Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure
M. B... a demandé au tribunal administratif de Lyon d’annuler l’arrêté du 15 novembre 2024 par lequel la préfète du Rhône l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours, a fixé la République Démocratique du Congo, Etat dont il a la nationalité, comme pays de destination et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.
Par jugement n° 2412302 du 13 mai 2025, le tribunal a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour
Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2025, M. A... B..., représenté par Me Jean-Philippe Petit, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement et l’arrêté du 15 novembre 2024 le concernant ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Rhône, d’une part, de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification de l’arrêt et après remise d’une autorisation provisoire de séjour et de travail, d’autre part, d’effacer son signalement du système d’information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, le cas échéant, du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
– l’obligation de quitter le territoire français ne repose sur aucune base légale, dès lors que sa demande de titre de séjour était en cours d’instruction et qu’il résidait régulièrement depuis plus de dix ans sur le territoire ;
– elle ne repose pas sur un examen particulier de sa situation personnelle ;
– elle repose sur une procédure irrégulière, faute de consultation de la commission du titre de séjour, dans la mesure où sa demande de titre de séjour était complète ;
– elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;
– la fixation du pays de destination est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
– l’interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire ;
– elle est insuffisamment motivée quant à l’examen des critères justifiant du principe et de la durée de l’interdiction et méconnaît les dispositions qui lui sont applicables ;
– elle ne repose pas sur un examen particulier de sa situation personnelle ;
– ses motifs sont entachés d’erreur matérielle, dès lors qu’il a entamé une démarche de régularisation depuis le dernier refus de titre de séjour qui lui a été opposé ;
– sa durée méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits et de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n’a pas produit d’observations.
La demande d’aide juridictionnelle de M. B... a été rejetée par une décision du 2 juillet 2025.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
– la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
– le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a été dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Après avoir entendu au cours de l’audience publique :
– le rapport de M. Arbarétaz,
– et les observations de Me Petit, représentant M. B....
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant de République démocratique du Congo né le 9 janvier 1977, est entré irrégulièrement en France le 3 avril 2013, d’après ses déclarations. Il a fait l’objet d’une décision portant refus de séjour le 27 mai 2020. Par arrêté du 15 novembre 2024, la préfète du Rhône l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination et l’a interdit de retour sur le territoire pendant six mois. Par le jugement dont il relève appel, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande d’annulation de cet arrêté.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : (…) 3° L’étranger s’est vu refuser la délivrance d’un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l’occasion d’une demande de titre de séjour ou de l’autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré (…) ».
D’une part, il résulte des dispositions précitées que si la demande d’un étranger qui a régulièrement sollicité un titre de séjour ou son renouvellement a été rejetée, l’obligation de quitter le territoire français susceptible d’intervenir à son encontre doit nécessairement être regardée comme fondée sur un refus de titre de séjour, donc sur la base légale prévue au 3° de cet article. Il en va ainsi tant lorsque la décision relative au séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire interviennent de façon concomitante que, en l’absence de dispositions législatives ou réglementaires prévoyant qu’une décision relative au séjour devrait être regardée comme caduque au-delà d’un certain délai après son intervention, lorsqu’une obligation de quitter le territoire intervient postérieurement à la décision relative au séjour.
Dans cette dernière hypothèse, si la nouvelle obligation de quitter le territoire français intervient sur le fondement d’un refus de titre de séjour devenu définitif, l’étranger exerçant un recours contentieux contre la mesure d’éloignement dont il est l’objet ne peut plus exciper de l’illégalité de ce refus de titre de séjour. Pour autant, il appartient toujours au juge saisi de ce recours, d’apprécier la légalité de la mesure d’éloignement au regard du droit au séjour éventuel de l’étranger à la date de son intervention, le cas échéant, en fonction des changements de circonstances de fait ou de droit intervenus depuis la décision relative au séjour devenue définitive.
D’autre part, le seul dépôt d’une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l’autorité administrative décide de la reconduite à la frontière d’un étranger qui se trouve dans l’un des cas mentionnés à l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, y compris si un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour lui a été délivré pendant la durée d’instruction de cette demande de titre de séjour. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l’attribution de plein droit d’un titre de séjour à l’intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu’il puisse légalement être l’objet d’une mesure d’éloignement.
Il ressort des pièces du dossier qu’un refus de titre de séjour devenu définitif a été opposé à M. B..., le 27 mai 2020. Le 5 décembre 2023, il a déposé des documents sur la plate-forme dédiée en vue d’un rendez-vous en préfecture du Rhône pour le dépôt d’une demande d’admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Toutefois, l’admission exceptionnelle au séjour ne constitue pas un titre de séjour de plein droit et n’est ainsi pas de nature à faire obstacle à l’édiction de l’obligation de quitter le territoire français, à supposer même que M. B... justifie d’une résidence effective sur le territoire français de dix ans. Dans ces conditions, la préfète du Rhône a pu légalement fonder l’obligation de quitter le territoire en litige sur le refus de titre opposé le 27 mai 2020, et le moyen tiré du défaut de base légale de l’obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
La décision contestée détaille la situation administrative de M. B... et notamment la circonstance qu’il résiderait en France depuis plus de dix ans. Elle a ainsi été prise au terme d’un examen particulier de sa situation, quand bien même elle ne fait pas état de sa demande de rendez-vous en vue du dépôt d’une demande de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier doit être écarté.
Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (…). ».
M. B... se prévaut de sa durée de présence en France depuis plus de dix ans et des attaches amicales qu’il a pu nouer. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu’il est célibataire, sans charge de famille en France, qu’il est hébergé dans un foyer et est sans profession, et qu’il n’établit pas être dépourvu d’attaches familiales à l’étranger, son épouse et ses enfants résidant dans son pays d’origine. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n’a pas méconnu les stipulations citées au point 8. Pour les mêmes motifs, la décision n’est pas entachée d’erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle.
Alors que l’administration n’avait pas encore été saisie d’une demande d’admission exceptionnelle au séjour, il ne lui incombait pas d’examiner d’office si l’appelant pouvait être admis exceptionnellement au séjour au vu d’une présence habituelle en France depuis plus de dix ans alléguée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure faute de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté comme inopérant.
Sur la fixation du pays de destination :
Pour les motifs exposés précédemment, M. B... n’est pas fondé à se prévaloir de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français à l’encontre de l’interdiction de retour sur le territoire français.
Sur l’interdiction de retour sur le territoire français :
Pour les motifs exposés précédemment, M. B... n’est pas fondé à se prévaloir de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français à l’encontre de l’interdiction de retour sur le territoire français.
Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers : « Lorsque l’étranger n’est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l’édiction et la durée de l’interdiction de retour mentionnée à l’article L. 612-8 (…) ».
M. B... réitère en appel sa contestation de la motivation de la décision d’interdiction de retour sur le territoire français. Il y a lieu pour la cour d’écarter ce moyen par adoption des motifs du tribunal exposés au point 18 du jugement.
La mention, dans la décision en litige, de ce que l’appelant s’est maintenu sur le territoire français en dépit d’un refus de titre de séjour, dont la légalité avait été confirmée par un jugement du 8 mars 2022, ne caractérise pas une méconnaissance des dispositions citées au point 13.
La décision en litige rappelle la situation administrative et personnelle de M. B..., ce qui atteste d’un examen particulier de sa situation personnelle.
La seule circonstance que M. B... a sollicité un rendez-vous en préfecture, le 5 décembre 2023, pour déposer une nouvelle demande de titre de séjour ne permet pas d’établir que la préfète du Rhône se serait fondée sur des faits matériellement inexacts en ne faisant état que d’un précédent refus de titre de séjour.
Pour les motifs exposés au point 9 et alors même que M. B... serait en attente d’une convocation de la préfecture pour déposer une demande de titre de séjour, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point 8 doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lyon a rejeté sa demande. Par conséquent, la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... et au ministre de l’intérieur. Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Délibéré après l’audience du 12 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Arbarétaz, président de chambre,
Mme Vinet, présidente assesseure,
Mme Corvellec, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2026.
Le président, rapporteur,
Ph. Arbarétaz
La présidente assesseure,
C. Vinet
Le greffier en chef,
Greffier de l’audience,
C. Gomez
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier,