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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-20PA01401

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-20PA01401

jeudi 19 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-20PA01401
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantMEILHAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société Andyrest a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'avis de sommes à payer valant titre exécutoire n° 258770 émis à son encontre le 2 octobre 2017 par le maire de Paris au titre des droits de voirie pour l'année 2017 pour un montant de 133 334,52 euros et de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 69 696,97 euros correspondant, d'une part, aux droits de voirie additionnels concernant les dispositifs de chauffage, les écrans rigides et les parasols et, d'autre part, à la majoration des tarifs pour la terrasse ouverte et la contre-terrasse d'une superficie supérieure à 20 m2.

Par un jugement n° 1800955/4-1 du 14 avril 2020, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 6 juin et 28 octobre 2020, la société Andyrest, représentée par Me Meilhac, demande à la Cour :

1°) d'enjoindre à la Ville de Paris de produire les " lourdes études préalables " dont la direction de l'urbanisme s'est prévalue dans le cadre du rapport d'audit réalisé contradictoirement par l'Inspection générale en avril 2016 ;

2°) d'annuler le jugement n° 1800955/4-1 du 14 avril 2020 du tribunal administratif de Paris ;

3°) d'annuler le titre exécutoire n° 258770 émis le 2 octobre 2017 ;

4°) de la décharger du paiement de la somme de 45 261,85 euros au titre des droits de voirie additionnels concernant les dispositifs de chauffage, les écrans rigides et les parasols de plus de

3 m2 ;

5°) de la décharger du paiement de la somme de 24 435,12 euros au titre de la majoration des tarifs pour la terrasse ouverte et la contre-terrasse d'une superficie supérieure à 20 m2 ;

6°) à titre subsidiaire, de la décharger du paiement de la somme de 26 179,58 euros correspondant à l'erreur de taxation opérée par la Ville de Paris (application du code 580) ;

7°) de mettre à la charge de la Ville de Paris la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée en ce que, s'agissant de la taxation des parasols, elle fait mention de la superficie de la terrasse ouverte et non de la surface déployée par ces dispositifs ;

- pour les mêmes motifs, elle est entachée d'une erreur de fait ;

- en l'absence de production du titre de recette original qui ne lui a pas été communiqué, il n'est pas possible de s'assurer du respect des dispositions des articles L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;

- le jugement est insuffisamment motivé en ce qu'il n'a pas répondu à toutes les branches du moyen tiré de l'erreur de droit et en particulier l'impossibilité de déterminer l'avantage spécifiquement procuré par l'installation des dispositifs de chauffage et d'écrans de protection et la charge de la preuve de ce que le tarif contesté correspond à l'avantage spécifiquement procuré par ces dispositifs ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en ce que la Ville de Paris, à qui il incombe de le faire, n'établit pas que le tarif appliqué aux dispositifs de chauffage et d'écrans de protection correspond à l'avantage spécifiquement procuré par ces dispositifs, alors même que ces tarifs, qui sont calculés selon la surface occupée et non le nombre de ces accessoires, sont très substantiellement supérieurs aux tarifs des droits ordinaires pour la même emprise et qu'ils ne sont justifiés par aucun critère, sinon par le motif illégal du souhait de dissuader les établissements ;

- l'arrêté du 13 janvier 2017 comporte une erreur de droit en ce que n'est pas justifié le supplément pour l'installation d'écrans sur une terrasse ouverte alors que les droits ordinaires sont déjà dus pour l'installation d'écrans d'une hauteur inférieure à 1,30 mètre, ce supplément étant manifestement excessif ;

- les tarifs sont disproportionnés en ce qu'ils ne correspondent pas à l'avantage procuré ;

- les tarifs sont discriminatoires dès lors que s'agissant des chauffages, ils sont de 2 à 6 fois supérieurs à ceux pratiqués pour une terrasse ouverte de la même catégorie ;

- la décision est entachée d'erreurs de fait dès lors que :

. la présence des chauffages n'est pas établie ;

. la présence d'écrans d'une hauteur supérieure à 1,30 mètre n'est pas établie ;

. la surface retenue pour les parasols de plus de 3 m2 n'est pas justifiée ;

- la majoration liée à la superficie appliquée pour la terrasse ouverte et la contre-terrasse, déjà taxées selon la surface occupée, constitue ainsi une double taxation et ne peut être fondée sur un motif tiré de la régulation des empiètements sur le domaine public en principe affecté à la libre circulation des piétons, ce dernier motif ne pouvant au demeurant être légalement retenu comme l'a jugé le Conseil d'Etat dans une décision du 29 juin 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2022, la Ville de Paris, représentée par

Me Falala, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Andyrest la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- la délibération 2011 DU 54 des 28, 29 et 30 mars 2011 du Conseil de Paris portant réforme des droits de voirie ;

- l'arrêté du maire de Paris du 6 mai 2011 portant règlement des étalages et terrasses applicable, à compter du 1er juin 2011, sur l'ensemble du territoire de la Ville de Paris ;

- l'arrêté de la maire de Paris du 13 janvier 2017 fixant les tarifs applicables aux droits de voirie à compter du 1er janvier 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Guilloteau, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gorse, substituant Me Falala, représentant la Ville de Paris.

Considérant ce qui suit :

1. La société Andyrest est titulaire d'un bail commercial portant sur des locaux situés au D, dans le 8ème arrondissement de Paris, exploités sous l'enseigne " Le bistrot des Champs-Elysées ". Elle a été autorisée, par un arrêté du 10 décembre 2010, à installer une terrasse ouverte délimitée par des écrans parallèles de 14,26 mètres de long sur 5 mètres de large contre la façade de l'immeuble. Le 14 mars 2011, la société Andyrest a déposé une demande en vue de l'installation d'une seconde terrasse de 14,26 mètres de long sur 2,5 mètres de large. Par un arrêté du 10 août 2011, a été autorisée l'installation d'une seconde terrasse contiguë à la première. Le 13 septembre 2013, la société Andyrest a déposé une demande d'autorisation d'une contre-terrasse de 28 mètres de long sur 5 mètres de large. Par arrêté du 4 novembre 2013, le maire de Paris a abrogé l'autorisation du 10 août 2011 et autorisé l'installation d'une contre-terrasse de 28 mètres de long sur 5 mètres de large. Par un titre de recettes n° 258770 émis le 2 octobre 2017, le maire de Paris a mis à la charge de la société Andyrest la somme de 133 334,52 euros au titre des droits de voirie pour la période du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2017. La société requérante a demandé l'annulation de ce titre de recettes. Par un jugement du 14 avril 2020 dont elle relève appel, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Sur la régularité du jugement :

2. La société requérante soutient que le jugement n'est pas suffisamment motivé en ce qu'il n'a pas répondu au moyen tiré de l'impossibilité de déterminer l'avantage spécifiquement procuré par l'installation des dispositifs de chauffage et d'écrans de protection et de la charge de la preuve de ce que le tarif contesté correspond à l'avantage spécifiquement procuré par ces dispositifs.

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

4. En relevant qu'en se bornant à indiquer que les droits de voirie mis à sa charge au titre des chauffages et écrans installés sur les terrasses que la société exploite sont 6,8 fois supérieurs aux droits de voirie dus au titre de l'occupation du domaine public, sans apporter aucun justificatif relatif à son chiffre d'affaires et à la rentabilité des dispositifs de chauffage et de protection en cause, ni aucun élément permettant d'établir que la redevance mise à sa charge n'aurait pas été fixée au regard des avantages de toute nature procurés par l'exploitation, les premiers juges ont suffisamment motivé leur jugement.

Sur le bien-fondé du jugement

5. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre. Statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

En ce qui concerne la légalité interne du titre de recette contesté :

S'agissant de la légalité des tarifs :

6. L'article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques dispose que : " Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance () ". Aux termes de l'article L. 2125-3 du même code : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ".

7. La société appelante excipe de l'illégalité de l'arrêté du 13 janvier 2017 portant tarif des droits de voirie pour 2017, au regard des dispositions précitées de l'article L. 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques à l'appui de ses conclusions dirigées contre le titre exécutoire contesté.

8. Par délibération 2011 DU 54 des 28, 29 et 30 mars 2011 portant réforme des droits de voirie, le Conseil de Paris, siégeant en formation de conseil municipal, a pris acte de nouveaux modes d'occupation du domaine public et notamment de l'installation sur les terrasses exploitées commercialement de divers équipements, tels que la protection des terrasses ouvertes par des écrans parallèles, les modes de chauffage ou de climatisation, destinés à atténuer les aléas climatiques, qui prolongent et facilitent ainsi l'usage privé du domaine public. Il a décidé de soumettre ces installations à des droits de voirie additionnels, fixés selon la catégorie de la voie et calculés de façon annuelle et forfaitaire proportionnellement à la surface de la terrasse exploitée. L'annexe de l'arrêté du 13 janvier 2017 du maire de Paris fixant les tarifs applicables aux droits de voirie à compter du 1er janvier 2017 prévoit ainsi, s'agissant des " prescriptions applicables aux étalages et terrasses ", au sujet des " majorations ", que " L'ensemble des (..) terrasses ouvertes dans le tiers du trottoir () excédant 20m2, subit une majoration du tarif de 5% (majoration s'appliquant sur la totalité de la surface taxée). Cette majoration est de 10% pour toute surface excédant 30 mètres carrés, 15% pour toute surface excédant 40 mètres carrés et ainsi de suite à raison de 5% par 10 mètres carrés supplémentaires sans que la majoration totale puisse excéder 40% " et, au sujet des " droits annuels ", que : " Selon les cas, un droit de voirie additionnel, s'ajoutant à celui prévu pour diverses emprises (étalage, terrasse ouverte, terrasse fermée, prolongement intermittent de terrasse ou d'étalage, contre-étalage ou contre-terrasse, contre-terrasse sur chaussée) est perçu pour : () / - l'installation de parasols ou de couvertures en toiles sur pied de plus de 3 m2 /- l'installation de tout type de protection, notamment sous forme d'écrans parallèles, sur tout type de terrasse ouverte (dotée ou non d'un moyen de chauffage ou de climatisation) ; / - l'installation de tout mode de chauffage () sur tout type de terrasse ouverte (bâchée ou non, dotée ou non de tout type de protection, notamment sous forme d'écrans parallèles). / Ces droits de voirie additionnels sont appréciés annuellement, de façon forfaitaire et indivisible. Ils s'appliquent quelles que soient les dates de pose ou dépose des dispositifs et leur temps de présence effectif au cours de l'exercice considéré. Il n'est procédé à aucun abattement mensuel ou calcul au " prorata temporis " lors de la première année d'installation ou dans les cas de cessation d'activité ou de démontage () / Le cas échéant, les droits de voirie additionnels précités se cumulent en fonction de la présence de différentes installations sur un même emplacement. / Les étalages et terrasses sont taxés au mètre carré et pour l'exercice en cours. Toutefois, les installations situées hors du tiers du trottoir () ainsi que les installations telles que les terrasses fermées () peuvent être taxées au " prorata temporis " mensuel en cas de démontage régulier, à l'exclusion des installations suivantes : () / - les parasols ou couvertures en toiles sur pied de plus de 3m2 ; / - tout type de protections, notamment sous forme d'écrans parallèles, sur tout type de terrasse ouverte (dotée ou non d'un moyen de chauffage ou de climatisation) ; / - tout mode de chauffage ou de climatisation dans tout type de terrasse ouverte (bâchée ou non, dotée ou non de tout type de protection, notamment sous forme d'écrans parallèles) ". S'agissant de l'installation des parasols ou des couvertures en toile sur pied dont les surfaces unitaires sont supérieures à 3 m2, cet arrêté précise que : " Le calcul de ce droit de voirie additionnel correspond à la surface totale déployée par dispositif à usage de parasol ou couvertures en toile sur pied (projection dans la plus grande dimension de chaque dispositif) ". S'agissant de l'installation de tout mode de chauffage ou de climatisation dans tout type de terrasse ouverte, cet arrêté précise que " le droit de voirie additionnel s'apprécie exclusivement sur la totalité de la surface occupée par la terrasse de tout type et non en fonction des surfaces des dispositifs à usage de chauffage ou de climatisation. ".

S'agissant des droits additionnels relatifs aux dispositifs de chauffage, d'écrans parallèles et de parasols de plus de 3 m2 :

9. En premier lieu, en l'absence d'individualisation comptable permettant de soumettre l'occupation du domaine public à une redevance proportionnelle au chiffre d'affaires ou au bénéfice généré par chaque installation, la Ville de Paris pouvait légalement fixer un tarif au mètre carré, variable en fonction de la nature du dispositif et de son association ou non avec d'autres dispositifs, ainsi que de l'attractivité de la voie publique sur laquelle il est installé et du positionnement de la terrasse hors tiers ou dans le tiers du trottoir, critères qui ne sont pas étrangers aux " avantages de toute nature " procurés à l'occupant privatif du domaine public par chaque installation.

10. En deuxième lieu, la circonstance que les droits additionnels taxant les dispositifs de chauffage et d'écrans, soient nettement supérieurs aux droits ordinaires dus pour l'emprise d'une terrasse ouverte ne démontrent pas une erreur de droit dans la fixation de ceux-ci et ne suffisent pas à établir leur caractère disproportionné. La société reconnaît en effet elle-même que l'installation de ces dispositifs permet une exploitation supplémentaire de la terrasse. La Ville de Paris fait valoir, quant à elle, que l'occupation d'une terrasse est encore plus longue en présence de ces dispositifs, les droits supplémentaires sur les chauffages étant couplés à ceux de la climatisation, laquelle permet une occupation plus importante en été et les chauffages pouvant également être utilisés à certaines périodes ou plages horaires du printemps ou de l'été, de sorte que ces dispositifs optimisent la fréquentation de la terrasse tout au long de l'année. Dans ces conditions, la fixation de droits supplémentaires supérieurs à ceux appliqués à la terrasse elle-même, dont la Ville de Paris justifie qu'elle tient compte d'avantages notoires, n'est pas entachée d'erreur de droit. Dès lors qu'il n'est pas contesté par la société appelante que ces dispositifs lui procurent des avantages supplémentaires dans l'exploitation de sa terrasse, et en l'absence de production par celle-ci d'éléments, notamment comptables, permettant d'apprécier la rentabilité de sa terrasse chauffée et protégée, le montant des droits additionnels qu'elle supporte n'apparaît pas disproportionné par rapport à ces avantages. Pour les mêmes motifs, il ne résulte pas de l'instruction que ces droits seraient disproportionnés et discriminatoires.

11. En troisième lieu, la société appelante conteste le caractère forfaitaire, annuel et " en fonction de la surface de la terrasse et non des dispositifs " des droits additionnels, prévus à l'annexe à l'arrêté du 13 janvier 2017. La Ville de Paris fait valoir que l'installation de dispositifs de chauffage, couplés à ceux de climatisation et d'écrans parallèles rigides autorise l'exploitation de la terrasse tout au long de l'année et de la journée, et que leur utilisation, compte tenu, en outre, de leur caractère amovible, est ajustée en fonction des besoins liés aux conditions climatiques, un décompte par dispositif étant inadéquat. Les installations en cause procurent donc un avantage spécifique à la terrasse dans son ensemble, la circonstance que les droits de voirie additionnels soient appréciés par rapport à la surface occupée par la terrasse, de façon forfaitaire et annuelle est légalement justifiée et n'entache pas les tarifs fixés d'erreur manifeste d'appréciation.

12. En quatrième lieu, il ne résulte pas de l'instruction ni des textes fixant les tarifs, notamment la délibération 2011 DU 54, que la Ville de Paris aurait fixé un tarif élevé pour les chauffages afin de dissuader les exploitants d'en installer.

S'agissant des droits additionnels appliqués aux étalages, terrasses ouvertes dans le tiers du trottoir, contre-étalages et contre-terrasses excédant vingt mètres carrés :

13. La société requérante soutient que cette majoration n'est pas justifiée et constitue une double taxation. La Ville de Paris fait valoir que la superficie occupée par un étalage ou une terrasse, un contre-étalage ou une contre-terrasse, exerce un effet attractif sur la clientèle, généralement attirée par un vaste espace, et en déduit que les avantages tirés par l'occupant du domaine public sont fonction de l'étendue qui lui est accordée. Un tel motif, en lien avec les avantages de toute nature procurés aux titulaires des autorisations d'occupation du domaine public par l'exploitation de celui-ci, est de nature à justifier à lui seul la mesure attaquée.

14. Si la société appelante soutient que le jugement ne pouvait légalement se fonder sur la circonstance que les tarifs étaient justifiés par des objectifs d'intérêt général et de sécurité liés à la régulation des empiètements des terrasses sur le domaine public viaire en principe affecté à la circulation des piétons, ce motif est toutefois surabondant dès lors que les premiers juges ont en premier lieu également relevé que les majorations en cause étaient objectivement justifiés par la surface des terrasses, critère opérant au regard des dispositions de l'article L. 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques, et que la société n'apportait aucun justificatif relatif à son chiffre d'affaires ou à la rentabilité des terrasses.

15. Il résulte de ce qui précède que la société appelante n'est pas fondée à soutenir que le maire de Paris aurait méconnu les dispositions de l'article L. 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques en lui faisant application des tarifs adoptés par la délibération 2011 DU 54 du 28, 29 et 30 mars 2011 et fixés pour l'année 2017 par l'arrêté du 13 janvier 2017.

S'agissant de la matérialité des faits :

16. La société requérante soutient que rien ne permet d'établir que la terrasse était effectivement équipée de dispositifs de chauffage, d'écrans parallèles d'une hauteur supérieure à 1,30 mètre et de parasols.

17. S'agissant des dispositifs de chauffage et d'écrans parallèles, outre que la Ville de Paris produit une photographie prise au cours de l'année 2017 attestant de la présence de ces dispositifs, il est constant que la société Andyrest a réglé des droits additionnels pour l'installation de ces dispositifs depuis l'année 2013 et qu'elle ne produit aucun élément permettant d'établir qu'elle aurait procédé à leur démontage.

18. S'agissant de la superficie retenue pour les parasols, la simple circonstance que la surface retenue serait identique à celle de la terrasse n'est pas de nature à établir que la surface retenue serait erronée.

19. S'agissant des parasols dont elle conteste l'installation au motif qu'il s'agit d'un " store ban ", la photographie produite par la Ville de Paris devant les premiers juges établit que le dispositif installé, couvrant la terrasse et reposant sur des pieds, entre dans la catégorie des " couvertures en toiles sur pied de plus de 3 m2 " prévue par le code 437 du tableau annexé à l'arrêté du 13 janvier 2017 et pour lequel elle a au demeurant acquitté les mêmes droits depuis l'année 2013. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision serait entachée d'une erreur de fait.

En ce qui concerne la légalité externe du titre de recette contesté :

20. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrement indique les bases de la liquidation () ". Ainsi, pour satisfaire à ces dispositions, un titre de perception doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis ainsi que les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

21. Le titre exécutoire contesté, qui mentionne, pour les parasols, la prise en compte d'une surface de 67 m2, est ainsi suffisamment motivé, quand bien même cette surface, qui n'est pas contestée, serait aussi celle occupée par la terrasse.

22. Aux termes du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressé aux redevables () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif adressé au redevable doit mentionner les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.

23. Il résulte de l'instruction, que l'avis des sommes à payer adressé à la société appelante mentionne que le titre n° 258770 rendu exécutoire le 2 octobre 2017 est émis, par délégation, par Mme C B, chef du service de l'expertise comptable. La Ville de Paris a produit un document du 25 février 2020 émanant de sa société prestataire Docapost Fast, attestant que le bordereau dématérialisé de ce titre de recettes, comporte la signature électronique de Mme B. En vertu des dispositions précitées du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, la Ville de Paris n'avait pas à produire, contrairement à ce que soutient la société appelante, le titre de recette lui-même, le bordereau de ce titre suffisant à justifier de la signature de la personne l'ayant émis. Au surplus, la société appelante n'avait pas à être destinataire du titre de recette, seule une ampliation de ce dernier étant adressée au redevable en vertu des mêmes dispositions. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 4° de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales doit donc être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède que la société Andyrest n'est fondée à demander ni l'annulation du titre exécutoire n° 258770 ni la décharge du paiement de la somme de 69 696,97 euros. Ses conclusions à fin d'annulation, de décharge et de production des études préalables ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

25. La Ville de Paris n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de la société Andyrest tendant à ce qu'une somme soit mise à sa charge au titre des dispositions précitées doivent être rejetées. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la société Andyrest le versement à la Ville de Paris d'une somme de 1 500 euros au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Andyrest est rejetée.

Article 2 : La société Andyrest versera à la Ville de Paris une somme de 1 500 euros au titre des frais liés à l'instance.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société Andyrest, à la Ville de Paris et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Paris.

Délibéré après l'audience du 28 avril 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Lapouzade, président de chambre,

- M. Diémert, président assesseur,

- M. Gobeill, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 mai 2022.

Le rapporteur,

J.-F. A

Le président,

J. LAPOUZADE

La greffière,

Y. HERBER

La République mande et ordonne au préfet de la région Île-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N° 20PA01401

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Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403

La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

04/05/2026

CAA13plein contentieux

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426

Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.

04/05/2026

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