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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-25LY00322

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-25LY00322

jeudi 20 novembre 2025

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-25LY00322
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre - formation à 3
Avocat requérantCADOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Lyon d’annuler les décisions du 24 juin 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par jugement n° 2408538 du 19 novembre 2024, le tribunal a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête, enregistrée le 7 février 2025, M. A..., représenté par Me Cadoux, demande à la cour :

1°) d’annuler ce jugement du 19 novembre 2024 ;

2°) d’annuler les décisions du 24 juin 2024 de la préfète du Rhône ;

3°) d’enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt, subsidiairement, de réexaminer sa situation après remise dans le délai de sept jours, d’une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l’État le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


Il soutient que :
– le jugement est entaché d’omission à statuer sur le moyen tiré de ce que l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;
– le refus de renouveler son titre de séjour ne repose pas sur un examen particulier de sa situation personnelle ;
– il est fondé sur des faits matériellement inexacts, dès lors qu’il a validé une année d’études ;
– il est entaché d’erreur d’appréciation des stipulations de l’article 9 de la convention franco-congolaise ;
– l’obligation de quitter le territoire français est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;
– elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n’a pas produit d’observations.

M. A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 8 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
– la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 ;
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
– le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience ;

Le rapport de Mme Soubié ayant été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant congolais, né le 12 juin 1996, est entré en France le 24 septembre 2021, sous couvert d’un passeport revêtu d’un visa de long séjour portant la mention « étudiant » afin de poursuivre des études supérieures. Il a obtenu des titres de séjour « étudiant » régulièrement renouvelés jusqu’au 9 décembre 2023. Le 3 janvier 2024, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par des décisions du 24 juin 2024, la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement dont M. A... relève appel, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces décisions.




Sur la régularité du jugement :

Contrairement à ce que soutient M. A..., les premiers juges se sont prononcés, au point 12 du jugement, sur le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation de l’obligation de quitter le territoire français sur sa situation personnelle. Par suite, le moyen tiré de l’irrégularité du jugement qui aurait omis de se prononcer sur ce moyen doit être écarté.

Sur le fond du litige :

En ce qui concerne le refus de renouveler le titre de séjour :

Il ressort des termes du refus de titre de séjour que la préfète du Rhône a procédé à l’examen détaillé du parcours universitaire de M. A..., quand bien même elle a mentionné de manière erronée qu’il n’avait pas validé sa première année de BTS Gestion des transports et logistique associée. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation de M. A... doit être écarté.

Il ressort des pièces produites que M. A... a validé sa première année de BTS, en dépit d’une moyenne de 9,22/20 au deuxième semestre de son année d’études. Si la préfète a mentionné qu’il ne l’avait pas réussie, cette circonstance est sans incidence sur le constat de l’absence de progression de M. A... dans son cursus entamé au niveau bac+2 à son arrivée sur le territoire français. Par suite, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision serait fondée sur des faits matériellement inexacts.
Aux termes de l’article 9 de la convention franco-congolaise : « Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures (…) sur le territoire de l’autre État doivent, outre le visa de long séjour (…), justifier d’une attestation d’inscription ou de préinscription dans l’établissement d’enseignement choisi (…) ainsi que (…) de moyens d’existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention « étudiant ». Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études (…) et de la possession de moyens d’existence suffisants ». Pour l’application des stipulations de l’article 9 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993, il appartient à l’autorité administrative, saisie d’une demande de renouvellement d’une carte de séjour présentée en qualité d’étudiant, d’apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études effectivement poursuivies en tenant compte de l’assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.
Pour refuser de renouveler le titre de séjour détenu par M. A..., la préfète s’est fondée sur l’absence de progression dans les études de licence en mathématiques suivies par l’appelant et sur la régression dans son cursus en raison de son inscription en BTS Gestion des transports et logistique associée.
M. A... était inscrit en 2e année de licence de mathématiques pour l’année universitaire 2021-2022 puis à nouveau pour l’année universitaire 2022-2023, au cours de laquelle il a obtenu une moyenne de 3,87/20 à la seconde session d’examen après avoir été défaillant à la première. Pour l’année universitaire 2023-2024, il a changé d’orientation et s’est inscrit dans un établissement d’enseignement supérieur privé en vue de suivre des études de BTS « gestion des transports et de la logistique associée » en alternance. A l’issue de cette année d’études, il justifie avoir été admis en 2e année, malgré sa moyenne de 9,22/20 au second semestre. Toutefois, ce changement d’orientation vise l’obtention d’un diplôme de niveau inférieur à celui envisagé initialement et au surplus ne présente pas de cohérence avec le parcours universitaire antérieur. Il s’ensuit que la préfète du Rhône a pu retenir sans erreur d’appréciation que M. A... ne justifiait pas d’une progression dans le cursus suivi.

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

Si M. A... se prévaut de ce que la décision l’obligeant à quitter le territoire français fera obstacle à ce qu’il obtienne son diplôme de BTS, il ne ressort pas des pièces du dossier la nécessité pour lui de poursuivre ses études dans un établissement français et notamment, celui dans lequel il est inscrit. Par suite, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.

M. A... est entré récemment sur le territoire français et ne justifie pas d’une intégration particulière sur ce territoire, en faisant état seulement du contrat conclu pour le suivi de sa formation en alternance et d’une relation avec une ressortissante française dont la stabilité et l’ancienneté ne sont pas démontrées. Au demeurant, M. A... a vécu l’essentiel de son existence dans son pays d’origine où il a nécessairement conservé des liens. Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, la préfète du Rhône, qui n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A... au respect de sa vie privée et familiale, n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761–1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l’État qui n’a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, verse au conseil de M. A... une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.


DÉCIDE :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.


Délibéré après l’audience du 30 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Arbarétaz, président de chambre,
Mme Vinet, présidente-assesseure,
Mme Soubié, première conseillère.








Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2025.


La rapporteure,

A.-S. Soubié
Le président,

Ph. Arbarétaz


La greffière,

F. Bossoutrot





La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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