jeudi 19 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-21PA02904 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LE MARCHAND |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. G D a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler la décision du 3 décembre 2018 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a rejeté sa demande de changement de nom, présentée pour sa fille mineure et pour lui-même, de " J " en " Collier-Bedetti " pour sa fille et de " D " en " F " pour lui-même, et la décision du 12 mars 2019 portant rejet de son recours gracieux.
Par un jugement n° 1910019/4-3 du 2 avril 2021, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2021, M. D, représenté par Me Le Marchand, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement n° 1910019/4-3 du tribunal administratif de Paris en date du 2 avril 2021 ;
2°) d'annuler la décision du garde des sceaux, ministre de la justice en date du 3 décembre 2018 ;
3°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice d'autoriser son changement de nom en "F" et celui de ses enfants C et A en "K", sous astreinte de 150 euros par jours de retard à compter d'un délai de deux mois après la notification de l'arrêt à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées et ont été prises à l'issue d'un délai anormalement long ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie d'un intérêt légitime à changer de nom au travers de motifs affectifs présentant un caractère exceptionnel ;
- il peut se prévaloir de la possession d'état ;
- les décisions contestées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le garde des sceaux, ministre de la justice, a produit un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction intervenue le 14 février 2022 à midi en application d'une ordonnance du 13 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de Mme Guilloteau, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D a demandé au garde des sceaux, ministre de la justice, de l'autoriser à substituer à son nom celui de " F " et à autoriser sa fille mineure, C J à substituer à son nom celui de " Collier-Bedetti ". Par une décision du 3 décembre 2018, confirmée sur recours gracieux le 12 mars 2019, le garde des sceaux, ministre de la justice a rejeté sa demande. M. D fait appel du jugement du 2 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande d'annulation de ces décisions.
2. Aux termes de l'article 61 du code civil : " Toute personne qui justifie d'un intérêt légitime peut demander à changer de nom () ". Des motifs d'ordre affectif peuvent, dans des circonstances exceptionnelles, caractériser l'intérêt légitime requis par l'article 61 du code civil pour déroger aux principes de dévolution et de fixité du nom établis par la loi.
3. M. G D, né le 12 octobre 1983, porte le nom de M. H D qui l'a reconnu le 13 octobre 1983. Il ressort des pièces du dossier, notamment du témoignage de la mère du requérant, que M. H D était violent avec elle et envers son enfant, dont il n'était pas le père biologique, et que pour les protéger elle a rompu le concubinage dès l'année 1984 et a immédiatement contesté la paternité de M. H D qui n'a plus eu aucun contact avec l'enfant et n'a subvenu ni à son éducation, ni à son entretien. Le requérant souhaite ne plus porter le nom de cet homme, se voir attribuer celui de sa mère qui l'a élevé et le transmettre à ses enfants. Dans ces conditions, M. D justifie de circonstances exceptionnelles de nature à caractériser l'intérêt légitime requis pour déroger aux principes de dévolution et de fixité du nom établis par la loi. Par suite, en lui déniant un tel intérêt, le garde des sceaux, ministre de la justice, a fait une inexacte application des dispositions de l'article 61 du code civil.
4. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande. Le jugement du 2 avril 2021 et la décision du 3 décembre 2018 doivent donc être annulés.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ". Aux termes de l'article 61-2 du code civil : " Le changement de nom s'étend de plein droit aux enfants du bénéficiaire lorsqu'ils ont moins de treize ans ".
6. En l'espèce, les motifs du présent arrêt impliquent nécessairement que M. G D soit autorisé, dans les conditions prévues par l'article 61 du code civil, à substituer à son nom celui de " F ". En revanche, s'agissant de ses enfants mineurs, IE D née le 12 novembre 2014 et A E D né le 22 septembre 2016, M. D, qui agit seul en leur nom, demande que soit substitué à leur nom celui de " Collier- E ". Dès lors qu'il ne se borne ainsi pas à demander le remplacement du nom " D " par " F " mais y ajoute une interversion, le présent arrêt n'implique pas nécessairement qu'il soit fait droit à sa demande. Il y a donc seulement lieu d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de présenter au Premier ministre un projet de décret autorisant le changement de nom sollicité par M. G D dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt et de lui enjoindre de réexaminer, dans ce même délai, la demande présentée au nom de ses deux enfants mineurs. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir ces injonctions de l'astreinte demandée par le requérant.
Sur les frais du litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 1910019/4-3 du tribunal administratif de Paris du 2 avril 2021 est annulé.
Article 2 : La décision du garde des sceaux, ministre de la justice en date du 3 décembre 2018 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de présenter au Premier ministre un projet de décret autorisant M. G D à substituer à son nom celui de " F " et de réexaminer la demande de changement de nom présentée pour ses enfants mineurs, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 4 : L'État versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à M. G D et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 28 avril 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Lapouzade, président de chambre,
- M. Diémert, président-assesseur,
- M. Doré, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mai 2022.
Le rapporteur,
F. B
Le président,
J. LAPOUZADE
La greffière,
Y. HERBER
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 21PA02904
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026