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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-21PA01083

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-21PA01083

jeudi 28 avril 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-21PA01083
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTALEB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B D a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2019 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 1912819 du 20 novembre 2020, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 2 mars 2021, M. B C, représenté par Me Taleb, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 1912819 du 20 novembre 2020 du tribunal administratif de Montreuil ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2019 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence, dans un délai de deux mois suivant la notification de l'arrêt à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de cette notification et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros A le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article. L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- elle méconnait les stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et les dispositions de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 janvier 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, A sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gobeill a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 25 février 1963, est entré régulièrement en France le 13 décembre 2017 sous couvert d'un visa de court séjour, accompagné de son enfant. Il a sollicité son admission au séjour en qualité d'accompagnant de son enfant malade, A le fondement du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 11 octobre 2019, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance du titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. D relève appel du jugement du 20 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

A la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, si la décision vise l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel l'état de santé de l'enfant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, il ressort de l'arrêté contesté que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est approprié cet avis et qu'il a également relevé que M. D n'a pas allégué de circonstances exceptionnelles empêchant l'accès aux soins de son enfant dans son pays et que son état de santé lui permet de voyager sans risque à destination de l'Algérie. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen au regard des soins nécessaires à l'état de santé de l'enfant.

3. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes des dispositions, alors en vigueur, de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si leur présence constitue une menace pour l'ordre public, une autorisation provisoire de séjour est délivrée aux parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions mentionnées au 11° de l'article L. 313-11 () sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée () / L'autorisation provisoire de séjour mentionnée au premier alinéa, qui ne peut être d'une durée supérieure à six mois, est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues au 11° de l'article L. 313-11. () ". Si ces dispositions, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par le 11° de l'article L. 313-11 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade.

4. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. D, le préfet de la Seine-Saint-Denis a notamment relevé que, si l'état de santé de son fils nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de celle-ci ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des pièces du dossier, son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester ce motif, M. D produit différents documents médicaux, parmi lesquels des compte-rendus d'observation médicale, un bilan psychologique, des certificats médicaux ainsi que des courriers attestant de la nécessité de poursuivre les soins. Si ces documents décrivent l'état de santé du fils du requérant et relèvent en particulier qu'il est atteint de troubles du langage et de retards cognitifs justifiant une scolarisation au sein d'une classe spécialisée et un suivi orthophonique, psychomoteur et psychologique auprès notamment de l'institut Jérôme Lejeune, ils ne mentionnent toutefois pas les conséquences qu'entraîneraient pour lui un défaut de prise en charge médicale en France et ne sont donc pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet relative au défaut de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, et sans qu'il soit nécessaire d'ordonner l'expertise demandée, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions ci-dessus reproduites et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Eu égard à ce qui a été dit précédemment concernant l'état de santé du fils de M. D et à la possibilité que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine où réside la mère de l'enfant, la décision en litige n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de ce dernier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

7. En dernier lieu et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 6 du présent arrêt, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de séjour serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences A la situation personnelle de son fils.

A la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen, invoqué à l'encontre de la décision distincte d'obligation de quitter le territoire et tiré de l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté.

9. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 4 et 6 ci-dessus.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées A le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 avril 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Lapouzade, président de chambre,

- M. Diémert, président-assesseur,

- M. Gobeill, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 avril 2022.

Le rapporteur,

J.-F. GOBEILLLe président,

J. LAPOUZADE

La greffière,

C. POVSELa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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