vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-20PA03883 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS ARCO-LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société Sarmates a demandé au tribunal administratif de Paris de condamner l'Assemblée nationale à lui verser une somme de 46 609,45 euros TTC au titre du règlement de son marché. L'Assemble nationale a, en défense, présenté des conclusions reconventionnelles tendant à la condamnation de la société Sarmates à lui verser une somme de 348 000 euros au titre des pénalités de retard.
Par un jugement n° 1810789du 13 octobre 2020, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa requête ainsi que les conclusions reconventionnelles de l'Assemblée nationale.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 11 décembre 2020 et 31 août 2021, la société Sarmates, représentée par la SCP Courteaud Pellissier, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Paris en tant qu'il a rejeté sa requête et a mis à sa charge une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
2°) de condamner l'Assemblée nationale à lui verser une somme de 46 609,45 euros TTC ;
3°) de mettre à la charge de l'Assemblée nationale une somme de 6 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- une somme de 7 627,62 euros lui est due au titre des études de faisabilité des lignes de vie définitives qu'elle a réalisées ; le retard dans leur production est imputable à l'Assemblée nationale compte tenu de l'erreur du dossier de consultation des entreprises qui indiquait que le poids de cette ligne de vie serait de 40 kg et à l'absence de réponse à ses sollicitations sur la résistance des points d'ancrage ;
- la prestation " pose du film " n'inclut pas seulement la fourniture mais aussi la protection, la sécurisation de l'intervention, l'élaboration d'un prototype, l'achat des films ; elle a en outre dû honorer de nombreux rendez-vous sur site au titre de cette prestation et a pris les côtes des existants pour préparer la commande ; aussi, bien que la prestation a finalement été abandonnée par le maître de l'ouvrage, elle est fondée à en réclamer le paiement à hauteur de 73 % et non de 30 %, soit un écart de 9 244,93 euros HT ;
- s'agissant d'un marché forfaitaire, elle a droit au paiement de l'intégralité de la ligne " Travaux en horaires décalés " quand bien-même elle n'a travaillé que deux nuits, le montant de cette prestation étant lié aux contraintes induites par le travail des parlementaires qui se sont avérés moindres que prévues ; compte tenu de ce que lui a déjà versé l'Assemblée nationale, elle est fondée à demander le paiement d'une somme de 18 294,66 euros HT ;
- s'agissant de l'implantation des appareils de mesure, elle a travaillé sur des informations communiquées par l'Assemblée nationale qui se sont révélées erronées, ce qui l'a contrainte à réaliser une prestation d'adaptation des supports de drivers qui n'était pas prévue au marché pour un montant de 2 834 euros HT ;
- la prestation de dépose et de repose des protections isorel des appareils de mesure n'était pas prévue au marché et a été faite à la demande du maître de l'ouvrage ; elle est dès lors fondée à en demander le paiement à hauteur de 840 euros HT.
Par un mémoire enregistré le 16 mars 2021, l'Assemblée nationale, représentée par la SELAS Arco-Legal, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Sarmates une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucune étude de faisabilité n'a été produite par la société Sarmates avant l'abandon de la prestation relative aux lignes de survie définitives ; la société n'a jamais été retardée dans son travail ;
- elle a évalué le coût du film solaire à 30 % de la prestation " pose du film " ; elle a en outre honoré lors du décompte général la facture du sous-traitant de la société Sarmates, GDSI, de 11 600 euros HT, qui incluait la fourniture et la pose du film, et a versé la taxe sur la valeur ajoutée à la société Sarmates à hauteur de 2 320 euros ; ainsi cette société réclame une somme qui a déjà été payée à son sous-traitant ;
- bien qu'elle n'ait pas respecté la date jalon du 16 août 2016, la société Sarmates n'a pas travaillé en horaires décalés à compter de cette date à l'exception des 25 et 26 août, d'ailleurs du seul fait de la canicule ; elle ne peut dès lors prétendre au paiement de la prestation " Travaux en horaires décalés " au-delà de ce qui lui a été versé ;
- il appartenait à la société Sarmates de réaliser une reconnaissance adéquate du site et elle ne peut dès lors se prévaloir d'un manque de précision des plans du marché quant à l'implantation des appareils de mesure, aussi sa demande de paiement de l'adaptation des supports de drivers à laquelle elle a procédé doit être rejetée ;
- la faute de la société Sarmates est à l'origine de la demande de dépose et de pose de la protection des instruments de mesure qui lui a été faite.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme Lipsos, rapporteure publique,
- et les observations de Me Roumens, représentant la société Sarmates, et de Me Bahu, représentant l'Assemblée nationale.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement du 11 mai 2016, l'Assemblée nationale a confié à la société Sarmates la réalisation du lot n° 1 " métallerie/serrurerie " du marché de travaux de rénovation de la salle des lampes du Palais Bourbon pour un montant forfaitaire de 458 486,42 euros HT. Les travaux ont été réceptionnés le 17 octobre 2016. Du fait du désaccord des deux parties sur le solde du marché, la société Sarmates a saisi le Comité consultatif national de règlement amiable des différends ou litiges relatifs aux marchés publics (CCNRA), qui a rendu un avis le 22 janvier 2018. Le désaccord persistant, elle a demandé au tribunal administratif de Paris de condamner l'Assemblée nationale à lui verser une somme de 46 609,45 euros TTC au titre du solde du marché. L'Assemblée nationale a présenté, en défense, des conclusions reconventionnelles tendant à la condamnation de la société à lui verser une somme de 348 000 euros au titre des pénalités de retard. La société Sarmates relève appel du jugement du 13 octobre 2020 par lequel le tribunal a rejeté les conclusions aux fins de condamnation présentées par les deux parties.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne les études de faisabilité des lignes de vie définitives :
2. Il résulte de l'instruction que la prestation " plans d'exécution, synthèse, échantillons ", prévue par les stipulations de l'article 1.2.4.1.1. du cahier des clauses techniques particulières (CCTP), a été payée à hauteur de 6 552 euros HT, correspondant au montant figurant dans la décomposition du prix forfaitaire qui est une pièce du contrat en vertu des stipulations de l'article 2.1. du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché. La société Sarmates ne conteste pas sérieusement que la réalisation des études de faisabilité des lignes de vie définitives était incluse dans cette prestation et n'indique d'ailleurs pas à quelle autre prestation, qui n'aurait pas été réglée en intégralité, correspondait la réalisation de ces études. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à réclamer la somme de 7 627,62 euros HT au titre de la réalisation de ces études.
En ce qui concerne la pose du film solaire :
3. Le marché en litige prévoyait une prestation de pose d'un film solaire, évaluée à 21 499,83 euros par la décomposition des prix forfaitaires du marché, ce prix incluant la fourniture de ce film. Cette prestation a toutefois été abandonnée à l'initiative de l'Assemblée nationale le 1er juillet 2016, après que la société Sarmates a fait la commande du film auprès de son sous-traitant, la société GSDI. L'Assemblée nationale a évalué à 30 % du montant de la prestation le coût de la fourniture du film, soit 6 449,95 euros HT. Si la société Sarmates soutient que cette prestation aurait dû être payée à hauteur de 15 694,88 euros HT au motif qu'elle a été réalisée à hauteur de 73 %, elle ne justifie pas avoir effectué les prestations dont elle se prévaut relatives à la protection, la sécurisation de l'intervention et la prise des côtes de l'existant pour préparer la commande, alors, d'une part, qu'il résulte du compte-rendu de chantier du 27 juin 2016 qu'à la date de ce compte-rendu, la méthodologie n'avait pas été produite et la pose du filet sous la verrière et le contrôle des points d'ancrage non réalisés, d'autre part que la surface du film figurait déjà dans la décomposition générale des prix et que les films n'ont pas été découpés. Il résulte en outre de l'instruction que la pose d'un prototype, à laquelle la société a procédé, comporte une ligne spécifique dans la décomposition des prix forfaitaires qui a été réglée par l'Assemblée nationale. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que les nombreux rendez-vous sur site allégués par la requérante aient engendré, à les supposer avérés, des dépenses spécifiques. Ainsi, seule la prestation consistant en l'achat des films apparaît établie, mais son montant, nécessairement limité, n'est aucunement valorisé par la société Sarmates. Dans ces conditions, et compte tenu de son argumentation, la demande qu'elle présente au titre de la prestation " pose de film solaire " doit être rejetée.
En ce qui concerne les travaux en horaires décalés :
4. L'article 11.2.1 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009, auquel renvoie le marché en litige, prévoit : " Dans le cas d'application d'un prix forfaitaire, le prix est dû dès lors que l'ouvrage, la partie d'ouvrage ou l'ensemble de prestations auquel il se rapporte a été exécuté ".
5. Il résulte des stipulations des articles 1.3.3. du CCTP et 5.1.1. du CCAP que le titulaire du marché était tenu d'exécuter les travaux en horaires décalés (de nuit et le dimanche) à compter du 16 août 2016 dès lors qu'un retard dans l'exécution des travaux était constaté, la réalisation d'horaires décalés n'étant prévue que dans cette hypothèse et non du fait des contraintes induites par les horaires de travail des députés. La décomposition des prix forfaitaires du marché a prévu, à ce titre, une ligne 1.2.4.1.2. " Travaux en horaires décalés " d'un montant de 21 044,66 euros HT, dont l'Assemblée nationale s'est acquittée à hauteur de 2 750 euros. Il n'est pas contesté par la requérante qu'à l'exception des nuits des 25 et 26 août 2016 où elle est intervenue de nuit, d'ailleurs pour cause de grande chaleur, elle n'a, malgré son retard, pas travaillé en horaires décalés. Aussi n'est-elle pas fondée à demander le paiement de cette prestation qu'elle n'a pas réalisée, en méconnaissance de stipulations du contrat applicables en cas de retard.
En ce qui concerne l'adaptation des supports de drivers :
6. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.
7. Il résulte de l'instruction que la société Sarmates a procédé à l'adaptation des supports de drivers en raison d'un décalage important des appareils de mesure, ce qu'elle n'avait pas prévu dans son offre. Si elle soutient que les plans d'implantation des supports de drivers auxquels renvoyait le CCTP ne permettaient pas de connaître l'emplacement exact des appareils de mesure, il résulte des stipulations de l'article 1.2.1. de ce même CCTP qu'elle était réputée avoir une parfaite connaissance des lieux et ne pouvait se prévaloir d'une quelconque plus-value liée à une découverte de ces lieux. Il résulte d'ailleurs de l'avis du CCNRA qu'elle a déclaré, dans son offre, " avoir pris note et tenu compte du positionnement et de l'instrumentation de la charpente de l'hémicycle du Palais-Bourbon ". Dans ces conditions, les travaux d'adaptation du support des drivers auxquels a dû procéder la société ne sont pas imputables à une faute de l'Assemblée nationale dans la conception du marché mais à une mauvaise appréhension des lieux par la société. Dès lors, elle n'est pas fondée à demander le paiement d'une somme de 2 834 euros HT au titre de ces travaux.
En ce qui concerne la protection des instruments de mesure :
8. Il résulte de l'instruction que le maître de l'ouvrage a demandé à la société Sarmates de procéder à la dépose et à la pose de la protection isorel des instruments de mesure afin de permettre l'intervention d'un organisme de contrôle, alors que seule la pose de cette protection était prévue par l'article 2.1.5.2. du CCTP. Si la société requérante conteste être responsable de l'intervention de cet organisme, elle n'apporte aucun élément en ce sens alors qu'il résulte de l'avis du CCNRA que l'intervention de l'organisme de contrôle a été rendue nécessaire du fait d'une fuite d'eau occasionnée sur l'un des pots des appareils de mesure lors de la pose de la protection par la société Sarmates. Elle n'est dès lors pas fondée à demander le paiement d'une somme de 840 euros HT au titre des ces travaux.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société Sarmates aux fins de condamnation et d'annulation des articles 1 et 2 du jugement attaqué doivent être rejetées.
Sur les frais du litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Assemblée nationale, qui n'est pas partie perdante en la présente instance, la somme que la société Sarmates demande sur ce fondement. Il a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Sarmates une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'Assemblée nationale et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la société Sarmates est rejetée.
Article 2 : La société Sarmates versera à l'Assemblée nationale une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la société Sarmates et à l'Assemblée nationale.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Heers, présidente,
M. D'Haëm, président-assesseur,
Mme Saint-Macary, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
La rapporteure,
M. B
La présidente,
M. A
La greffière,
O. BADOUX-GRARE
La République mande et ordonne au ministre délégué chargé des relations avec le Parlement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026