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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA69-25LY02877

COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — Décision N° CAA69-25LY02877

mercredi 1 avril 2026

JuridictionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
SectionCOUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON
N° DossierCAA69-25LY02877
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge des référés
Avocat requérantSCP AUDARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Procédure contentieuse antérieure

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Dijon d’annuler les décisions du 15 septembre 2025 par lesquelles le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement, et l’a assigné à résidence ; d’enjoindre à cette autorité de procéder à un nouvel examen de sa situation , dans un délai de deux mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un jugement n° 2503432 du 13 octobre 2025, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Dijon a rejeté ses demandes.


Procédure devant la cour

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2025 sous le n° 25LY02877, M. A..., représenté par Me Audard, demande à la cour :
1°) d’annuler ce jugement ;
2°) d’annuler les décisions du 15 septembre 2025 par lesquelles le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement, et l’a assigné à résidence ;
3°) d’enjoindre à cette autorité de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification de l’arrêt à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
– le jugement est insuffisamment motivé concernant la réponse du premier juge au moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales soulevé à l’encontre de la décision désignant le pays de destination de la mesure d’éloignement ;
– l’obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– la décision désignant le pays de destination de la mesure d’éloignement méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– la décision portant assignation à résidence est illégale en raison de l’illégalité entachant l’obligation de quitter le territoire français.


Vu le jugement attaqué et les autres pièces du dossier.


Vu :
– la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
– l’accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;
– le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
– le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Aux termes de l’article R. 222-1-7° du code de justice administrative : « Les présidents des cours administratives d’appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent en outre, par ordonnance, rejeter (…) après l’expiration du délai de recours (…) les requêtes d’appel manifestement dépourvues de fondement ».

M. B... A..., ressortissant tunisien né le 17 décembre 2000 à Djerba (Tunisie), est entré irrégulièrement en France à une date indéterminée, selon ses seules déclarations au cours de l’année 2019. A la suite d’un contrôle d’identité par les services de la gendarmerie à Charolles, et après vérification de son droit au séjour, le préfet de Saône-et-Loire, par décisions du 15 septembre 2025, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement, et l’a assigné à résidence dans l’arrondissement de Chalon-sur-Saône. M. A... relève appel du jugement du 13 octobre 2025 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Dijon a rejeté sa requête tendant notamment à l’annulation de ces décisions préfectorales.

En premier lieu, aux termes de l’article 9 du code de justice administrative : « Les jugements sont motivés ».

Contrairement à ce que soutient le requérant, la réponse apportée, au point 6 du jugement attaqué, au moyen tiré de ce que la décision désignant le pays de destination de la mesure d’éloignement aurait été prise en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est suffisamment motivée au regard des prescriptions de l’article 9 du code de justice administrative.

5.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
6.
Si M. A... se prévaut de la durée de sa présence en France, de son mariage le 27 avril 2024 avec une ressortissante française, de l’engagement du couple dans un processus de procréation médicalement assistée et de l’exercice d’une activité salariée en qualité de « technicien fibre » , il est constant que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français , et qu’il n’a effectué aucune démarche en vue de la régularisation de sa situation administrative , même après son mariage , lequel est récent . En outre, il n’établit ni être dépourvu de toute attache dans son pays, où il a vécu continûment à tout le moins jusqu’à ce qu’il ait atteint l’âge de la majorité, ni que la vie commune avec son épouse serait antérieure à leur mariage. La mesure d’éloignement ne peut ainsi être regardée comme ayant porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par l’autorité préfectorale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent ne peut donc qu’être écarté.
7.
En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point précédent, et malgré les effets propres à la décision désignant le pays de destination de la mesure d’éloignement, le moyen tiré de ce que celle-ci aurait été prise en méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne peut qu’être écarté.

8.
En quatrième et dernier lieu, en l’absence d’illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette prétendue illégalité et soulevé par voie d’exception à l’encontre de la décision portant assignation à résidence ne peut qu’être écarté.
9.
Il résulte de tout ce qui précède qu’en application des dispositions du code de justice administrative citées au point 1, la requête de M. A..., manifestement dépourvue de fondement, doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du même code.
ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.


Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de Saône-et-Loire.


Fait à Lyon, le 1er avril 2026.
Le premier vice-président de la cour,
Président de la 3ème chambre
Jean-Yves Tallec
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,





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