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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-21PA02398

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-21PA02398

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-21PA02398
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP MAUGENDRE MINIER AZRIA LACROIX SCHWAB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B C a demandé au tribunal administratif de Paris de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) et le centre hospitalier Lariboisière à lui verser une somme de 135 550 euros au titre de l'indemnisation de ses préjudices causés par les accidents de service dont elle a été victime.

Par un jugement n° 1908289 du 4 mars 2021, le tribunal administratif de Paris a condamné l'AP-HP à verser à Mme C une somme de 5 550 euros et rejeté le surplus de la demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 4 mai 2021 et 24 mai 2022, Mme B C, représentée par Me Rochefort, demande à la Cour :

1°) de réformer le jugement du tribunal administratif de Paris ;

2°) d'ordonner une expertise afin que soient évalués son état de santé et les préjudices résultant de ses accidents de service ;

3°) de condamner l'AP-HP et le centre hospitalier Lariboisière à lui verser une somme de 135 550 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de sa demande indemnitaire préalable ainsi que de la capitalisation des intérêts, à titre provisoire dans le cas où une expertise serait ordonnée ou à titre définitif dans le cas contraire ;

4°) de mettre à la charge de l'AP-HP et le centre hospitalier Lariboisière une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les frais d'expertise.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé ;

- il a omis de statuer sur un moyen ;

- le centre hospitalier a commis une faute en n'adaptant pas son poste à sa pathologie, en la maintenant sur le même poste et en ne procédant pas à son reclassement ;

- il a commis une faute en ne saisissant pas le comité médical dès le mois de juin 2015 ;

- elle est victime de discriminations à raison de son handicap ;

- ces fautes sont à l'origine de ses accidents de service ;

- ses accidents de service lui ont causé des préjudices qui peuvent être évalués à hauteur de 455 euros au titre de son préjudice professionnel, 1 600 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 7 000 euros au titre des souffrances endurées, 22 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 5 000 euros au titre du recours à une tierce personne, 10 000 euros au titre du préjudice esthétique, 4 400 euros au titre du préjudice d'agrément, 5 000 euros au titre d'un préjudice moral spécifique, outre les montants de 2 000 euros au titre du préjudice moral et 550 euros au titre des frais de santé accordés par le tribunal qui doivent être confirmés ;

- le moyen de l'AP-HP tiré de l'irrégularité du jugement en ce qu'il a retenu que le défaut de saisine du comité médical constitue une faute est irrecevable.

Par des mémoires en défense enregistrés les 7 février et 13 juin 2022, l'AP-HP, représentée par la SELARL Minier Maugendre et associés, demande à la Cour :

1°) de rejeter la requête ;

2°) par la voie de l'appel incident, de réformer le jugement du tribunal administratif de Paris en ce qu'il l'a condamnée à verser à Mme C la somme de 5 550 euros ;

3°) de mettre à la charge de Mme C une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le jugement est irrégulier en ce qu'il n'a pas visé le texte dont il a fait application pour retenir la faute du centre hospitalier à ne pas avoir saisi le comité médical ;

- le centre hospitalier n'a commis aucune faute ;

- les préjudices allégués par Mme C ne sont pas établis ;

- les autres moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 ;

- le décret n° 89-376 du 8 juin 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Lipsos, rapporteure publique,

- et les observations de Me Lebrun substituant Me Rochefort, représentant Mme C, et de Me Guardiola, représentant l'AP-HP.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C a intégré l'AP-HP le 1er novembre 2009 en qualité d'aide-soignante et a été affectée au centre hospitalier Lariboisière. Elle a été victime de trois accidents reconnus imputables au service les 29 décembre 2012, 13 janvier 2016 et 29 août 2016. Elle a formé une demande préalable indemnitaire auprès de l'AP-HP reçue le 26 décembre 2018 et auprès du centre hospitalier Lariboisière reçue le 24 décembre 2018 tendant à l'indemnisation des préjudices résultant de ces accidents de service, qui a été implicitement rejetée. Mme C a demandé au tribunal administratif de Paris de condamner l'AP-HP et le centre hospitalier Lariboisière à hauteur de 135 550 euros. Elle relève appel du jugement par lequel le tribunal a condamné l'AP-HP à lui verser une somme de 5 550 euros et rejeté le surplus de sa demande. Par la voie de l'appel incident, l'AP-HP conteste la somme de 5 550 euros à laquelle elle a été condamnée.

Sur la régularité du jugement :

En ce qui concerne l'appel principal :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

3. D'une part, le point 4 du jugement attaqué relève que le rapport établi le

7 janvier 2016 par le rhumatologue-expert du service de médecine statutaire de l'AP-HP précise que les douleurs chroniques ressenties au talon d'Achille par Mme C, qui concernent tant le pied droit que le pied gauche, sont dues à une importante surcharge pondérale et à un syndrome de pied plat. Le tribunal en a déduit, au point 15 de son jugement, que l'incapacité permanente partielle de 6 % du pied gauche et de 6 % du pied droit dont souffre Mme C n'est pas exclusivement imputable au service et que les trois accidents de service dont elle a été victime ont seulement pu aggraver cette pathologie. Il a ce faisant suffisamment exposé les motifs pour lesquels il a évalué à 3 000 euros l'indemnisation du déficit fonctionnel permanent imputable au service. D'autre part, Mme C ne précise pas les parties du jugement qui seraient insuffisamment motivées en ce qu'elles n'expliqueraient pas le motif pour lequel les dysfonctionnements administratifs ne permettent pas l'indemnisation des conséquences dommageables des accidents de service autres que le préjudice moral. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'insuffisante motivation du jugement doit être écarté.

4. En second lieu, le tribunal a répondu, aux points 5 et 6 de son jugement, au moyen tiré du caractère fautif de l'absence de reclassement professionnel de Mme C. Le moyen tiré de l'omission à statuer doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne l'appel incident :

5. Il résulte du deuxième alinéa de l'article R. 741-2 du code de justice administrative que la décision du tribunal doit comporter les visas des dispositions législatives ou réglementaires dont elle fait application.

6. Si les motifs du jugement attaqué mentionnent, par une erreur matérielle, le décret

n° 86-442 qui n'est pas repris dans les visas, il est constant que le texte cité dont le jugement fait application est celui du décret n° 388-86, qui est mentionné dans les visas. Dans ces conditions et en tout état de cause, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement du fait du défaut de mention, dans les visas, du décret n° 86-442 doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la responsabilité :

7. Compte tenu des conditions posées à son octroi et de son mode de calcul, l'allocation temporaire d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

S'agissant de la responsabilité pour faute :

Quant au défaut d'adaptation du poste, de changement de poste et de reclassement :

8. Aux termes de l'article 71 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, applicable au litige : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps, s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 8 juin 1989 pris pour l'application de la loi n° 86-33 du

9 janvier 1986 et relatif au reclassement des fonctionnaires pour raisons de santé, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsqu'un fonctionnaire n'est plus en mesure d'exercer ses fonctions, de façon temporaire ou permanente, et si les nécessités du service ne permettent pas un aménagement des conditions de travail, l'autorité investie du pouvoir de nomination, après avis du médecin du travail, dans l'hypothèse où l'état du fonctionnaire n'a pas nécessité l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical, si un tel congé a été accordé, peut affecter ce fonctionnaire dans un poste de travail correspondant à son grade dans lequel les conditions de service sont de nature à permettre à l'intéressé d'assurer ses fonctions ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Dans le cas où l'état physique d'un fonctionnaire, sans lui interdire d'exercer toute activité, ne lui permet pas de remplir les fonctions correspondant aux emplois de son grade, l'intéressé peut présenter une demande de reclassement dans un emploi relevant d'un autre grade de son corps ou dans un emploi relevant d'un autre corps. / L'autorité investie du pouvoir de nomination recueille l'avis du comité médical départemental ".

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'à compter du 27 février 2013, le médecin du travail a constamment recommandé la limitation des déplacements importants de Mme C et qu'il a en outre, à compter du 8 février 2016, recommandé l'absence de port de charges lourdes et de station debout prolongée. Si Mme C soutient que le centre hospitalier était informé avant cette dernière date qu'elle ne devait pas porter de charges importantes, et se fonde sur une fiche de poste adaptée qui mentionne un poste à pourvoir au

1er décembre 2015, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que le médecin du travail a émis une recommandation en ce sens avant le 8 février 2016, la fiche d'examen de la médecine du travail du 2 décembre 2015 ne recommandant d'ailleurs que la limitation des déplacements importants.

10. D'une part, il résulte de l'instruction que la rechute du premier accident de service, le 3 mars 2014, et l'accident de service du 13 janvier 2016, survenu lors du transfert d'un patient au cours duquel Mme C s'est cogné les deux pieds sur les rails du lève-malade, ne sont pas liés à des déplacements importants imposés à Mme C en méconnaissance des recommandations du médecin du travail. D'autre part, il est constant que l'accident de service du 29 août 2016, à savoir une chute, est intervenu alors que Mme C nettoyait la machine à café, conformément à la fiche de poste validée par la médecine du travail. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que ses accidents ont été causés par une faute de l'administration tenant à l'inadaptation de son poste ou à un défaut de changement de poste.

11. En second lieu, les avis des médecins du travail qui ont examiné Mme C jusqu'au dernier accident de service, le 29 août 2016, ont indiqué de manière constante qu'elle était apte à son emploi d'aide-soignante. L'intéressée ne produit aucune pièce médicale de nature à contredire cette analyse sur la période concernée. Dans ces conditions, aucune faute tirée d'un défaut de reclassement n'est à l'origine de ses accidents de service.

Quant à l'absence de saisine du comité médical :

12. Aux termes de l'article 7 du décret du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitude physique et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière : " Les comités médicaux sont chargés de donner un avis à l'autorité compétente sur les contestations d'ordre médical qui peuvent s'élever à propos de l'admission des candidats aux emplois de la fonction publique hospitalière, de l'octroi et du renouvellement des congés de maladie et de la réintégration à l'issue de ces congés. / Ils sont consultés obligatoirement en ce qui concerne : () / 5. L'aménagement des conditions de travail du fonctionnaire après un congé de maladie, de longue maladie ou de longue durée () ".

13. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue de son congé de maladie du 15 janvier au 16 février 2016, le poste de Mme C a été adapté. Il est toutefois constant que le comité médical n'a pas été consulté, comme l'exigeaient les dispositions précitées de l'article 7 du décret du 19 avril 1988, la circonstance que le congé de maladie de Mme C ait été reconnu imputable au service étant sans incidence sur l'existence de cette obligation. Si Mme C soutient que le comité médical aurait dû être saisi dès le mois de juin 2015, il ne résulte en revanche pas de l'instruction qu'elle était en congé de maladie sur cette période. Dans ces conditions, le centre hospitalier a commis une faute en ne saisissant pas le comité médical à l'issue du congé de maladie du 15 janvier au 16 février 2016. Cette faute n'est susceptible d'avoir eu une incidence que sur l'accident de service du 29 août 2016.

Quant à la discrimination à raison du handicap :

14. Aux termes de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige : " () Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison () de leur handicap (). / Toutefois des distinctions peuvent être faites afin de tenir compte d'éventuelles inaptitudes physiques à exercer certaines fonctions () ". Aux termes de l'article 6 sexies de cette même loi dans sa rédaction applicable au litige : " Afin de garantir le respect du principe d'égalité de traitement à l'égard des travailleurs handicapés, les employeurs visés à l'article 2 prennent, en fonction des besoins dans une situation concrète, les mesures appropriées pour permettre aux travailleurs mentionnés aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail d'accéder à un emploi ou de conserver un emploi correspondant à leur qualification, de l'exercer et d'y progresser ou pour qu'une formation adaptée à leurs besoins leur soit dispensée, sous réserve que les charges consécutives à la mise en oeuvre de ces mesures ne soient pas disproportionnées, notamment compte tenu des aides qui peuvent compenser en tout ou partie les dépenses supportées à ce titre par l'employeur ".

15. D'une part, si Mme C se prévaut du statut de travailleur handicapé qui lui aurait été reconnu au mois d'avril 2016, il ne résulte pas de l'instruction que l'accident de service du 29 août 2016, intervenu postérieurement à cette reconnaissance, soit dû, ainsi qu'il a été dit, à un défaut d'adaptation de son poste. D'autre part, le sentiment de Mme C d'exercer des fonctions d'aide-soignante " au rabais " ne résulte nullement d'une discrimination exercée à son encontre à raison de son handicap mais de l'adaptation de son poste, et n'est en tout état de cause pas à l'origine de ses accidents de service.

S'agissant de la responsabilité sans faute :

16. Les accidents des 29 décembre 2012, 13 janvier 2016 et 29 août 2016 ayant été reconnus imputables au service, Mme C peut prétendre à une indemnisation des préjudices personnels et patrimoniaux en découlant dans les conditions rappelées au point 7.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des préjudices financiers :

17. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme C a subi un préjudice financier du fait de son arrêt de travail du 29 août au 2 septembre 2016 consécutif à l'accident de service du 29 août 2016, les éléments qu'elle produit à ce titre concernant des arrêts de travail de 2018 dénués de lien avec cet accident. Dans ces conditions, en admettant même que l'accident du

29 août 2016 puisse avoir un lien de causalité avec la faute du centre hospitalier à ne pas avoir saisi le comité médical, la demande de Mme C présentée au titre de ce chef de préjudice ne peut qu'être rejetée.

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire et des souffrances endurées :

18. Il résulte de l'instruction que les congés de maladie de Mme C des 3 au 9 janvier 2013, 3 au 16 mars 2014, 15 janvier au 16 février 2016, 11 juin au 13 juillet 2016 et 30 août au 2 septembre 2016 ont été reconnus imputables au service. Il est par ailleurs constant que ces accidents de service ont consisté en des chocs à la cheville et aux pieds ainsi qu'en une chute. En outre, les douleurs ressenties le 3 mars 2014 ont été reconnues imputables à l'accident de service du 29 décembre 2012. Dans ces conditions, et en l'absence de tout autre élément produit par l'intéressée, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire et des souffrances endurées par la requérante imputables au service en les évaluant à la somme de 2 250 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

19. D'une part, il résulte de l'instruction que les lésions de l'accident de service du

29 décembre 2012, occasionné par le choc de la cheville gauche de Mme C contre un chariot de linge, ont été regardées comme guéries au 28 mai 2015 par le médecin de contrôle le 26 juin 2015 et par le rhumatologue expert qui a examiné Mme C le 7 janvier 2016. Le médecin généraliste agréé qui a examiné Mme C le 4 mars 2016 a également retenu l'absence de déficit fonctionnel lié à l'accident du 29 décembre 2012. Il résulte toutefois du rapport du 7 janvier 2016 qu'une échographie du tendon d'Achille droit de Mme C du

23 octobre 2015 montre une bursite pré achilléenne, une tendinopathie d'insertion avec calcification de l'insertion, alors que l'accident de service du 29 décembre 2012 n'a concerné que la cheville gauche. Sur ce point, l'assertion de la requérante selon laquelle sa boiterie liée à son accident du 29 décembre 2012 serait à l'origine de sa tendinopathie à la cheville droite n'est corroborée par aucune pièce médicale. Le rapport du 7 janvier 2016 fait en outre état de ce que l'intéressée est en très nette surcharge pondérale et a les pieds plats, ce qui est un facteur favorisant les tendinopathies calcanéennes. Il résulte de ce qui précède que les tendinopathies achilléennes dont souffre Mme C aux deux chevilles ne sont pas imputables au service. D'autre part, il résulte de l'instruction que les accidents de service des 29 décembre 2012 et

29 août 2016 ont été regardés comme guéris, respectivement au 28 mai 2015 et

2 septembre 2016. Ainsi, seul l'accident du 13 janvier 2016, qui a été regardé comme consolidé avec séquelles le 22 ou 28 février 2017, date à laquelle l'intéressée était âgée de près de 53 ans, est susceptible d'être à l'origine d'un déficit fonctionnel permanent.

20. Le médecin-conseil de victimes qui a examiné Mme C les 13 avril et

27 juin 2018 a évalué à 6 % à chaque cheville le taux d'incapacité dont elle souffre du fait d'une tendinopathie chronique du tendon d'Achille, taux qui n'est pas contesté en défense. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'apparition de ces tendinopathies est dénuée de lien avec le service. Toutefois, dès lors que l'accident du 13 janvier 2016 a laissé des séquelles susceptibles d'avoir aggravé ces tendinopathies, et alors que l'AP-HP admet, en indiquant que l'incapacité dont souffre Mme C n'est pas exclusivement imputable au service, qu'elle l'est pour une partie, il sera fait une juste appréciation du préjudice lié au déficit fonctionnel permanent de Mme C imputable au service en l'évaluant à 3 000 euros.

S'agissant de l'aide d'une tierce personne :

21. Il ne résulte pas de l'instruction que l'état de Mme C avant la consolidation de ses lésions nécessitait l'aide d'une tierce personne une heure par jour ni, en tout état de cause, qu'un tel besoin aurait été imputable au service. La demande présentée par Mme C à ce titre doit, dès lors, être rejetée.

S'agissant des frais médicaux :

22. Les dépenses médicales restées à la charge de Mme C, qu'elle a évaluées à 250 euros et dont elle a demandé l'indemnisation devant le tribunal, ont trait à des actes médicaux intervenus en 2017 et 2018. Il ne résulte pas de l'instruction que ces actes présentent un lien avec les accidents de service des 29 décembre 2012, 13 janvier 2016 ou 29 août 2016. En revanche, la consultation d'un médecin-conseil de victimes le 28 juin 2018, pour un montant de 300 euros, est utile à la résolution du litige. Par suite, il y a lieu de ne mettre à la charge de

l'AP-HP que cette somme de 300 euros.

S'agissant des préjudices esthétique, d'agrément et moral :

23. Il ne résulte pas de l'instruction que la claudication dont est affectée

Mme C, la restriction de ses activités sociales et le sentiment de déconsidération dont elle souffre soient liés à l'aggravation de son état consécutivement à l'accident de service du

13 janvier 2016 plutôt qu'à son état antérieur. Dans ces conditions, ses demandes présentées à ce titre doivent être rejetées.

24. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise médicale, que Mme C n'est pas fondée à se plaindre de ce que le tribunal administratif de Paris n'a condamné l'AP-HP qu'à lui verser une somme de 5 550 euros, et que l'AP-HP n'est pas fondée à demander la réformation de ce jugement en tant qu'il l'a condamnée à verser cette somme à Mme C.

Sur les frais du litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'AP-HP, qui n'est pas partie perdante en la présente instance, la somme que Mme C demande sur ce fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme que demande l'AP-HP au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'AP-HP sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B C et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Heers, présidente de chambre,

Mme Briançon, présidente-assesseure,

Mme Saint-Macary, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

M. D

La présidente,

M. A

La greffière,

A. GASPARYAN

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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