères définis par l’article L. 612-10 du même code. Ainsi, cette décision, qui comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est régulièrement motivée.
Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B... A... est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d’injonction et de mise à la charge de l’État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B... A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Puy-de-Dôme.
Fait à Lyon, le 31 mars 2026.
Le président assesseur de la 6ème chambre,
H. Stillmunkes
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,