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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-19PA02573

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-19PA02573

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-19PA02573
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP DERRIENNIC ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société Menuiserie de la bonne dame Jean G et fils (société G) a demandé au tribunal administratif de Melun, sous le n° 1409552, de condamner le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert à lui verser une somme de 73 667,20 euros au titre du solde de son marché et de l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'allongement de la durée du chantier et, à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert à lui verser une somme de 17 105 euros et de condamner in solidum les sociétés JP Santé, devenue JPS Contrôle, S2ED, R'Tech, Forclum Ile-de-France, Cibétanche, Alpha TP et Igrec Ingénierie à lui verser une somme de 64 988,55 euros.

La société SPR Bâtiment et industrie a demandé au même tribunal, sous le n° 1502585, de condamner le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert à lui verser une somme de 62 359 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'allongement de la durée du chantier et, à titre subsidiaire, de condamner in solidum le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert, les sociétés JP Santé, R'Tech, S2ED, Cibétanche, Alpha TP et Igrec Ingénierie et M. A à lui verser cette somme.

Par un jugement nos 1409552, 1502585 du 6 juin 2019, le tribunal administratif de Melun a :

- condamné le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert à verser à la société G une somme de 5 738,60 euros TTC au titre des travaux du marché et de la révision des prix,

- condamné le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert à verser à la société G une somme de 8 950 euros TTC et à la société SPR Bâtiment et industrie une somme de 2 080,44 euros, assortie des intérêts au taux contractuel à compter du 19 janvier 2015 au titre de la résiliation de leur marché,

- condamné in solidum les sociétés S2ED, R'Tech, Cibétanche, Alpha TP, Igrec Ingénierie et JPS Contrôle à verser à la société G une somme de 10 949,26 euros en réparation des préjudices consécutifs à l'allongement de la durée du chantier,

- condamné in solidum M. A, les sociétés S2ED, R'Tech, Cibétanche, Alpha TP, Igrec Ingénierie et JPS Contrôle à verser à la société SPR Bâtiment et industrie une somme de 43 314,33 euros en réparation des préjudices consécutifs à l'allongement de la durée du chantier,

- condamné in solidum les sociétés S2ED, R'Tech, Cibétanche et Alpha TP à garantir le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert à hauteur de 13,38 % de sa condamnation à verser à la société G une indemnité de résiliation d'un montant de 8 950 euros TTC,

- condamné in solidum les sociétés R'Tech, Cibétanche et Alpha TP à garantir le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert à hauteur de 4,53 % de sa condamnation à verser à la société SPR Bâtiment et industrie une indemnité de résiliation d'un montant de 2 080,44 euros,

- condamné in solidum M. A et les sociétés Igrec Ingénierie, R'Tech, Cibétanche et Alpha TP à garantir la société JPS contrôle à hauteur de 59,01 % des condamnations mises à sa charge au titre du préjudice subi par les sociétés G et SPR Bâtiment et industrie du fait de l'allongement du chantier,

- condamné in solidum M. A et les sociétés JPS Contrôle, S2ED, R'Tech, Cibétanche et Alpha TP à garantir la société Igrec Ingénierie à hauteur de 55,57 % des condamnations mises à sa charge au titre du préjudice subi par les sociétés G et SPR Bâtiment et industrie du fait de l'allongement du chantier,

- condamné in solidum les sociétés JPS Contrôle, Igrec Ingénierie, S2ED, R'Tech, Cibétanche et Alpha TP à garantir M. A à hauteur de 91,4 % M. A des condamnations mises à sa charge au titre du préjudice subi par la société SPR Bâtiment et industrie du fait de l'allongement du chantier,

- condamné in solidum les sociétés Igrec Ingénierie, R'Tech, Cibétanche et Alpha TP à garantir M. A à hauteur de 50,41 % de sa condamnation à garantir la société JPS contrôle,

- condamné in solidum les sociétés JPS Contrôle, S2ED, R'Tech, Cibétanche et Alpha TP à garantir M. A à hauteur de 46,97 % de sa condamnation à garantir la société Igrec Ingénierie,

- mis les frais d'expertise à la charge de la société Igrec Ingénierie à hauteur de 50 %, de M. A à hauteur de 20 % et de la société JPS Contrôle à hauteur de 30 %,

- a rejeté le surplus des conclusions.

Procédure devant la Cour :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 août 2019 et 19 février 2021, la société Alpha TP, représentée par la SCP FGB Avocat, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal en tant qu'il a prononcé à son encontre diverses condamnations solidaires ;

2°) de rejeter les demandes de condamnation présentées à son encontre ou, à titre subsidiaire, de limiter sa condamnation à 1,05 % du montant du préjudice ;

3°) de mettre à la charge de tous contestants les frais et dépens.

Elle soutient que :

- elle n'a aucune responsabilité dans le retard du chantier dès lors qu'aucune pénalité de retard ne lui a été infligée et que son marché ne comprenait pas la réalisation d'une piste de chantier ni sa réfection ;

- c'est à tort que le tribunal l'a condamnée in solidum avec les autres intervenants, la solidarité ne se présumant pas ;

- les intervenants n'ont au demeurant jamais précisé sur quel fondement ils entendaient mettre en cause sa responsabilité.

Par un mémoire enregistré le 4 décembre 2019, la société JPS Contrôle, représentée par la SCP Derriennic Associés, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement en tant qu'il l'a condamnée à indemniser les sociétés SPR Bâtiment et industrie et G et a mis à sa charge 30 % des frais d'expertise et, à titre subsidiaire, en tant qu'il a prononcé le caractère solidaire des condamnations prononcées à son encontre ;

2°) de rejeter toute demande de condamnation formée à son encontre ou, à titre subsidiaire, de limiter à 4,21 % sa part de responsabilité et de ne pas la condamner in solidum ou, à titre encore subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de Brie Comte D, M. A et les sociétés S2ED, Igrec Ingénierie, R'Tech, Eiffage énergie systèmes - Ile-de-France, Cibétanche et Alpha TP à la garantir des condamnations solidaires prononcées à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 8 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Elle fait valoir que :

- l'appel en garantie du centre hospitalier dirigé à son encontre est irrecevable du fait de la fin des relations contractuelles et du caractère définitif du décompte général ;

- les créances dont se prévalent les sociétés G et SPR Bâtiment et industrie sont prescrites ;

- elle n'a aucune responsabilité dans la survenance des préjudices des sociétés G et SPR Bâtiment et industrie ; elle conteste à ce titre sa responsabilité dans le retard du chantier ; en outre, il n'est pas démontré que sa prétendue responsabilité a causé un préjudice à ces deux sociétés ;

- en tout état de cause, sa condamnation ne peut excéder 4,21 % du préjudice subi par les sociétés ;

- si elle devait faire l'objet d'une condamnation in solidum, elle serait fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de Brie-Comte-Robert, de M. A et des sociétés S2ED, Igrec Ingénierie, R'Tech, Eiffage énergie systèmes - Ile-de-France, Cibétanche et Alpha TP à la garantir.

Par un mémoire enregistré le 31 janvier 2020, M. F A, représenté par la SELARL d'avocats Parini-Tessier, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement en tant qu'il l'a condamné à indemniser les sociétés G et SPR Bâtiment et industrie ou, à titre subsidiaire, en tant qu'il l'a condamné in solidum avec les autres défendeurs ;

2°) de rejeter toute demande présentée à son encontre ou, à titre subsidiaire, de limiter à 8,06 % de 10 949,26 euros et 43 314,33 euros le montant des condamnations prononcées à son encontre ;

3°) de mettre à la charge des sociétés G et SPR Bâtiment et industrie ou tout succombant une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- sa responsabilité ne peut être engagée au titre du désordre relatif au désenfumage : d'une part, l'acte d'engagement de maîtrise d'œuvre précise que le groupement est conjoint et qu'il n'est pas, en qualité de mandataire du groupement, solidaire de chacun de ses membres pour ses obligations à l'égard de la personne publique, or la rédaction des notices descriptives et du CCTP relevaient de la société Igrec Ingénierie ; d'autre part, le retard accumulé en raison des désordres affectant le désenfumage est imputable aux tergiversations et changements d'avis tardifs du SDIS ;

- de même, s'agissant du désordre relatif à la ventilation mécanique contrôlée, il relevait de l'intervention de la société Igrec Ingénierie et la responsabilité du SDIS a été complètement éludée ;

- le lien entre les fautes qui lui sont imputées et le préjudice des sociétés G et SPR Bâtiment et industrie n'est en tout état de cause pas établi ;

- à titre subsidiaire, le montant total des condamnations prononcées au profit des sociétés G et SPR Bâtiment et industrie doit être limité respectivement aux sommes de 10 949,26 euros et 43 314,33 euros ;

- il ne peut faire l'objet d'une condamnation solidaire dès lors qu'il n'est pas lié contractuellement aux autres constructeurs et que le groupement dont il fait partie est un groupement conjoint ; sa responsabilité doit dès lors être limitée à hauteur de 8,6 % ;

- s'il devait être condamné, les sociétés Igrec Ingénierie, R'Tech, JPS Contrôle, Alpha TP, Cibétanche et S2ED devront être condamnées à le garantir.

Par des mémoires enregistrés les 5 mai et 18 août 2020, le centre hospitalier de

Brie-Comte-Robert, représenté par la SELARL Ringle Roy et Associés, demande à la Cour :

1°) de rejeter la requête et les appels provoqués de la société JPS contrôle et de M. A ;

2°) de mettre à la charge de la société Alpha TP ou de toute partie perdante une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- les manquements de la société Alpha TP ont causé un retard sur le calendrier d'exécution des travaux ;

- les créances des sociétés G et SPR Bâtiment et industrie sur les sociétés JPS contrôle et Igrec Ingénierie ne sont pas prescrites ;

- les manquements aux règles de l'art dans l'installation du système de désenfumage sont imputables aux différents intervenants, dont la société JPS contrôle en charge de leur contrôle ;

- les désordres sur les installations de ventilation mécanique contrôlée et de désenfumage trouvent leur origine dans des lacunes et des imprécisions imputables à la maitrise d'œuvre dont M. A avait la charge ;

- le désordre relatif au désenfumage est dû, au stade du permis de construire, à des lacunes et des imprécisions imputables à la maîtrise d'œuvre, principalement à la société Igrec Ingénierie ;

- le lien de causalité entre les fautes des sociétés Alpha TP, JPS contrôle et Igrec Ingénierie et de M. A et les préjudices subis par les sociétés G et SPR Bâtiment et industrie est établi ;

- il n'a commis aucune faute à l'origine du retard et de la résiliation du marché ;

- la solidarité ne s'apprécie pas à hauteur du quantum de responsabilité retenu par l'expert mais au vu de l'intégralité des manquements imputables aux constructeurs à l'origine de la résiliation du marché ;

- la solidarité imposait aux titulaires fautifs de garantir le centre hospitalier des condamnations prononcées à son encontre du fait de la décision de résiliation imputable à l'ensemble des fautes ayant entrainé 36 des 47,5 mois de retard.

Par un mémoire enregistré le 7 mai 2020, la société Igrec Ingénierie, représentée par la SELARL Legabat, demande à la Cour :

1°) de réformer le jugement en ce qu'il a prononcé des condamnations à son encontre et des condamnations au profit des sociétés SPR Bâtiment et industrie et G à l'encontre des sociétés S2ED, R'Tech, Cibétanche, Alpha TP et JPS Contrôle ;

2°) de rejeter la requête ;

3°) de rejeter toute demande de condamnation formée à son encontre ou à titre subsidiaire, de minorer sa condamnation à hauteur de 44,43 % du préjudice et de condamner in solidum ou subsidiairement chacun à hauteur de sa part de responsabilité le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert, M. A, M. E et les sociétés S2ED, R'Tech, JPS Contrôle, Alpha TP, Cibétanche et Eiffage énergie systèmes - Ile-de-France à la garantir intégralement de toute condamnation qui pourrait être prononcée à son encontre ;

4°) de condamner la société G, le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert, M. A, M. E et les sociétés S2ED, R'Tech, JPS Contrôle, Alpha TP, Cibétanche et Eiffage énergie systèmes - Ile-de-France à lui restituer la somme de 6 364,76 euros qu'elle a réglée en exécution du jugement attaqué au profit de la société G ;

5°) de condamner la société SPR Bâtiment et industrie, le centre hospitalier de

Brie-Comte-Robert, M. A, M. E et les sociétés S2ED, R'Tech, JPS Contrôle, Alpha TP, Cibétanche et Eiffage énergie systèmes - Ile-de-France, à lui restituer la somme de 20 744,56 euros qu'elle a réglée en exécution du jugement attaqué au profit de la société SPR Bâtiment et industrie ;

6°) de condamner le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert à lui restituer la somme de 42 459,75 euros correspondant à 50 % des frais d'expertise, outre les intérêts au taux légal à compter de la notification de la requête et la capitalisation des intérêts ;

7°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 6 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- les demandes des sociétés G et SPR Bâtiment et industrie à l'égard des constructeurs sont prescrites ;

- l'entière responsabilité du centre hospitalier doit être retenue ;

- les demandes du centre hospitalier sont irrecevables du fait de l'intervention du décompte général et définitif ;

- la société Alpha TP n'indique pas en quoi l'expert aurait commis une erreur en retenant sa responsabilité dans le retard du chantier ;

- les postes pour lesquels sa responsabilité a été retenue par l'expert, à savoir la ventilation mécanique contrôlée et le désenfumage, n'ont pu impacter les sociétés G et SPR Bâtiment et industrie, en charge des lots menuiserie et peinture ;

- elle ne pouvait faire l'objet d'une condamnation in solidum avec les autres constructeurs et solidaire avec les autres membres du groupement de maîtrise d'œuvre ;

- le tribunal a statué ultra petita en mettant à sa charge une partie des frais d'expertise ;

- les fautes des différents intervenants sont parfaitement explicitées par le rapport de l'expert et justifient qu'ils soient condamnés à la garantir ;

- elle est également fondée à demander que le centre hospitalier soit condamné à la garantir dès lors que l'expert a retenu qu'il avait une part de responsabilité dans le retard du chantier et qu'il lui a notifié son décompte général sans aucune réserve.

Par des mémoires enregistrés les 27 juillet 2020 et 29 janvier 2021, la société G, représentée par DBCJ société d'avocats, demande à la Cour :

1°) de rejeter la requête de la société Alpha TP ;

2°) de mettre à la charge de la société Alpha TP une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que le jugement de première instance doit être confirmé.

Par un mémoire enregistré le 23 décembre 2020, la société Eiffage énergie systèmes - Ile de France, venant aux droits de la société Forclum Ile-de-France, représentée par Me Cotté, demande à la Cour :

1°) de rejeter toute demande de condamnation présentée à son encontre ;

2°) à titre subsidiaire, de limiter le montant de sa condamnation au montant de 98,15 euros, de rejeter toute demande de condamnation in solidum et de condamner le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert, M. A, les sociétés Igrec Ingénierie, R'Tech, JPS Contrôle, Alpha TP, Cibétanche et SPR Bâtiment et industrie et Maître Garnier en sa qualité de liquidateur de la société S2ED à la garantir de toute condamnation mise à sa charge ;

3°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- la responsabilité de la société Forclum Ile-de-France n'a été retenue qu'à hauteur de 2,11 % et l'expert n'apporte aucune explication technique à ses conclusions ; aucune faute de sa part n'a été établie ;

- si elle devait être condamnée, elle ne pourrait l'être in solidum ;

- si elle devait être condamnée in solidum, elle serait fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de Brie-Comte-Robert, de M. A, des sociétés Igrec Ingénierie, R'Tech, JPS Contrôle, Alpha TP, Cibétanche et SPR Bâtiment et industrie et de Maître Garnier en sa qualité de liquidateur de la société S2ED, à la garantir de toute condamnation mise à sa charge, compte tenu de leurs fautes respectives.

Par un mémoire enregistré le 5 septembre 2022, la société SPR Bâtiment et industrie, représentée par Me Gache-Genet, demande à la Cour :

1°) de rejeter la requête et les appels des intimés ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner les sociétés JPS Contrôle, R'Tech, S2D, Cibétanche, Alpha TP et Igrec Ingénierie et M. A, à hauteur de leur part de responsabilité, à lui verser la somme totale de 43 314,33 euros ;

3°) de mettre à la charge de tout succombant une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Elle fait valoir que :

- sa créance n'est pas prescrite ;

- les constructeurs ont contribué ensemble à l'entier préjudice qu'elle a subi ;

- elle ne conteste pas le préjudice retenu par le tribunal à hauteur de 43 314,33 euros.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions d'appel provoqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des marchés publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme H,

- les conclusions de Mme Lipsos, rapporteure publique,

- et les observations de Me Racinet substituant Me Cotté, représentant la société Eiffage énergie systèmes - Ile-de-France, de Me Pales, représentant la société Igrec Ingénierie et de Me Gache-Genet, représentant la société SPR Bâtiment et industrie.

Considérant ce qui suit :

1. Le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert a lancé en 2004 une opération de construction d'un nouveau bâtiment destiné à accueillir une structure spécialisée pour résidents atteints de la maladie d'Alzheimer et de réhabilitation de deux pavillons à usage de maison de retraite. La fin du chantier était fixée au 20 octobre 2009 mais la réception n'a finalement été prononcée que le 30 avril 2013. En raison du retard du chantier, le centre hospitalier a résilié le marché portant sur la réhabilitation des deux pavillons et a obtenu, en cours d'exécution du marché, la désignation d'un expert afin, notamment, d'évaluer le retard pris dans l'exécution du marché, d'en préciser les causes et la part de chacune des parties et de chiffrer les préjudices subis. L'expert a remis son rapport le 30 avril 2014. Les sociétés G et SPR Bâtiment et industrie, chargées respectivement des lots " menuiseries intérieures " et " peinture ", ont chacune saisi le tribunal administratif de Melun aux fins d'indemnisation de leur préjudice lié au retard du chantier et, pour la première, de paiement du solde de son marché. Par un jugement du 6 juin 2019, le tribunal a joint les deux demandes et y a fait partiellement droit. La société Alpha TP, chargée du lot " VRD aménagements extérieurs ", qui a fait l'objet d'une condamnation par le tribunal, relève appel de ce jugement.

Sur les conclusions d'appel principal :

En ce qui concerne la recevabilité des demandes de première instance des sociétés G et SPR Bâtiment et industrie :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête () contient l'exposé des faits et moyens () ".

3. Si la société G s'est bornée, devant le tribunal administratif, à demander l'indemnisation des conséquences préjudiciables des retards des différents intervenants, sans préciser sur quel fondement leur responsabilité était recherchée, d'une part, il est constant qu'elle n'était liée par un contrat qu'avec le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert, d'autre part, elle s'est référée au rapport d'expertise judiciaire qui décrit la part de responsabilité des constructeurs dans le retard du chantier. Ainsi, sa demande ne présentait aucune ambiguïté quant au fondement de responsabilité recherché, la responsabilité quasi-délictuelle des constructeurs. Par ailleurs, la société SPR Bâtiment et industrie a suffisamment motivé, en première instance, sa demande sur la faute des constructeurs dont elle recherchait la responsabilité. Par suite, le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions de première instance des sociétés G et SPR Bâtiment et industrie dirigées contre les constructeurs doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des condamnations prononcées à l'encontre de la société Alpha TP :

4. En premier lieu, il résulte du rapport du sapiteur auquel a fait appel l'expert désigné par le tribunal que la société Alpha TP est intervenue au début du chantier afin d'en viabiliser l'accès et que la réalisation des voies de chantier a mis un mois au lieu des quinze jours initialement prévus. Le sapiteur a retenu à ce titre la responsabilité de la société à hauteur de

1,05 % du retard total de 47,5 mois du chantier. En se bornant à se prévaloir de ce qu'elle n'a fait l'objet d'aucune pénalité de retard de la part du maître de l'ouvrage, la société Alpha TP ne remet pas en cause cette analyse, qui n'est contredite par aucun élément de l'instruction. Sa responsabilité dans le retard du chantier doit, dès lors, être retenue.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le préjudice chiffré par les sociétés G et SPR Bâtiment et industrie en première instance inclut, notamment, les frais générés par les réunions de chantier supplémentaires, des frais de trésorerie liés au décalage de la facturation des travaux, la présence complémentaire du personnel sur le chantier et la résiliation d'une partie du marché décidée par le centre hospitalier du fait du retard du chantier. Ces frais supportés par les sociétés sont directement liés au retard du chantier. La société Alpha TP n'est dès lors pas fondée à soutenir que la faute qui lui est reprochée est dépourvue de lien avec le préjudice au titre duquel elle a été condamnée.

6. En dernier lieu, lorsque l'une des parties à un marché de travaux a subi un préjudice imputable à la fois à l'autre partie, en raison d'un manquement à ses obligations contractuelles, et à d'autres intervenants à l'acte de construire, au titre de fautes quasi-délictuelles, elle peut demander au juge de prononcer la condamnation solidaire de l'autre partie avec les coauteurs des dommages. En revanche, ces derniers ne peuvent être rendus débiteurs in solidum de sommes correspondant à des préjudices qui ne leur sont aucunement imputables.

7. Il résulte de l'instruction que sur les 47,5 mois de retard qu'a subi le chantier, 36 sont imputables à des fautes des constructeurs. Si la société Alpha TP a contribué, par sa faute, à ce retard, celle-ci, constituée d'un retard de quinze jours seulement, n'est pas à l'origine de la totalité du retard. Dès lors, la société Alpha TP est fondée à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif a prononcé sa condamnation in solidum avec les autres constructeurs, alors que seule sa condamnation au prorata de sa responsabilité pouvait être prononcée à son encontre.

8. Il résulte de ce qui précède que la société Alpha TP est fondée à demander la réformation du jugement attaqué en tant qu'il l'a condamnée in solidum à indemniser les sociétés G et SPR Bâtiment et industrie et non au prorata de sa responsabilité correspondant à 1,39 % du retard de 36 mois que le tribunal a estimé fautif. Il convient dès lors de la condamner à verser une somme de 152,21 euros à la société G et de 602,14 euros à la société SPR Bâtiment et industrie et de réduire à due proportion le montant des condamnations restant à la charge des co-constructeurs.

9. Il résulte également de ce qui précède que la société Alpha TP est fondée à demander la réformation du jugement attaqué en tant qu'il l'a condamnée in solidum à garantir le centre hospitalier de Brie-Comte-Robert et non au prorata de sa responsabilité dans le retard total du chantier. Il convient dès lors de la condamner à garantir le centre hospitalier à hauteur de 1,05 % du montant de l'indemnité de résiliation versée aux sociétés G et SPR Bâtiment et industrie et de réduire à due proportion la condamnation prononcée à l'encontre des autres

co-constructeurs.

10. Il résulte enfin de ce qui précède que la société Alpha TP est fondée à demander la réformation du jugement attaqué en tant qu'il l'a condamnée à garantir les co-constructeurs. La condamnation des co-constructeurs à se garantir entre eux doit en conséquence être réduite à due proportion de la responsabilité de la société Alpha TP dans le retard fautif du chantier, soit

1,39 %.

Sur les conclusions d'appel provoqué :

11. Les conclusions de la société JPS Contrôle, de la société Igrec Ingénierie et de M. A, présentées après le délai d'appel et tendant à la réformation du jugement en tant qu'il a prononcé à leur encontre une condamnation solidaire au profit des sociétés G et SPR Bâtiment et industrie, sont des conclusions à fin d'appel provoqué. L'admission partielle de l'appel principal, qui réduit la condamnation mise à la charge in solidum de ces sociétés au prorata de la responsabilité du co-débiteur exclu de la solidarité, n'aggrave pas la situation des trois intimés au regard de la condamnation prononcée à leur encontre par le tribunal administratif. Dès lors, leurs conclusions d'appel provoqué sont irrecevables.

Sur les frais du litige :

12. Les conclusions de la société Alpha TP présentées sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative n'étant pas chiffrées, elles ne peuvent qu'être rejetées. Il n'y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions des sociétés G et SPR Bâtiment et industrie et du centre hospitalier Brie-Comte-Robert présentées sur ce fondement. Ces dispositions font en outre obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions des sociétés JPS Contrôle et Igrec Ingénierie et de M. A présentées sur ce même fondement. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des sociétés JPS Contrôle et Igrec Ingénierie une somme de 600 euros chacune à verser à la société Eiffage énergie systèmes - Ile-de-France au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les articles 3 à 11 du jugement du tribunal administratif de Melun sont réformés en ce qu'ils ont de contraire aux points 8 à 10 du présent arrêt.

Article 2 : Les sociétés JPS Contrôle et Igrec Ingénierie verseront chacune une somme de 600 euros à la société Eiffage énergie systèmes - Ile-de-France en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la société Alpha TP, au groupe hospitalier Sud Ile-de-France, à la société G, à la société SPR Bâtiment et industrie, à la société JPS Contrôle, à la société Igrec Ingénierie, à la société R'Tech, à la société AXA France Iard, à Me Garnier, liquidateur de la société S2ED, à M. F A, à M. C E, à la société Eiffage énergie systèmes - Ile-de-France et à la société Cibétanche.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mireille Heers, présidente de chambre,

Mme Claudine Briançon, présidente-assesseure,

Mme Saint-Macary, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

M. H

La présidente,

M. B

La greffière,

A. GASPARYAN

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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