Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Grenoble d’annuler les décisions du préfet de l’Isère du 5 juillet 2023 lui refusant la délivrance d’un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant à trente jours le délai de départ volontaire, désignant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d’un an, ainsi que son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen.
Par un jugement n° 2401801 du 20 juin 2024, le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2024, M. B..., représenté par Me Cans, demande à la cour :
1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Grenoble du 20 juin 2024 ;
2°) d’annuler les décisions du préfet de l’Isère du 5 juillet 2023 lui refusant la délivrance d’un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français, désignant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d’un an, ainsi que son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ;
3°) d’enjoindre à la préfète de l’Isère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision de la cour, sous couvert d’une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 200 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
– elle a méconnait l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
– elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
– elle méconnait l’article 3, 1° de la convention relative aux droits de l’enfant ;
– elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
– elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
– elle méconnait l’article 3, 1° de la convention relative aux droits de l’enfant ;
– elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
– elle méconnait l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
– elle méconnait l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
– elle méconnait l’article 3, 1° de la convention relative aux droits de l’enfant ;
– elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 18 septembre 2024.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
– la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– la convention relative aux droits de l'enfant ;
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– le code de la sécurité intérieure ;
– la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
– le code de justice administrative ;
Vu la décision du 1er novembre 2025 par laquelle le président de la cour a désigné M. Stillmunkes, président-assesseur, pour statuer dans le cadre de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris son dernier alinéa ;
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : / (…) / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens (…) / Les présidents des cours administratives d'appel, (…) ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (…), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement (…) ».
M. B..., ressortissant guinéen né le 2 septembre 1996, est entré en France le 17 novembre 2016 selon ses déclarations. Il a présenté une demande d’asile, qui a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 6 février 2019. Par arrêté du 20 juin 2019, la préfète de l’Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 11 janvier 2023, il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décisions du 5 juillet 2023, la préfète de l’Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. B... fait appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces décisions.
Sur la recevabilité de la requête :
D’une part, aux termes de l’article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « 'L’étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 (…) ».
D’autre part, aux termes de l’article R. 231-1 du code de la sécurité intérieure : « Le système d'information Schengen (SIS) a pour objet d'assurer un niveau élevé de sécurité dans l'espace de liberté, de sécurité et de justice de l'Union européenne, notamment la préservation de la sécurité et de l'ordre publics sur les territoires des États membres de l'espace Schengen. / (…) / Le système d'information Schengen est composé d'une partie centrale dite " de support technique " placée sous la responsabilité de l'Agence pour la gestion opérationnelle des systèmes d'information à grande échelle dans le domaine de la liberté, de la sécurité et de la justice (EU-LISA) et d'une partie nationale dans chaque Etat membre ». Aux termes de l’article R. 231-3 du même code : « La partie nationale du système d'information Schengen est placée sous la responsabilité du ministre de l'intérieur (direction générale de la police nationale) (…) ».
Il résulte des dispositions précitées que l’autorité préfectorale, qui n’est pas en charge de la partie nationale du système d’information Schengen, se borne, lorsqu’elle édicte une interdiction de retour sur le territoire français, à informer l’étranger que cette décision a vocation à donner lieu à un signalement dans ce système d’information. Cette information, dénuée de dimension décisoire, n’est pas susceptible de recours. M. B... n’est dès lors pas recevable à demander l’annulation de la prétendue décision par laquelle le préfet de l’Isère l’aurait signalé aux fins de non-admission dans ce système d’information.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne le refus de séjour :
Il ressort des pièces du dossier que M. B..., entré pour la première fois en France à l’âge de vingt ans, s’y est maintenu irrégulièrement en méconnaissance du rejet de sa demande d’asile et d’une précédente mesure d’éloignement. S’il invoque son concubinage avec une compatriote et la naissance de deux enfants le 5 février 2021 et le 26 septembre 2022, le préfet de l’Isère a relevé que sa compagne est également en situation irrégulière et sous le coup d’une mesure d’éloignement. Par ailleurs, eu égard notamment à leur très jeune âge, rien ne fait obstacle à ce que les enfants du couple accompagnent leurs parents, tous les membres de la cellule familiale ayant la même nationalité. M. B... ne justifie d’aucune insertion particulière et ne conteste pas que le reste de sa famille demeure dans son pays d’origine où sa compagne et lui sont nés et ont vécu la plus grande partie de leur vie. Eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de M. B..., le préfet de l’Isère, en lui refusant le séjour, n’a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts que cette décision poursuit. Les moyens tirés de la méconnaissance de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent en conséquence être écartés. Eu égard à ce qui a été dit sur la situation des enfants du couple, le préfet de l’Isère n’a par ailleurs pas méconnu leur intérêt supérieur au sens de l’article 3, 1° de la convention relative aux droits de l'enfant. Enfin, pour l’ensemble de ces motifs, le préfet de l’Isère n’a pas entaché sa décision d’erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B....
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
Pour les motifs qui viennent d’être exposés et en l’absence de tout autre argument, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’article 3, 1° de la convention relative aux droits de l'enfant, ainsi que de l’erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
En ce qui concerne la désignation du pays de destination :
M. B..., dont la demande d’asile a au demeurant été rejetée, se borne, sans fournir le moindre élément probant, à soutenir qu’il aurait, alors qu’il avait quatorze ans, été forcé à suivre un enseignement coranique et aurait à cette occasion été brutalisé par un oncle et un ami de celui-ci. Ni la matérialité de ces allégations, ni en outre l’existence d’un risque actuel, ne sont toutefois établis. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en conséquence être écarté.
En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français :
Ainsi que l’a à juste titre retenu le tribunal, la base légale tirée de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être, ainsi que l’a demandé le préfet de l’Isère en première instance, substituée à la base légale tirée de l’article L. 612-7 du même code, qui procède d’une erreur de plume dans la décision.
Eu égard à ce qui a été dit au point 6 et en l’absence d’autre argument, le préfet de l’Isère, en faisant interdiction de retour sur le territoire français à M. B... pour une durée qu’il a limitée à un an, n’a pas méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l’article 3, 1° de la convention relative aux droits de l'enfant, n’a pas commis d’erreur d’appréciation des critères définis par l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n’a pas commis d’erreur manifeste dans l’exercice du pouvoir d’appréciation que lui laisse l’article L. 612-8 du même code.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en première instance, que la requête de M. B... est pour partie irrecevable et pour le reste manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, elle doit être rejetée, y compris en ses conclusions aux fins d’injonction et de mise à la charge de l’État des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l’Isère.
Fait à Lyon, le 2 avril 2026.
Le président assesseur de la 6ème chambre,
H. Stillmunkes
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,