mardi 28 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-20PA04293 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A C a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler la décision du 7 mai 2019 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande tendant à substituer le nom de " de D " à son nom de " C ".
Par un jugement n° 1904448/4-3 du 6 novembre 2020, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 30 décembre 2020 et un mémoire en réplique enregistré le 14 avril 2021, M. C, représenté par Me Pollono, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement n° 1904448/4-3 du 6 novembre 2020 du tribunal administratif de Paris ;
2°) d'annuler la décision du garde des sceaux, ministre de la justice du 7 mai 2019 ;
3°) à titre principal, d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, d'accueillir sa demande de changement de nom ;
4°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice de réexaminer sa demande ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement est entaché d'une omission à statuer dès lors qu'il a écarté le moyen tiré du défaut de motivation sans l'examiner au regard des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation en ce que :
. le nom " de D ", porté par son arrière-arrière-grand-père dont il est le descendant, constitue un nom illustre ;
. il est la seule personne en France à porter le nom " de D " qui est menacé d'extinction ;
. il justifie d'un usage ancien et constant de ce nom ;
. il justifie de circonstances exceptionnelles en ce qu'il s'est construit socialement et professionnellement sur ce nom ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 94-52 du 20 janvier 1994 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de Mme Guilloteau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, né le 9 avril 1971 à Paris, a sollicité auprès du garde des sceaux, ministre de la justice, le changement de son nom en " de D ". Par une décision du 7 mai 2019, le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande. M. C relève appel du jugement du 6 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande d'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la régularité du jugement :
2. Le moyen tiré de ce que le jugement est entaché d'une omission à statuer en ce qu'il a écarté le moyen tiré du défaut de motivation sans l'examiner au regard des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration qui prévoient que les motifs d'une décision implicite de rejet doivent être communiqués dans le mois suivant une demande en ce sens, relève, tel qu'il est rédigé, du bien-fondé du jugement et non de sa régularité. En tout état de cause, les premiers juges, qui ont visé le moyen tiré du défaut de motivation et relevé, au point 2 du jugement, qu'une décision expresse de rejet s'était substituée à la décision implicite et au point 3 que cette décision était motivée, ont examiné le moyen et n'ont ainsi pas entaché leur jugement d'une omission à statuer.
En ce qui concerne le bien-fondé du jugement :
3. Aux termes de l'article 6 du décret du 20 janvier 1994 : " Le refus de changement de nom est motivé. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".
4. M. C soutient qu'après que le garde des sceaux, ministre de la justice, a opposé un refus implicite à sa demande de changement de nom du 23 mars 2016, il a été saisi d'une demande de communication des motifs le 27 février 2019 à laquelle il n'a répondu que le 7 mai 2019, et n'a ainsi pas respecté le délai d'un mois imparti par les dispositions précitées. Outre que n'est pas établi, faute de pièce en ce sens, que cette demande a été reçue, le garde des sceaux, ministre de la justice a pris une décision expresse le 7 mai 2019, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet, et qui comporte les motifs de droit et de fait qui la fondent.
5. Aux termes de l'article 61 du code civil : " Toute personne qui justifie d'un intérêt légitime peut demander à changer de nom. / La demande de changement de nom peut avoir pour objet d'éviter l'extinction du nom porté par un ascendant ou un collatéral du demandeur jusqu'au quatrième degré. / Le changement de nom est autorisé par décret. ".
6. La reprise d'un nom patronymique en raison de son illustration peut être demandée au titre de l'intérêt légitime mentionné au premier alinéa de l'article 61 précité du code civil. Ce nom doit avoir été porté dans la famille du demandeur par des personnes qui ont contribué à lui conférer, sur le plan national, une illustration certaine et durable. A supposer que le requérant établisse le lien de filiation avec l'ancêtre dont il demande à porter le nom, ce qui n'est pas attesté en l'état du dossier par la production notamment de son acte de naissance, des extraits d'un ouvrage intitulé " les grands mariages des Habsourg " sur lequel son nom est ajouté de façon manuscrite, d'un arbre généalogique, de pièces d'état civil et d'un acte de baptême, il n'établit, en tout état de cause, pas que le nom sollicité, " de D " aurait été porté dans sa version française avec l'orthographe sollicitée.
7. L'appelant soutient que le nom " de D " est menacé d'extinction. Toutefois, en ne produisant notamment qu'un arbre généalogique, une étude effectuée par un cabinet de généalogie relative à ses oncles et tantes, des extraits d'ouvrages et une recherche téléphonique en France, il n'établit ni, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent arrêt, que le nom aurait été porté avec l'orthographe sollicitée ni même, à supposer cette circonstance établie, que ce nom serait menacé d'extinction.
8. M. C soutient également qu'il justifie d'un usage constant du nom " de D " depuis de nombreuses années. Toutefois, alors qu'il est né en 1971, les documents qu'il produit et dont le plus ancien ne remonte qu'à l'année 1996, ne sont pas, eu égard à leur caractère récent et parcellaire, de nature à établir un usage ancien et ininterrompu du nom sollicité.
9. Des motifs d'ordre affectif peuvent, dans des circonstances exceptionnelles, caractériser l'intérêt légitime requis par l'article 61 du code civil pour déroger aux principes de dévolution et de fixité du nom établis par la loi. Toutefois, si le requérant fait valoir qu'il souhaite mettre en conformité sa renommée et sa vie civile et qu'il n'a pas à supporter sa reconnaissance tardive par son père avec lequel il a toujours eu à cœur de maintenir des liens, ces affirmations, qui ne sont au demeurant pas assorties de pièces justificatives, ne sont pas de nature à établir l'existence de circonstances exceptionnelles caractérisant l'intérêt légitime requis par les dispositions précitées de l'article 61 du code civil pour déroger aux principes de dévolution et de fixité du nom établis par la loi.
10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Il ne résulte pas de ce qui précède que la décision aurait méconnu les stipulations précitées.
12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 2 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Lapouzade, président de chambre,
- M. Diémert, président-assesseur,
- M. Gobeill, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 juin 2022.
Le rapporteur,
J.-F. B
Le président,
J. LAPOUZADE
La greffière,
Y. HERBER
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026