Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société Viamedis a demandé au tribunal administratif de Clermont-Ferrand « d’ordonner le rejet de titres de recettes irréguliers », émis à son encontre par le centre hospitalier du Mont-Dore, visés dans une saisie administrative à tiers détenteur de 2 224,40 euros du 16 juin 2021 et dans une saisie administrative à tiers détenteur de 5 529,32 euros du 9 juillet 2021, d’annuler les autres titres de recettes visés dans ces saisies administratives, de prononcer la décharge du paiement des sommes de 2 224,40 euros et 5 529,32 euros et d’ordonner le remboursement des sommes qui lui ont été indûment prélevées.
Par un jugement n° 2102049 du 14 mars 2025, le tribunal a rejeté, comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître, les conclusions de la société Viamedis à fin de décharge de l’obligation de payer les sommes figurant dans la saisie administrative à tiers détenteur du 9 juillet 2021 et faisant l’objet des titres de recettes numéros 10352, 10386, 10568 et 10629 ainsi que celles tendant à la main levée des saisies administratives à tiers détenteur, a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l’annulation des titres de recettes numéros 10089, 10262 et 10569 et à la décharge des sommes correspondantes et a rejeté le surplus des conclusions.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 14 mai 2025, la société Viamedis, représentée par la SCP Derriennic & Associés, agissant par Me Lani, demande à la cour :
1°) de réformer le jugement n° 2102049 du 14 mars 2025 du tribunal administratif de Clermont-Ferrand en ce qu’il n’a pas ordonné que lui soient remboursées les sommes indûment perçues par la trésorerie hospitalière du Puy-de-Dôme faisant l’objet des titres de recettes numéros 10089, 10262, 10569 et 10629 ;
2°) d’ordonner à la trésorerie hospitalière du Puy-de-Dôme qu’elle lui rembourse les sommes correspondantes qui représentent un montant de 2 959,40 euros et qu’elle communique les preuves de ces remboursements ;
3°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier du Mont-Dore et de la trésorerie hospitalière du Puy-de-Dôme la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Viamedis soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la juridiction administrative est compétente pour connaître de sa contestation du bien-fondé des créances hospitalières visées par les saisies administratives à tiers détenteur des 16 juin et 9 juillet 2021 et pour ordonner en conséquence la mainlevée de ces saisies ainsi que le remboursement des sommes correspondantes ;
- le tribunal aurait dû enjoindre à la trésorerie hospitalière du Puy-de-Dôme de lui rembourser les sommes prélevées par la voie de ces saisies, correspondant aux titres exécutoires n° 10089 de 825,80 euros émis le 26 mars 2019, n° 10262 de 1 398,60 euros émis le 15 avril 2019, n° 10569 de 720 euros émis le 6 août 2019 et n° 10629 de 670 euros émis le 3 septembre 2019.
Le centre hospitalier du Mont-Dore et la trésorerie hospitalière du Puy-de-Dôme, régulièrement mis en cause, n’ont pas présenté d’observations.
Par une ordonnance du 25 août 2025, l’instruction a été close au 25 septembre 2025.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 janvier 2026 :
- le rapport de M. Gros, premier conseiller,
- et les conclusions de Mme Djebiri, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
La trésorerie hospitalière du Puy-de-Dôme a notifié à la société Viamedis, organisme de gestion du tiers payant pour le compte de mutuelles, une saisie administrative à tiers détenteur auprès de la banque BNP Paribas, datée du 16 juin 2021, d’un montant global de 2 224,40 euros, correspondant à un titre de recette n° 10089 du 26 mars 2019 d’un montant de 825,80 euros et à un titre de recette n° 10262 du 15 avril 2019 d’un montant de 1 398,60 euros, émis par le centre hospitalier du Mont-Dore. La trésorerie a notifié à cette société une autre saisie administrative à tiers détenteur, datée du 9 juillet 2021, d’un montant global de 5 529,32 euros, correspondant à un titre de recette n° 10352 du 21 mai 2019 d’un montant de 2 134,32 euros, un titre de recette n° 10386 du 11 juin 2019 d’un montant de 1 940 euros, un titre de recettes n° 10568 du 6 août 2019 d’un montant de 720 euros, un titre de recettes n° 10569 du 6 août 2019 d’un montant de 65 euros et un titre de recettes n° 10629 du 3 septembre 2019 d’un montant de 670 euros, émis par le même centre hospitalier du Mont-Dore. Par le jugement attaqué du 14 mars 2025, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté les conclusions dirigées contre les titres de recette n° 10352 du 21 mai 2019, n° 10386 du 11 juin 2019, n° 10568 du 6 août 2019 et n° 10629 du 3 septembre 2019, comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre, a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre les titres de recette n° 10089 du 26 mars 2019, n° 10262 du 15 avril 2019 et n° 10569 du 6 août 2019, et a rejeté le surplus des conclusions des parties.
Sur la demande de la société Viamedis tendant à ce qu’il soit enjoint au centre hospitalier de lui rembourser la somme de 2 959,40 euros, correspondant au montant cumulé des titres de recette n° 10089 du 26 mars 2019, n° 10262 du 15 avril 2019, n° 10569 du 6 août 2019 et n° 10629 du 3 septembre 2019 :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public (…) prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. La juridiction peut également prescrire d’office cette mesure. ».
Le non-lieu prononcé par le tribunal sur les conclusions de la société Viamedis dirigées contre les titres de recette n° 10089 du 26 mars 2019, n° 10262 du 15 avril 2019 et n° 10569 du 6 août 2019, tous trois « annulés » par le centre hospitalier le 11 juillet 2023, n’impliquait pas qu’il enjoigne à ce centre hospitalier de rembourser à la société Viamedis les sommes respectives de 825,80 euros, 1 398,60 euros et 65 euros. Par suite, la demande tendant au remboursement de ces sommes, fondée sur ce que le tribunal n’aurait pas su tirer les conclusions de son constat de non-lieu à statuer, ne peuvent qu’être rejetées.
En second lieu, aux termes de l’article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : « Les dispositions du présent article s'appliquent également aux établissements publics de santé. 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales (…) ». L’article L. 281 du livre des procédures fiscales, auquel il est ainsi renvoyé, dispose : « Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / (…) c) Pour les créances non fiscales (…) des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ». Il résulte de ces dispositions que l’ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publics de santé est de la compétence du juge de l’exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.
Concernant la somme de 670 euros objet du titre de recette n° 10629 du 3 septembre 2019 et, pour partie, de la saisie administrative à tiers détenteur du 9 juillet 2021, le tribunal a jugé, à bon droit, que sa contestation, relative au montant de la dette et à l’exigibilité de la somme réclamée et relevant ainsi du contentieux du recouvrement, était portée devant une juridiction incompétente pour en connaître. En conséquence, la demande tendant au remboursement de cette somme de 670 euros, fondée également sur ce que le tribunal n’aurait pas su tirer les conclusions d’un constat de non-lieu à statuer sur une demande d’annulation de ce titre de recette n° 10629 du 3 septembre 2019, est vouée au rejet.
Il résulte de tout ce qui précède que la société Viamedis n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté sa demande tendant à ce qu’il soit enjoint au centre hospitalier du Mont-Dore de lui rembourser une somme de 2 959,40 euros, et d’en justifier.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier du Mont-Dore et de la trésorerie hospitalière du Puy-de-Dôme, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, la somme que réclame la société Viamedis au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société Viamedis est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société Viamedis, au centre hospitalier du Mont-Dore, à la trésorerie hospitalière du Puy-de-Dôme et à la direction départementale des finances publiques du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l’audience du 20 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Pourny, président de chambre,
M. Stillmunkes, président assesseur,
M. Gros, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2026.
Le rapporteur,
B. Gros
Le président,
F. Pourny
La greffière,
N. Lecouey
La République mande et ordonne à la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,