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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-25LY01824

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-25LY01824

mardi 7 avril 2026

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-25LY01824
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge des référés
Avocat requérantJBV AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Grenoble d’annuler l’arrêté du 3 janvier 2025 par lequel la préfète de l’Isère lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.

Par un jugement n° 2500060 du 28 mars 2025, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2025, M. A..., représenté par Me Vadon, de la SARL JBV avocats, demande à la cour :

1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Grenoble du 28 mars 2025 ;

2°) d’annuler l’arrêté préfectoral du 3 janvier 2025 ;

3°) en cas d’annulation pour un motif de forme, d’enjoindre à la préfète de réexaminer sa situation et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans le délai d’un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) en cas d’annulation pour un motif de fond, d’enjoindre à la préfète de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans le délai de trente jours à compter de la notification de l’arrêt à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 1 200 euros en application des dispositions des articles 34 et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
S’agissant de l’obligation de quitter le territoire français :
– elle a été prise en violation de son droit à être entendu préalablement à la prise d’une décision défavorable ;
– elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
– elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences ;
S’agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
– elle est dépourvue de base légale, du fait de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
– elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S’agissant de la décision désignant le pays de destination :
– elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences ;
S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :
– elle est illégale, en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
– elle est entachée d’erreur de droit, dès lors qu’il ne présente pas une menace pour l’ordre public ;
– elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
– elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.


M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juin 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
– la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
– le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Aux termes du dernier alinéa de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents des cours administratives d’appel (…) peuvent, (…) par ordonnance, rejeter (…), après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement. (…) ».

M. A..., ressortissant guinéen né le 10 octobre 2002, est entré en France en 2018 et a été pris en charge par les services de l’aide à l’enfance. En octobre 2020, il a sollicité l’admission au séjour en qualité d’ancien mineur isolé et a fait valoir sa vie privée et familiale en France. L’arrêté préfectoral du 19 mars 2021 lui opposant un refus assorti d’une décision d’éloignement a été annulé par le tribunal administratif de Lyon le 1er octobre 2021, qui a enjoint à la préfète de l’Ain de lui délivrer une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale ». Ce titre de séjour a été renouvelé jusqu’au 15 octobre 2023. Le 3 janvier 2025, il a été interpellé pour infraction à la législation sur les stupéfiants et par un arrêté du même jour, la préfète de l’Isère lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’un an. M. A... fait appel du jugement par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Grenoble a rejeté sa demande tendant à l’annulation de ces décisions.

Sur l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, il ressort du procès-verbal d’audition dressé le 3 janvier 2025 par un agent de police judiciaire, lors de l’interpellation de M. A..., que ce dernier a été invité à présenter l’ensemble de sa situation personnelle et administrative ainsi que ses observations pour le cas où l’autorité préfectorale envisagerait de prendre à son égard une mesure d’éloignement. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait été prise en méconnaissance de son droit à être entendu, issu du principe général du droit de l’Union européenne de bonne administration, doit être écarté.

En deuxième lieu, si le requérant se prévaut de la durée de sa présence et de sa bonne intégration en France, notamment dans le cadre de sa formation aux métiers du pressing et de son activité professionnelle, il ne conteste pas ne pas avoir demandé le renouvellement de sa carte de séjour avant l’expiration de celle-ci, la première démarche attestée consistant en une demande de rendez-vous reçue le 15 mars 2024. Le temps passé en situation irrégulière depuis lors ne saurait être pris en compte comme une marque d’intégration dans ce pays. En outre, il est constant que M. A... ne possède pas de liens personnels ou familiaux de nature à lui conférer le droit de se maintenir sur le territoire français, alors que toute sa famille vit en Guinée, selon ses déclarations aux services de police. Par ailleurs, il ressort du dossier que l’intéressé a été mis en cause en avril 2024 pour des faits de violences avec arme et en janvier 2025 pour vente de stupéfiants, ce qui ne caractérise pas une intégration particulière au sein de la société française, dont le respect des lois est une des composantes. S’agissant de son activité professionnelle, le requérant ne peut se prévaloir d’une insertion professionnelle caractérisée par une ancienneté, une intensité et une stabilité particulières. A la date de la décision en litige, il s’est déclaré sans domicile fixe et dépourvu de ressources. Dans ces conditions, la préfète de l’Isère n’a pas, en décidant de l’obliger à quitter le territoire français porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4, le moyen tiré de ce que la préfète de l’Isère aurait entaché sa décision d’erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur le refus d’accorder un délai de départ volontaire :

En premier lieu, M. A... n’ayant pas établi l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français prise à son égard, il n’est pas fondé à se prévaloir de cette illégalité, par voie d’exception, à l’encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». En application de l’article L. 612-3 du même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : (…) 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour (…), sans en avoir demandé le renouvellement ; (…) 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; (…) 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ».

Il ressort de l’arrêté contesté que la préfète de l’Isère a refusé d’accorder à M. A... un délai de départ volontaire aux motifs, en particulier, que ce dernier n’a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour expiré depuis le 16 octobre 2023, qu’il s’est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français et qu’il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, dès lors qu’il est démuni de document transfrontière et de domicile fixe. Si la décision d’éloignement prise à son encontre le 19 mars 2021 a été annulée et ne pouvait fonder la décision de refus, cette erreur est sans incidence sur le sens de la décision contestée, dès lors, en particulier, qu’il est établi que M. A... n’a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour avant son expiration et que, sans domicile fixe et dépourvu de passeport en cours de validité, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. En outre, s’il soutient n’avoir pu effectuer de démarches afin de présenter, désormais, une première demande de titre de séjour, faute d’obtenir un rendez-vous via la plate-forme numérique, il apparaît qu’il a obtenu un tel rendez-vous le 6 mai 2024, reporté au 12 juillet suivant, et il n’allègue pas avoir, en vain, tenté d’accéder à l’assistance mise en place en préfecture à l’attention des étrangers concernés. Dans ces conditions, ainsi que l’a estimé le premier juge, il n’est pas démontré que la préfète de l’Isère n’aurait pas pris la même décision en ne tenant pas compte de la précédente mesure d’éloignement et elle ne peut donc être regardée comme ayant méconnu les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la désignation du pays de destination :

Le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 5 ci-dessus.

Sur l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an :

En premier lieu, le moyen tiré de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français, soulevé par voie d’exception, à l’encontre de la mesure d’interdiction contestée doit être écarté, faute pour M. A... d’avoir démontré une telle illégalité.

En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au paragraphe 14 du jugement attaqué, qu’il y a lieu d’adopter, les moyens d’appel tirés de l’erreur de droit, de l’erreur d’appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent également être écartés.

Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... est manifestement dépourvue de fondement et doit être rejetée par application des dispositions précitées de l’article R. 222- 1 du code de justice administrative.

La présente ordonnance de rejet n’implique aucune mesure d’exécution et par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d’injonction présentées par l’appelant. Celui-ci étant, en outre, partie perdante à l’instance, ses conclusions tendant à la mise à la charge de l’Etat d’une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent également être rejetées.


ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l’Isère.


Fait à Lyon, le mars 2026.


Le président,




Eric Kolbert


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,


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