jeudi 12 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-21PA02198 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL PHELIP & ASSOCIES;FIDAL PARIS |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Les sociétés Axa France et Sogeidi ont demandé au tribunal administratif de Paris de condamner l'Etat à verser à la société Axa France la somme de 45 175,79 euros et la somme de 1 049,25 euros à la société Sogeidi, augmentées des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2019 et de la capitalisation de ces intérêts, en réparation des préjudices que la société Sogeidi estime avoir subis du fait des dommages occasionnés par des manifestants le 1er décembre 2018.
Par un jugement n°1923654/3-2 le tribunal administratif de Paris a partiellement fait droit à leur demande en condamnant l'Etat au paiement de la somme de 42 550 euros à verser à la société Axa France.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 22 avril 2021, le préfet de police demande à la Cour d'annuler ce jugement et de rejeter la demande présentée par la société Axa France devant le tribunal administratif.
Il soutient que :
- les dégradations ne peuvent être rattachées à la manifestation du 1er décembre 2018 eu égard à la localisation du local dégradé et à l'heure tardive à laquelle elles ont eu lieu ;
- les auteurs de ces dégradations étaient animés par une intention délictuelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2022, les sociétés Axa France et Sogeidi, représentées par Me Phelip, concluent au rejet de la requête et demandent à la Cour :
1°) de condamner l'Etat à verser la somme de 48 919,79 euros à la société Axa France et à la société Sogeidi la somme de 1 049,25 euros, sommes assorties des intérêts au taux légal à compter du 10 juillet 2019 et de la capitalisation de ces intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- les dommages subis sont la conséquence directe et certaine des dégradations commises qui constituent des délits ;
- les dégradations ont été commises à l'occasion de la manifestation du 1er décembre 2018.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Baronnet, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion de la manifestation des " Gilets Jaunes " qui s'est tenue le 1er décembre 2018, le local exploité par la société Sogeidi en tant que commerce d'alimentation, situé sis
22, avenue Hoche à Paris (75008) et assuré auprès de la société Axa France, a subi plusieurs dégradations matérielles. Par un jugement du 10 mars 2021, dont le préfet de police et les sociétés Axa France et Sogeidi relèvent chacun appel, le tribunal administratif de Paris a fait droit à la demande de la société Axa France, agissant en qualité de subrogée dans les droits de son assurée, tendant à ce que l'Etat soit condamné à réparer les dommages occasionnés aux locaux de la société Sogeidi lors de la manifestation du 1er décembre 2018.
Sur l'appel principal et la responsabilité de l'Etat :
2. Aux termes de l'article L. 211-10 du code de la sécurité intérieure : " L'Etat est civilement responsable des dégâts et dommages résultant des crimes et délits commis, à force ouverte ou par violence, par des attroupements ou rassemblements armés ou non armés, soit contre les personnes, soit contre les biens. () ".
3. En l'espèce, il ressort du procès-verbal de dépôt de plainte que les locaux de la société Sogeidi ont été dégradés aux alentours de 19 heures. Il résulte de l'instruction que la manifestation des " Gilets Jaunes " qui s'est tenue le 1er décembre 2018 à Paris a revêtu un caractère particulièrement violent, de nombreux heurts ayant été constatés dès la matinée avec notamment la constitution de barricades. Si ce rassemblement s'est notamment constitué sur le plateau de l'étoile, tous les axes rejoignant l'arc de triomphe ont été concernés et notamment l'avenue Hoche où, dès
13 heures 30, " la situation s'est dégradée " tel qu'il ressort du procès-verbal d'ambiance. A cet égard, la seule circonstance que les locaux de la société Sogeidi soient situés à proximité d'une zone qui était frappée d'une interdiction de manifester ne permet pas d'exclure le rattachement des dégradations commises à la manifestation. Par ailleurs, si le préfet de police soutient que l'heure tardive à laquelle ces dégradations ont été commises révèle l'intention purement délictuelle de leurs auteurs, il résulte toutefois de l'instruction que la manifestation était encore en cours à 19 heures, le procès-verbal d'ambiance faisant notamment état d'interventions des forces de l'ordre pour repousser les manifestants. Enfin, le fait que les individus encore présents en fin de journée aient refusé de se soumettre aux sommations des policiers ne saurait, en lui-même, caractériser leur intention purement délictuelle, alors que la commission d'un délit constitue l'une des conditions de mise en œuvre du régime prévu par les dispositions susvisées du code de la sécurité intérieure. Dans ces conditions, eu égard aux nombreuses exactions commises par les manifestants au cours du rassemblement du 1er décembre 2018, et en l'absence d'éléments de nature à exclure le rattachement des dégâts commis sur les locaux de la société Sogeidi à cet évènement, il y a lieu de retenir l'engagement de la responsabilité sans faute de l'Etat.
4. Il résulte de ce qui précède que le préfet de police n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a condamné l'Etat à verser la somme de 42 550, euros à la société Axa France.
Sur l'appel incident et l'évaluation des préjudices :
En ce qui concerne les préjudices de la société Axa :
5. La société Axa, subrogée dans les droits de la société Sogeidi, sollicite à nouveau en appel une indemnité d'un montant de 45 175,79 euros au titre de l'indemnisation du préjudice matériel subi par la société Sogeidi. En l'absence de tout élément nouveau, il y a lieu de retenir, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges, que la société Axa France est seulement fondée à demander le versement d'une indemnité de 42 550 euros.
En ce qui concerne les préjudices de la société Sogeidi :
6. La société Sogeidi reprend en appel, sans apporter d'éléments nouveaux, sa demande tendant au remboursement des sommes de 314 euros et de 735,25 euros représentant respectivement la franchise prévue au contrat d'assurance et le règlement de la vétusté. Il y a lieu, par suite, de rejeter sa demande, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.
En ce qui concerne les frais d'expertise :
7. Les sociétés Axa France et Sogeidi se bornent à solliciter à nouveau en appel le remboursement de frais d'expertise qu'elles évaluent à 3 744 euros, sans apporter d'éléments nouveaux de nature à justifier de ce montant dès lors que la source du document mentionnant " virement mensuel " n'est pas indiquée, ce qui fait obstacle à la reconnaissance du caractère probant de ce document. Il y a lieu, par suite, de rejeter leur demande par adoption des motifs retenus par les premiers juges.
8. Il résulte de ce qui précède que les sociétés Axa France et Sogeidi ne sont pas fondées à solliciter la réformation du jugement attaqué.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à la société Axa France en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête du préfet de police est rejetée.
Article 2 : L'Etat versera à la société Axa France la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête des sociétés Axa France et Sogeidi est rejeté.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié aux sociétés Axa France et Sogeidi et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 22 avril 2022 à laquelle siégeaient :
- Mme Heers, présidente,
- Mme Briançon, présidente assesseure,
- Mme Portes, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 mai 2022.
La présidente-rapporteure,
M. ALa présidente-assesseure,
C. BRIANÇON
La greffière,
V. BREME
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026