jeudi 30 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-20PA03975 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | LAURENT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B D a demandé au tribunal administratif de Melun d'annuler la décision du 15 octobre 2018 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a prononcé à son égard la sanction de révocation.
Par un jugement n° 1801574 du 13 octobre 2020, le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 15 décembre 2020 et 7 mai 2021, M. B D, représenté par Me Laurent, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement n° 1801574 du 13 octobre 2020 du tribunal administratif de Melun ;
2°) d'annuler la décision du 15 octobre 2018 ;
3°) d'enjoindre à l'administration de procéder à sa réintégration et à la reconstitution de sa carrière ;
4°) de mettre à la charge du garde des sceaux, ministre de la justice, la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en ce qui concerne la régularité du jugement :
- le mémoire produit le 2 juillet 2020 n'a pas été visé et n'a pas été pris en compte par les premiers juges ;
- le rapporteur public n'a pas non plus tenu compte de ce mémoire ;
- le tribunal n'a pas répondu au moyen tiré de la nécessité d'évoquer la faculté de renvoyer la séance du conseil de discipline ;
- en ce qui concerne le bien-fondé du jugement :
- la décision est entachée d'un vice de procédure en ce que le droit de solliciter le report de la séance n'est pas mentionné dans la convocation devant le conseil de discipline et qu'il n'a pu bénéficier de ce droit ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'après avoir décidé de ne plus le sanctionner, l'administration ne pouvait, trois ans après les faits, finalement décider de poursuivre la procédure disciplinaire pour les mêmes faits ;
- la sanction est disproportionnée dès lors que :
- les faits qui lui sont reprochés ne sont qu'un incident de parcours ;
- la décision a été prise trois ans après les faits alors qu'entretemps, à l'issue d'une première période de suspension, il a été réintégré dans ses fonctions puis formé à l'Ecole nationale de l'administration pénitentiaire à l'issue de sa réussite au concours de 1er surveillant, aucune atteinte n'ayant été portée à l'intérêt du service.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 avril 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires,
- le décret du 30 décembre 2010 portant code de déontologie du service public pénitentiaire,
- la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de M. Baronnet, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D était surveillant des services déconcentrés de l'administration pénitentiaire. Le 9 juillet 2018, il a été condamné par le tribunal de grande instance de Mulhouse, à douze mois d'emprisonnement délictuel avec sursis et à douze mois d'interdiction d'exercer l'activité professionnelle ayant permis la commission de l'infraction, pour avoir remis ou fait parvenir à des personnes détenues des sommes d'argent, correspondances, objets ou substances quelconques, jugement ultérieurement infirmé par un arrêt de la Cour d'appel de Colmar du 10 janvier 2019 ramenant à quatre mois la durée d'interdiction d'exercer son activité professionnelle. Après avoir recueilli l'avis favorable du conseil de discipline, la garde des sceaux, ministre de la justice a, par un arrêté du 15 octobre 2018, révoqué M. D. Celui-ci relève appel du jugement du 13 octobre 2020 par lequel le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande d'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". L'article 9 du décret du 30 décembre 2010 portant code de déontologie du service public pénitentiaire dispose que : " Le personnel de l'administration pénitentiaire doit s'abstenir de tout acte, de tout propos ou de tout écrit qui serait de nature à porter atteinte à la sécurité et au bon ordre des établissements et services et doit remplir ses fonctions dans des conditions telles que celles-ci ne puissent préjudicier à la bonne exécution des missions dévolues au service public pénitentiaire ". L'article 19 du même décret dispose que : " Le personnel de l'administration pénitentiaire ne peut occuper les personnes qui lui sont confiées à des fins personnelles, ni accepter d'elles, directement ou indirectement, des dons et avantages de quelque nature que ce soit. / Il ne peut se charger d'aucun message et d'aucune mission, acheter ou vendre aucun produit ou service pour le compte des personnes qui lui sont confiées. / Il ne peut leur remettre ni recevoir d'elles des sommes d'argent, objets ou substances quelconques en dehors des cas prévus par la loi. () ". Enfin, aux termes de l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. () Troisième groupe : la rétrogradation ; l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois à deux ans / Quatrième groupe : la mise à la retraite d'office ; la révocation () ".
3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. Le comportement d'un fonctionnaire en dehors du service peut constituer une faute de nature à justifier une sanction s'il a pour effet de perturber le bon déroulement du service ou de jeter le discrédit sur l'administration.
4. Si la gravité des faits reprochés à M. D n'est pas contestée, à savoir l'introduction dans l'enceinte pénitentiaire et en contournant le portique de sécurité, de deux téléphones et leur remise à un détenu, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il s'agit de faits isolés dans la carrière de l'intéressé qui, depuis 2010, fait état de bons états de services, ses responsables ayant relevé, lors des notations des années 2013 à 2017 qu'il est sérieux, investi, disponible et qu'il a su en 2018, alors que les faits ont eu lieu en 2015, de nouveau s'intégrer malgré ses difficultés passées, qu'il a, en particulier cette même année, reçu les félicitations de sa hiérarchie pour une intervention auprès d'un détenu dangereux, et qu'il a été lauréat du concours de premier surveillant. Dans ces conditions, en dépit de la gravité des fautes commises, qui justifiaient une sanction sévère, mais compte tenu de la manière de servir de l'intéressé ainsi que de l'absence d'antécédents judiciaires ou disciplinaires, et alors, d'ailleurs, que la cour d'appel de Colmar a réformé le jugement du tribunal de correctionnel de Mulhouse du 9 janvier 2018 en ramenant la peine d'interdiction d'exercer l'activité de surveillant pénitentiaire à quatre mois au lieu de douze, la sanction de la révocation prononcée à l'encontre de M. D doit être regardée comme disproportionnée.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 octobre 2018.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
7. L'annulation d'une décision prononçant la révocation d'un agent implique nécessairement la réintégration de l'intéressé à la date de son éviction. Par suite, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, en exécution du présent arrêt, de réintégrer M. D dans ses effectifs et de reconstituer sa carrière à compter de la notification de la décision du 15 octobre 2018.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 1801574 du 13 octobre 2020 du tribunal administratif de Melun est annulé.
Article 2 : La décision du 15 octobre 2018 du garde des sceaux, ministre de la justice, est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice de réintégrer M. D dans ses effectifs et de reconstituer sa carrière à compter de la notification de la décision du 15 octobre 2018.
Article 4 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. B D et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Heers, présidente de chambre,
- Mme Briançon, présidente assesseure,
- M. Gobeill, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 juin 2022.
Le rapporteur,
J.-F. C
La présidente,
M. ALa greffière,
V. BREME
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026