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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-21PA01215

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-21PA01215

jeudi 19 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-21PA01215
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantHARCHOUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. E B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2020 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit.

Par un jugement n° 2021228/1-2 du 4 février 2021, le tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du 16 novembre 2020, a enjoint au préfet de police de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et a mis à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la Cour :

I - Par une requête enregistrée le 9 mars 2021 sous le n° 21PA01215, le préfet de police demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2021228/1-2 du 4 février 2021 du tribunal administratif de Paris ;

2°) de rejeter la demande de première instance de M. B.

Il soutient que :

- c'est à tort que le premier juge a fait droit au moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 6° du I de l'article L. 511-1 et de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les autres moyens de première instance ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 février 2022, M. B, représenté par

Me Harchoux, demande à la Cour :

1°) de confirmer le jugement attaqué ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige méconnaît les dispositions des articles L. 542-1 et R. 532-54 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Un mémoire a été produit pour M. B le 25 avril 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, laquelle est intervenue le 24 avril 2022 en application du premier aliéna de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

II - Par une requête enregistrée le 28 janvier 2022 sous le n° 22PA00415, M. B, représenté par Me Harchoux, conclut aux mêmes fins que dans l'instance n° 21PA01215 par les mêmes moyens.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris du 23 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, par une décision du 30 mars 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 12 novembre 2020. Par un arrêté du 16 novembre 2020, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, le préfet de police fait appel du jugement du 4 février 2021 par lequel le tribunal administratif de Paris a annulé cet arrêté.

2. La requête enregistrée sous le n° 22PA00415 constitue en réalité le double du mémoire en défense présenté par M. B en réponse à la requête du préfet de police enregistrée sous le n° 21PA01215. En conséquence, il y a lieu de rayer la requête n° 22PA00415 des registres du greffe de la Cour.

Sur le moyen d'annulation retenu par le tribunal :

3. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : / () 6° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 743-1 et L. 743-2 , à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes de l'article L. 743-1 du même code, dans sa version applicable : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le recours présenté par M. B aux fins d'annulation de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 mars 2020 a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile lue en audience publique le 12 novembre 2020. M. B bénéficiait donc du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à cette date, et non jusqu'à celle de la notification de la décision, en application de l'article

L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de police est fondé à soutenir que c'est à tort que le premier juge, estimant que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaissait les dispositions précitées du 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article L. 743-1 du même code, a annulé l'arrêté en litige pour ce motif.

5. Il appartient à la Cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. B devant le tribunal administratif de Paris et devant la Cour.

Sur les autres moyens invoqués par M. B en première instance et en appel :

En ce qui concerne le moyen de légalité externe soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions :

6. Par un arrêté n° 2020-00799 du 1er octobre 2020, régulièrement publié au bulletin municipal officiel de la ville de Paris du 9 octobre 2020, le préfet de police a donné à M. C D, chargé de mission au 12ème bureau de la sous-direction de l'administration des étrangers de la direction de la police générale à la préfecture de police, délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions en matière de police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'étaient pas absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées auraient été signées par une autorité incompétente doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions applicables, en particulier le 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que la demande d'asile de M. B a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile. Il précise également que la mesure prise ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, et que M. B n'établit pas être exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de renvoi dans son pays d'origine. Par suite, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, et est suffisamment motivée.

8. En deuxième lieu, la méconnaissance des dispositions de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ne peut être utilement invoquée par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, dès lors que cette directive a été intégralement transposée en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité. Cet étranger peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.

9. Lorsqu'il présente une demande d'asile, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande d'asile, il pourra faire l'objet d'un refus de titre de séjour et, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection

subsidiaire lui a été définitivement refusé, d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, tant au cours de l'instruction de sa demande, qu'après que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont statué sur sa demande d'asile, de faire valoir auprès de l'administration toute information complémentaire utile.

10. M. B a été entendu par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile et pouvait faire valoir à tout moment auprès de la préfecture les éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle. L'intéressé n'établit, ni même n'allègue qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la mesure d'éloignement litigieuse, notamment pour faire valoir des éléments relatifs à son état de santé. Par suite, le préfet de police, qui n'était pas tenu d'inviter

M. B à formuler des observations avant l'édiction de cette mesure, ne l'a pas privé de son droit à être entendu.

11. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. M. B, qui se borne à soutenir sans l'établir qu'il a noué en France des liens personnels, est célibataire et sans charge de famille. Il a vécu dans son pays au moins jusqu'à l'âge de 39 ans et n'est entré en France, selon ses déclarations, qu'en janvier 2020. Dans ces conditions, l'arrêté contesté n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet de police n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

13. En premier lieu, la décision contestée indique la nationalité de M. B et vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle précise que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou dans son pays de résidence habituelle. Par suite, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui le fondent, et est suffisamment motivée.

14. En deuxième lieu, si les conditions de la notification de l'arrêté litigieux peuvent avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, elles sont sans incidence sur la légalité de la décision fixant le pays de destination. En tout état de cause, la décision du préfet de

police fixant le pays de destination a nécessairement été notifiée à M. B dès lors que le requérant a produit en première instance l'arrêté attaqué du 16 novembre 2020 portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet ne lui a pas notifié la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écarté.

15. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

16. M. B soutient que, du fait de son orientation sexuelle, son retour en Côte d'Ivoire l'expose à subir des traitements inhumains et dégradants au sens des dispositions et stipulations des articles précités. Toutefois, en se bornant à produire un rapport établi par un psychologue, il ne produit pas d'éléments suffisants à l'appui de ces allégations pour établir qu'il encourrait actuellement et personnellement de tels risques en cas de retour dans ce pays, alors, au demeurant, que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

17. En dernier lieu, le requérant, à qui la qualité de réfugié n'a été reconnue ni par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ni par la Cour nationale du droit d'asile, ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève relative aux réfugiés.

18. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de police est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a annulé son arrêté du 16 novembre 2020. Dès lors, il y a lieu d'annuler ce jugement et de rejeter la demande de première instance et les conclusions d'appel de M. B, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête enregistrée sous le n° 22PA00415 est rayée du registre du greffe de la Cour.

Article 2 : Le jugement n° 2021228/1-2 du 4 février 2021 du tribunal administratif de Paris est annulé.

Article 3 : La demande présentée par M. B devant le tribunal administratif de Paris ainsi que ses conclusions présentées en appel sont rejetées.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et à M. E B.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 28 avril 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Lapouzade, président de chambre,

- M. Diémert, président-assesseur,

- M. Doré, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 mai 2022.

Le rapporteur,

F. ALe président,

J. LAPOUZADE

La greffière,

Y. HERBER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 21PA01215, 22PA00415

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