Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Lyon d’annuler les décisions du 29 août 2024 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination de cette mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans.
Par un jugement n° 2408770 du 11 septembre 2024, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a annulé les décisions du 29 août 2024, enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à un nouvel examen de la demande de M. B... et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour, et a mis à la charge de l’État une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, et des mémoires enregistrés les 22 novembre, 3 décembre 2024 et le 12 février 2025, le préfet du Puy-de-Dôme, représenté par Me Tomasi, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement du 11 septembre 2024 du tribunal administratif de Lyon ;
2°) de rejeter la demande présentée par M. B... devant le tribunal administratif de Lyon et de valider ses décisions.
Il soutient que :
– il a légalement produit devant la cour des pièces du dossier pénal ; ses conclusions tendant à la confirmation de ses décisions du 29 août 2024 sont surabondantes, en ce qu’elles n’ajoutent rien à ses conclusions tendant à l’annulation du jugement attaqué et au rejet de la demande présentée devant les premiers juges ;
– le tribunal administratif de Lyon a jugé à tort que ses décisions méconnaissaient l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
– l’atteinte à l’ordre public est avérée ;
– les autres moyens présentés devant le tribunal doivent être écartés.
Par un mémoire enregistré le 13 janvier 2025, M. A... B..., représenté par Me Gauché (AARPI Ad'vocare), demande à la cour de rejeter la requête et de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il fait valoir que :
– les conclusions tendant à la validation des décisions attaquées en première instance sont irrecevables ;
– la production du procès-verbal de son audition en garde à vue, couvert par le secret de l’instruction en vertu de l’article 11 du code de procédure pénale, dont la transmission à l’administration constitue un délit réprimé par l’article 434-7-2 du code pénal, méconnaît l’obligation de loyauté ; par suite, la requête est irrecevable ; à tout le moins, cette pièce doit être écartée ;
– les moyens de la requête d’appel ne sont pas fondés ;
– l’obligation de quitter le territoire français, fondée sur le fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) sans saisine des services de police ou de gendarmerie pour complément d’information ou du parquet pour information sur les suites judiciaires, a été prise en violation de l’article R. 40-29 I du code de procédure pénale ; le juge administratif n’est pas compétent pour apprécier la régularité de la consultation du TAJ au cours de la garde à vue ; la décision a en outre été prise en violation du secret de l’instruction ;
– en l’obligeant à quitter le territoire français alors que l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s’y opposait, le préfet a commis une erreur de droit ; il a commis une erreur de fait en se fondant sur le motif qu’il n’établissait pas l’existence d’un lien affectif avec sa fille ;
– en ne recherchant pas s’il contribuait effectivement à l’entretien et à l’éducation de sa fille, le préfet a commis une erreur de droit dans l’application de l’article L. 613-1, alinéa 1er du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a commis une erreur de fait en estimant que le lien de parenté n’était pas établi ;
– l’obligation de quitter le territoire français a violé l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
– les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, et fixant le pays de destination de son éloignement sont illégales en ce qu’elles sont fondées sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
– la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en ce qu’elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français et une décision refusant un délai de départ volontaire qui sont illégales ;
– l’interdiction de retour sur le territoire français viole l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
– elle est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation dans l’application de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet ne pouvait retenir qu’il constituait une menace pour l’ordre public et a méconnu l’article L. 612-10 du même code.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 27 novembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
– la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– la convention internationale relative aux droits de l’enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
– l’accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– le code de procédure pénale ;
– le code pénal ;
– le code de la route ;
– la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
– le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Joël Arnould, premier conseiller ;
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant tunisien né en février 2000, a été interpellé le 27 août 2024 par les services de la gendarmerie nationale, dans le cadre d’une information judiciaire pour vol en bande organisée, et placé en garde à vue. Par des décisions prises et notifiées le 29 août suivant, le préfet du Puy-de-Dôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans. Le préfet du Puy-de-Dôme relève appel du jugement du 11 septembre 2024 par lequel le tribunal administratif de Lyon a annulé ces décisions, lui a enjoint de munir M. B... d’une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de son cas et a mis à la charge de l’État le versement d’une somme de 1 000 euros au titre des frais de l’instance.
Sur les fins de non-recevoir opposées par M. B... :
En premier lieu, le préfet du Puy-de-Dôme, en invitant la cour à valider ses décisions, ne saurait être regardé comme présentant des conclusions distinctes de celles tendant à l’annulation du jugement attaqué et au rejet des conclusions présentées par M. B.... Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que les conclusions tendant à la validation des décisions du 29 août 2024 seraient par nature irrecevables, doit être écartée.
En deuxième lieu, le secret de l’instruction, édicté par l’article 11 du code de procédure pénale et mentionné à l’article 434‑7‑2 du code pénal, n’est pas opposable au préfet, qui ne concourt pas à la procédure pénale. Dès lors, la fin de non-recevoir tirée par M. B... de ce que le préfet aurait méconnu le secret de l’instruction et la loyauté de la procédure en produisant le procès-verbal de son audition en garde à vue à l’appui de sa requête d’appel, ne peut être accueillie.
Sur les motifs d’annulation retenus par le premier juge :
En premier lieu, pour les motifs exposés au point 3 ci-dessus, la production devant la cour du procès-verbal de l’audition de M. B... pendant sa garde à vue et d’autres pièces de la procédure pénale ne méconnaît pas la présomption d’innocence. M. B... n’est dès lors pas fondé à soutenir que ces pièces devraient être écartées.
En deuxième lieu, M. B... ne conteste pas que le 13 mars 2024, le peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie de Clermont-Ferrand a constaté qu’il conduisait un véhicule sans permis. Eu égard à l’objet des dispositions du code de la route subordonnant la conduite de certains véhicules à la détention d’un permis, et aux conséquences que peut avoir la méconnaissance de cette obligation, le préfet du Puy-de-Dôme a considéré à bon droit qu’un tel comportement constituait une menace pour l’ordre public. En outre, M. B... a été interpellé et placé en garde à vue dans le cadre d’une information judiciaire portant sur des faits de vol en réunion. Si l’intimé conteste ces faits il ressort de la circonstance qu’il a été ultérieurement mis en examen pour ces faits et placé en détention provisoire à ce titre, qu’il existe des présomptions graves et concordantes de sa culpabilité. Dans ces circonstances, le préfet du Puy-de-Dôme est fondé à soutenir que c’est à tort que la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a jugé qu’il s’était à tort fondé sur le comportement de l’intéressé au motif qu’il n’avait pas fait l’objet de condamnations pénales.
En troisième lieu, aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant signée le 26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
En l’espèce, alors même que M. B..., marié depuis le 9 octobre 2021 avec une ressortissante française, entretient des liens avec la fille née de cette union le 14 avril 2023 et participe à son entretien et à son éducation, eu égard au motif d’ordre public sur lequel reposent notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d’un délai de départ volontaire, celles-ci n’ont pas, dans les circonstances de l’espèce, méconnu l’intérêt supérieur de cet enfant protégé par l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.
Il résulte de ce qui précède que le préfet du Puy-de-Dôme est fondé à soutenir que c’est à tort que le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a, pour annuler les décisions attaquées, retenu les moyens tirés de ce que le requérant n’avait fait l’objet d’aucune condamnation pénale et de ce que l’obligation de quitter le territoire français sans délai violait l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
Sur les autres moyens :
Il appartient toutefois à la cour, saisie de l’entier litige par l’effet dévolutif de l’appel, d’examiner les autres moyens soulevés par M. B... devant le tribunal administratif et la cour à l’encontre de ces décisions.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, aux termes du I de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale : « I. – Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / (…) 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'État. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code ». Aux termes de l’article 17-1 de la loi du 21 janvier 1995 d’orientation et programmation relative à la sécurité : « Il est procédé à la consultation prévue à l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure pour l'instruction des demandes d'acquisition de la nationalité française et de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers et des demandes de visa ou d'autorisation de voyage prévus aux articles L. 312-1, L. 312-2 et L. 312-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que pour la nomination et la promotion dans les ordres nationaux. ».
M. B... soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français est entachée d’un vice de procédure au regard des dispositions du 5° du I de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale précitées, faute pour le préfet d’avoir saisi le procureur de la République d’une demande d’autorisation de consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ), et les services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale et le procureur de la République compétent s’agissant des suites judiciaires réservées aux faits mentionnés dans ce fichier, Toutefois, il ressort du procès-verbal d’investigations du 27 août 2024 que les informations contenues dans le TAJ portées à la connaissance du préfet ont été recueillies par un officier de police judiciaire dans le cadre de l’information judiciaire ouverte sur les faits de vol en bande organisée dans le cadre de laquelle M. B... avait été placé en garde à vue. Par suite, M. B... ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale, qui se rapportent notamment, pour ce qui concerne la police des étrangers, aux enquêtes prévues à l’article 17-1 précité de la loi du 21 janvier 1995 d’orientation et programmation relative à la sécurité qui concerne l’instruction des demandes de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité (…) ». Lorsque la loi prescrit l’attribution de plein droit d’un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait toutefois obstacle à ce qu’il puisse légalement être l’objet d’une mesure d’obligation de quitter le territoire français. Aux termes de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants tunisiens en vertu de l’article 7 quater de l’accord du 17 mars 1988 visé ci-dessus : « L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ». Par ailleurs, aux termes du premier alinéa de l’article L. 613-1 du même code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ». Enfin, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
M. B... fait valoir qu’il a quitté la Tunisie suite à des problèmes financiers, qu’il réside en France depuis 2020, qu’il s’y est marié en 2021 avec une française et qu’il vit avec celle-ci et leur fille, avec laquelle il a des liens affectifs et à l’entretien et à l’éducation de laquelle il contribue. Toutefois, ainsi que cela a été exposé ci-dessus, le préfet du Puy-de-Dôme a estimé à bon droit que son comportement constitue une menace pour l’ordre public. Dans ces conditions, le requérant ne peut prétendre à la délivrance d’une carte de séjour de plein droit sur le fondement de l’article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en prescrivant son éloignement, le préfet n’a commis aucune erreur manifeste d'appréciation et n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
En troisième lieu, le préfet, s’il n’a pas mis en doute la paternité de l’intéressé, a en revanche nié l’existence des liens affectifs entretenus par celui-ci avec sa fille. Toutefois, il résulte de l’instruction que le préfet aurait pris la même mesure d’éloignement s’il s’était seulement fondé sur les motifs tirés de l’irrégularité de l’entrée et du séjour de M. B... en France et la circonstance que son comportement menace l’ordre public.
En ce qui concerne le refus d’un délai de départ volontaire et la fixation du pays de renvoi :
Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à exciper de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l’encontre des décisions lui refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination de son éloignement.
En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :
L’interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans prise à l’encontre de M. B... emporte une longue séparation de sa fille mineure. Ainsi, alors même que la présence en France de M. B... constitue une menace pour l’ordre public, cette mesure, eu égard à sa durée, méconnaît l’intérêt supérieur de cet enfant et doit être annulée. Le préfet n’est dès lors pas fondé à se plaindre que c’est à tort que la magistrate désignée a annulé cette décision.
Il résulte de tout ce qui précède que le préfet du Puy-de-Dôme est seulement fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a annulé ses décisions du 29 août 2024 portant obligation de quitter le territoire français, refus d’un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination, et lui a enjoint de procéder à un nouvel examen de la demande de M. B... et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour.
Sur les frais de l’instance d’appel :
M. B... ayant obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle, son avocat, Me Gauché, peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n’y pas lieu toutefois, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions de M. B... présentées à ce titre.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement n° 2408770 du 11 septembre 2024 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon est annulé en tant qu’il a annulé les décisions du préfet du Puy-de-Dôme du 29 août 2024 faisant obligation à M. B... de quitter le territoire français sans délai, et désignant le pays de destination de cette mesure d’éloignement, et a enjoint au préfet du Puy-de-Dôme de procéder à un nouvel examen de la demande de M. B... et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 2 :
Le surplus des conclusions de la requête du préfet du Puy-de-Dôme est rejeté.
Article 3 :
La demande présentée par M. B... sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 est rejetée.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l’audience du 25 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Yves Tallec, président de chambre,
Mme Aline Evrard, présidente-assesseure,
M. Joël Arnould, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2025.
Le rapporteur,
Joël ArnouldLe président,
Jean–Yves Tallec
La greffière,
Péroline Lanoy
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,