mardi 28 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-20PA01441 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET COLL AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C E a demandé au tribunal administratif de Paris :
1°) d'annuler, d'une part, la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de mutation sur les postes pour lesquels il a formé des vœux, suite à la réunion de la commission administrative paritaire nationale du 28 juin 2017, ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux, d'autre part, l'arrêté ministériel prononçant les mutations au titre de l'année 2017 pour les postes sur lesquels il a fait une demande ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de modifier la liste des fonctionnaires mutés et de lui accorder sa mutation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros par application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 1717111 du 7 février 2020, le tribunal administratif de Paris a :
- annulé la mutation de M. B D à La Rochelle au titre de l'année 2017 ;
- annulé la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de faire droit à la demande de mutation de M. E au titre du mouvement polyvalent de l'année 2017, ensemble la décision de rejet opposée à son recours gracieux ;
- enjoint à l'Etat, d'une part, de faire droit à la demande de mutation de M. E au regard de la mutation annulée et de procéder à la reconstitution de sa situation administrative dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, d'autre part, de procéder au réexamen de la situation de M. D afin de le placer dans une situation régulière dans le même délai ;
- et a rejeté le surplus des conclusions en annulation de la requête.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 12 juin 2020, le ministre de l'intérieur demande à la Cour :
1°) d'annuler l'article 3 du jugement n° 1717111 en date du 7 février 2020, par lequel le tribunal administratif de Paris a enjoint à l'Etat de faire droit à la demande de mutation de M. E au regard de la mutation annulée, de procéder à la reconstitution de sa situation administrative dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, et de procéder au réexamen de la situation de M. D afin de le placer dans une situation régulière dans le même délai ;
2°) de réformer, dans cette mesure, le jugement attaqué.
Il soutient que :
- en cas d'annulation d'une décision rejetant une demande, le Tribunal ne pouvait prononcer que l'injonction de réexamen prévue à l'article L. 911-2 du code de justice administrative ;
- à l'occasion du réexamen de la situation de M. E, il apparaîtrait que c'est à tort que le refus de sa mutation à La Rochelle a été jugé illégal ;
- les premiers juges ont manqué à leur obligation d'examiner l'ensemble des circonstances de droit et de fait postérieures à la décision annulée, afin de déterminer la portée de la mesure d'injonction accordée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2020, M. E, représenté par Me Coll, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La requête a été communiquée le 17 août 2020 à M. D qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence et à l'adaptation des procédures pendant cette même période ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A ;
- et les conclusions de M. Sibilli, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, gardien de la paix affecté à la préfecture de police, à la direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, depuis le 14 septembre 2009, a sollicité en vain une mutation pour l'année 2017, sur un poste au sein des circonscriptions de sécurité publique (CSP) de Bordeaux, de La Rochelle ou de Cognac, au sein de la direction zonale de la police aux frontières sud-ouest de Bordeaux, ou à la direction interdépartementale de la police aux frontières de Bordeaux. Il a formé un recours pour excès de pouvoir contre la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de faire droit à sa demande, ainsi que contre la décision implicite de rejet opposée à son recours gracieux, et demandé, outre l'annulation de l'arrêté ministériel prononçant les mutations au titre de l'année 2017 sur les postes sur lesquels il avait fait une demande, qu'il soit enjoint à l'Etat de faire droit à sa demande de mutation. Par jugement n° 1717111 du 7 février 2020, le tribunal administratif de Paris a annulé la mutation de M. D à La Rochelle, annulé les décisions du ministre de l'intérieur rejetant la demande de mutation de M. E dans cette CSP, et enjoint à l'Etat de faire droit à la demande de mutation de M. E dans cette CSP, de procéder à la reconstitution de sa situation administrative dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, et de procéder au réexamen de la situation de M. D afin de le placer dans une situation régulière dans le même délai. Il a en revanche validé les autres mutations litigieuses. Le ministre de l'intérieur relève régulièrement appel de l'article 3 de ce jugement, lequel comporte les mesures d'injonctions qui viennent d'être rappelées.
Sur les conclusions dirigées contre la mesure prescrite par les premiers juges :
2. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Et aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette décision doit intervenir dans un délai déterminé ". Il suit de là que, lorsque les motifs d'annulation d'une décision rejetant une demande impliquent nécessairement la satisfaction de celle-ci, et qu'aucun changement survenu depuis la décision annulée dans les circonstances de fait ou de droit n'a été porté à la connaissance du juge saisi de conclusions à fin d'injonction, c'est par une exacte application des dispositions de l'article L. 911-1 de ce code que ce dernier prescrit une mesure dans un sens déterminé.
3. La requête du ministre de l'intérieur se bornant à attaquer l'article 3 du dispositif du jugement attaqué, et non l'article 1er qui prononce l'annulation du refus de mutation opposée à M. E, son auteur ne saurait utilement se prévaloir de l'expérience professionnelle plus riche de M. D, notamment dans les services actifs de la police. Au surplus, de son propre aveu, le ministre reconnaît ne pas avoir porté à la connaissance des premiers juges des preuves de cette expérience, faute d'avoir produit des éléments précis en défense, soit dans ses écritures, soit à l'audience. Ainsi, le moyen tiré de ce que, si les premiers juges avaient enjoint un réexamen de la situation de M. E, l'annulation des décisions litigieuses se serait révélée sans fondement, ne peut qu'être écarté.
4. Enfin, il appartient à l'auteur de la décision annulée de faire valoir que les circonstances de fait ou de droit ont évolué depuis cette décision, et font obstacle à l'injonction de prendre une mesure déterminée sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Mais, comme le reconnaît elle-même l'administration, elle n'a porté à la connaissance des premiers juges aucune circonstance faisant obstacle à l'affectation de l'intimé sur le poste attribué à M. D. Elle ne le fait pas davantage en appel, en se bornant à soutenir que le refus de mutation n'entraîne aucun vide juridique dans la situation de M. E. Elle n'allègue même pas avoir procédé à l'examen dans un délai de trois mois de la régularisation de la situation de M. D, non plus qu'elle ne mentionne d'obstacles de fait ou de droit à l'affectation de l'intimé à La Rochelle, qui seraient apparus depuis la décision attaqué. Dans ces conditions, doit être écarté le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 911-1 du code de justice administrative par les premiers juges, en prescrivant les mesures déjà mentionnées relatives à MM. E et D.
5. Il résulte de tout ce qui précède que le ministre de l'intérieur n'est pas fondé à se plaindre de ce que, par l'article 3 du jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris lui a enjoint de faire droit à la demande de mutation de M. E à La Rochelle, et de procéder à la reconstitution de sa situation administrative dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.
Sur les frais liés au litige :
6. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de condamner l'Etat, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, à verser à M. E la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par le ministre de l'intérieur est rejetée.
Article 2 : L'Etat versera à M. E une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de M. E est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur, à M. E et à M. D.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Carrère, président,
- M. Soyez, président assesseur,
- M. Simon, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe de la Cour, le 28 juin 2022.
Le rapporteur,
J.-E. ALe président,
S. CARRERE
La greffière,
C. DABERT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026