mercredi 15 mars 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-21PA02962 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | FAURE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au Tribunal administratif de Melun de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2014.
D un jugement n° 1801767 du 8 avril 2021, le Tribunal administratif de Melun a prononcé la décharge partielle des cotisations supplémentaires de contributions sociales auxquelles M. B a été assujetti au titre de l'année 2014 et a rejeté le surplus de sa demande.
Procédure devant la Cour :
D une requête et un mémoire, enregistrés les 2 juin 2021 et 5 janvier 2022, M. B, représenté D Me Faure et Me Barbier, demande à la Cour :
1°) d'annuler l'article 3 du jugement n° 1801767 du 8 avril 2021 du Tribunal administratif de Melun ;
2°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des impositions demeurant en litige ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'indemnité transactionnelle de 135 370,45 euros ne constitue pas une rémunération occulte dès lors que les éléments comptables du GIE CREPA et les pièces justificatives identifient clairement que M. B est le bénéficiaire de cette indemnité ;
- le versement de cette indemnité n'est pas une libéralité consentie D le GIE CREPA dès lors que, d'une part, l'indemnité en cause a été exposée dans l'intérêt de ce dernier afin que M. B ne puisse contester les conditions dans lesquelles la rupture conventionnelle a été conclue, et que, d'autre part, le principe même d'une transaction exclut la possibilité d'une libéralité dès lors qu'une transaction, pour être juridiquement valable, repose sur des concessions réciproques ;
- il appartient à l'administration fiscale d'apporter la preuve que l'indemnité en litige, inscrite en charges D le GIE CREPA, n'a pas été supportée dans l'intérêt de celui-ci ;
- l'indemnité en litige a fait l'objet d'une double imposition en matière de contributions sociales ;
- l'application de la majoration de 40 % prévue à l'article 1729 du code général des impôts n'est pas justifiée ;
- en tout état de cause, l'indemnité transactionnelle de 135 370,45 euros doit être exonérée en vertu des dispositions du 6° du 1 de l'article 80 duodecies du code général des impôts dès lors qu'elle est au nombre des indemnités versées à l'occasion de la rupture d'un contrat de travail ; l'instruction administrative référencée BOI-RSA-CHAMP-20-40-10-30 du 7 mars 2014 admet, D extension, que l'indemnité transactionnelle consécutive à un licenciement entre dans la " constitution " de l'indemnité de licenciement.
D des mémoires en défense, enregistrés les 26 août 2021 et 21 janvier 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les moyens soulevés D le requérant ne sont pas fondés ;
- dans l'hypothèse où les motifs du rehaussement, tirés de l'application des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts, seraient regardés comme infondés, il conviendrait de procéder à une substitution de base légale en qualifiant la somme non majorée de 135 370 euros comme des traitements et salaires.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code du travail ;
- la décision n° 2013-340 QPC du 20 septembre 2013 du Conseil constitutionnel ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les conclusions de Mme Breillon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le groupement d'intérêt économique (GIE) CREPA, dont M. B était alors le directeur général et qui a signé avec son employeur une convention de rupture conventionnelle de son contrat de travail le 21 février 2014, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014, dans les suites de laquelle le dossier fiscal personnel de M. B a fait l'objet d'un contrôle sur pièces au titre de l'année 2014. A l'issue de ce contrôle sur pièces, l'administration fiscale a considéré que l'indemnité de 135 370,45 euros, résultant d'un protocole transactionnel signé le 5 mai 2014, qui lui a été versée le même jour D le GIE CREPA, était constitutive de revenus distribués au sens des dispositions du c de l'article 111 du code général des impôts et, D suite, a taxé cette somme dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en assujettissant M. B, au titre de l'année 2014, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales, assorties notamment de la majoration de 40 % prévue à l'article 1729 du code général des impôts, au motif que la déduction de cette indemnité D le GIE CREPA constituait pour ce dernier un acte anormal de gestion dès lors que l'indemnité en cause n'a pas été engagée dans son intérêt et que, corrélativement, le GIE CREPA a consenti à M. B une libéralité en lui versant cette indemnité. M. B fait appel du jugement du Tribunal administratif de Melun en tant que ce dernier n'a pas fait droit à l'ensemble de sa demande tendant à la décharge de ces impositions.
Sur le fond du litige :
En ce qui concerne la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu :
S'agissant des revenus distribués :
2. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes / () ". L'octroi d'un avantage sans contrepartie doit être qualifié comme une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices au sens des dispositions précitées, alors même que l'opération est portée en comptabilité et y est assortie de toutes les justifications concernant son objet apparent et l'identité du co-contractant, dès lors que cette comptabilisation ne révèle pas, D elle-même, la libéralité en cause. L'administration, à qui la charge de la preuve incombe, peut établir l'existence d'un tel avantage soit qu'il n'a fait l'objet d'aucune inscription régulière dans la comptabilité de l'entreprise, permettant d'identifier son objet ou sa nature et sa valeur, soit qu'il serait constitutif d'une libéralité. Il lui appartient dans ce cas d'établir soit l'absence de toute contrepartie soit l'existence d'un écart significatif entre le prix convenu et la valeur vénale du bien ou du service octroyé en contrepartie d'une part, et une intention libérale des parties compte tenu des conditions de l'opération ou de l'acte à l'origine de celle-ci d'autre part.
3. Il résulte de l'instruction qu'en application des dispositions des articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du code du travail, M. B a signé le 21 février 2014 avec son employeur, le GIE CREPA, une convention de rupture de son contrat de travail en tant que directeur général, que cette rupture conventionnelle a été homologuée et qu'une indemnité spécifique de rupture conventionnelle de 63 575,54 euros lui a été versée le 30 avril 2014. D ailleurs, D un protocole transactionnel signé le 5 mai 2014, M. B a perçu le même jour du GIE CREPA une indemnité de 135 370,45 euros ayant pour objet de compenser les préjudices financiers et moraux qui n'auraient pas été pris en compte lors de la rupture conventionnelle de son contrat de travail du fait de l'atteinte portée à sa position sociale et à sa réputation professionnelle et des difficultés à retrouver un emploi équivalent dès lors qu'il était confronté à d'importantes pressions émanant de personnes extérieures souhaitant avoir des informations sur les conditions de son départ, qui auraient été exacerbées dans le cadre de contentieux engagés à l'encontre du GIE CREPA. En contrepartie du versement de l'indemnité transactionnelle, le protocole prévoit que, notamment, M. B s'engage à renoncer à contester la validité et la régularité de la rupture conventionnelle de son contrat de travail et toutes les conséquences qui y sont attachées, ainsi que les conditions de son emploi avant cette rupture, et à réclamer le paiement d'autres sommes que celles déjà versées dans ce cadre, les deux parties s'engageant également à renoncer à toute action ou instance relative à la conclusion, à l'exécution ou à la rupture de leur collaboration.
4. Le requérant soutient que le versement de l'indemnité transactionnelle, objet du présent litige, ne constitue pas une libéralité consentie D le GIE CREPA dès lors que ce dernier trouve une contrepartie à ce versement. Pour justifier des préjudices qu'il a ainsi fait valoir auprès de son ancien employeur, le requérant produit deux articles de presse de l'Argus des assurances des 19 mai 2014 et 26 juin 2014, soit quelques mois après la rupture conventionnelle de son contrat de travail, relayant les critiques d'un syndicat d'employeur mettant en cause la gouvernance et la gestion du GIE CREPA ainsi que des pratiques " cachées " à ses adhérents, notamment les rémunérations de ses administrateurs dont la fonction est supposée être exercée à titre bénévole, les commissions versées en 2009 à une agence immobilière lors d'achats de biens D le GIE CREPA, les lourdes pertes financières supportées pour éponger les dettes d'une société de courtage créée D celui-ci en 2010 alors qu'en parallèle les salariés et employeurs étaient fortement sollicités dans le cadre du plan de redressement de leur régime de retraite. Ces articles mentionnent également la plainte en diffamation déposée D le GIE CREPA à l'encontre de ce syndicat, retraçant la réponse apportée D la nouvelle direction générale du GIE CREPA sur les critiques qui lui étaient faites, ainsi que la plainte pour malversations déposée D le syndicat à l'encontre du GIE CREPA. M. B produit également la sanction prononcée D la commission des sanctions de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) le 19 juillet 2016 à l'encontre de son ancien employeur, qui s'est vu infliger un blâme et une sanction pécuniaire de 300 000 euros au titre des indemnités de fonction versées à ses administrateurs et des commissions perçues D un intermédiaire lors des opérations immobilières précitées, cette sanction ayant fait l'objet d'une publication.
5. Toutefois, ces documents ne comportent aucune mention particulière ni mise en cause personnelle de M. B et, si la sanction prononcée D la commission des sanctions de l'ACPR indique à son point 16 que ces manquements résulteraient de décisions prises D l'ancienne équipe de direction du GIE CREPA et les actions correctrices mises en œuvre depuis, elle précise également au point suivant que seul le GIE CREPA, en tant que personne morale, est mis en cause. D ailleurs, l'article 3 du protocole du 5 mai 2014 stipule que l'indemnité transactionnelle a " pour objet de compenser les préjudices [que M. B] prétend avoir subis ". Or, il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date à laquelle ce protocole a été conclu, un précontentieux ou un contentieux était en cours entre le requérant et son ancien employeur. Enfin, le ministre établit que, dans le cadre de la vérification de comptabilité du GIE CREPA, celui-ci, à qui il appartenait de justifier du caractère déductible de l'indemnité inscrite en charges dans sa comptabilité, n'a produit aucun autre élément que le protocole du 5 mai 2014 pour établir tant le caractère effectif de cette charge que son intérêt à engager cette somme versée au requérant au regard des contreparties qu'il était susceptible d'en retirer. Dans ces conditions, et à supposer même que l'indemnité transactionnelle en litige aurait été régulièrement comptabilisée, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant que le versement de cette indemnité n'était assorti d'aucune contrepartie effective pour le GIE CREPA. D suite, c'est à bon droit que le service a considéré que l'indemnité de 135 370,45 euros était constitutive d'une libéralité au profit de M. B et devait être taxée, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des dispositions précitées du c de l'article 111 du code général des impôts.
S'agissant de l'article 80 duodecies du code général des impôts :
Quant à la loi fiscale :
6. D'une part, aux termes du 1 de l'article 80 duodecies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Toute indemnité versée à l'occasion de la rupture du contrat de travail constitue une rémunération imposable, sous réserve des dispositions suivantes / Ne constituent pas une rémunération imposable : / 1° Les indemnités mentionnées aux articles L. 1235-1, L. 1235-2, L. 1235-3 et L. 1235-11 à L. 1235-13 du code du travail / () / 6° La fraction des indemnités prévues à l'article L. 1237-13 du code du travail versées à l'occasion de la rupture conventionnelle du contrat de travail d'un salarié lorsqu'il n'est pas en droit de bénéficier d'une pension de retraite d'un régime légalement obligatoire, qui n'excède pas : / a) Soit deux fois le montant de la rémunération annuelle brute perçue D le salarié au cours de l'année civile précédant la rupture de son contrat de travail, ou 50 % du montant de l'indemnité si ce seuil est supérieur, dans la limite de six fois le plafond mentionné à l'article L. 241-3 du code de la sécurité sociale en vigueur à la date de versement des indemnités / b) Soit le montant de l'indemnité de licenciement prévue D la convention collective de branche, D l'accord professionnel ou interprofessionnel ou, à défaut, D la loi / () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 1235-3 du code du travail, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Si le licenciement d'un salarié survient pour une cause qui n'est pas réelle et sérieuse, le juge peut proposer la réintégration du salarié dans l'entreprise, avec maintien de ses avantages acquis / Si l'une ou l'autre des parties refuse, le juge octroie une indemnité au salarié. Cette indemnité, à la charge de l'employeur, ne peut être inférieure aux salaires des six derniers mois. Elle est due sans préjudice, le cas échéant, de l'indemnité de licenciement prévue à l'article L. 1234-9 ".
7. Pour l'application et l'interprétation d'une disposition législative, aussi bien les autorités administratives que le juge sont liés D les réserves d'interprétation dont une décision du Conseil constitutionnel, statuant sur le fondement de l'article 61-1 de la Constitution, assortit la déclaration de conformité à la Constitution de cette disposition.
8. Il résulte de la réserve d'interprétation énoncée D le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2013-340 QPC du 20 septembre 2013 statuant sur la conformité à la Constitution du 1 de l'article 80 duodecies du code général des impôts que les dispositions de cet article, qui définissent les indemnités versées à l'occasion de la rupture du contrat de travail bénéficiant, en raison de leur nature, d'une exonération totale ou partielle d'impôt sur le revenu, ne sauraient, sans instituer une différence de traitement sans rapport avec l'objet de la loi, conduire à ce que le bénéfice de l'exonération varie selon que l'indemnité a été allouée en vertu d'un jugement, d'une sentence arbitrale ou d'une transaction et qu'en particulier, en cas de transaction, il appartient à l'administration et, lorsqu'il est saisi, au juge de l'impôt, de rechercher la qualification à donner aux sommes objet de la transaction.
9. A cet égard, les sommes perçues D un salarié en exécution d'une transaction conclue avec son employeur ne sont susceptibles d'être regardées comme des indemnités pour licenciement sans cause réelle et sérieuse mentionnées à l'article L. 1235-3 du code du travail que s'il résulte de l'instruction que la rupture des relations de travail est assimilable à un tel licenciement. Dans ce cas, les indemnités accordées au titre d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse sont exonérées. La détermination D le juge de la nature des indemnités se fait au vu de l'instruction et conformément à la jurisprudence établie du juge du travail.
10. Lorsqu'a été conclue et homologuée une convention de rupture du contrat de travail régie D les dispositions des articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du code du travail, cette rupture conventionnelle, exclusive du licenciement et de la démission, fait en principe obstacle à ce que l'indemnité allouée au salarié D une transaction intervenant ultérieurement puisse être regardée comme une indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse et exonérée d'impôt sur le revenu à ce titre. Toutefois, il résulte des mêmes dispositions que la remise au salarié d'un exemplaire de la convention de rupture est nécessaire à la fois pour que chacune des parties puisse demander l'homologation de la convention, dans les conditions prévues D l'article L. 1237-14 du code du travail, et pour garantir le libre consentement du salarié, en lui permettant d'exercer ensuite son droit de rétractation en connaissance de cause. Il s'ensuit qu'à défaut d'une telle remise, la convention de rupture est nulle et produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse.
11. M. B soutient, à titre subsidiaire, que l'indemnité transactionnelle qu'il a perçue le 5 mai 2014 doit être exonérée d'imposition en application des dispositions précitées du 6° du 1 de l'article 80 duodecies du code général des impôts dès lors qu'elle a été versée à l'occasion de la rupture conventionnelle de son contrat de travail. Toutefois, outre que l'indemnité transactionnelle revêt le caractère d'une libéralité ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 5, il résulte de ce qui vient d'être dit au point précédent que l'indemnité allouée à M. B D le protocole transactionnel du 5 mai 2014 ne peut être, en tout état de cause, regardée comme une indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse et exonérée d'impôt sur le revenu à ce titre, dès lors qu'il résulte de l'instruction, et notamment des éléments introductifs du protocole transactionnel, qu'ayant fait part à son employeur, dès la fin de l'année 2013, de " son souhait de prendre du recul pour des considérations d'ordre personnel et professionnel et, le cas échéant, d'envisager de mettre un terme à la relation de travail ", M. B a convenu avec le GIE CREPA, à l'issue de deux entretiens intervenus à ce sujet les 24 janvier 2014 et 7 février 2014, de signer une convention de rupture conventionnelle le 21 février 2014, de sorte que la rupture de la relation de travail n'est pas assimilable à un licenciement. Du reste, alors que la rupture conventionnelle du contrat de travail de l'intéressé a été homologuée, le requérant ne soutient pas qu'il n'aurait pas reçu du GIE CREPA un exemplaire de la convention de rupture, et les éléments introductifs du protocole transactionnel font apparaître qu'à l'occasion de la conclusion de ce protocole, l'intéressé ne s'est pas plaint du caractère irrégulier de la rupture de son contrat de travail lors de la conclusion de ce protocole. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'indemnité transactionnelle en litige devrait être exonérée d'imposition en application des dispositions précitées du 6° du 1 de l'article 80 duodecies du code général des impôts.
Quant à l'interprétation administrative de la loi fiscale :
12. Aux termes du paragraphe 170 de l'instruction administrative référencée BOI-RSA-CHAMP-20-40-10-30 du 7 mars 2014, relatif aux indemnités versées à l'occasion de la rupture conventionnelle du contrat de travail : " Le 6° du 1 de l'article 80 duodecies du CGI exonère la fraction des indemnités prévues à l'article L. 1237-13 du code du travail versées à l'occasion de la rupture conventionnelle du contrat de travail d'un salarié lorsqu'il n'est pas en droit de bénéficier d'une pension de retraite d'un régime légalement obligatoire, dans la limite la plus élevée des deux suivantes : / - le montant de l'indemnité de licenciement prévue D la convention collective de branche, D l'accord professionnel ou interprofessionnel ou, à défaut, D la loi / - deux fois le montant de la rémunération annuelle brute perçue D le salarié au cours de l'année civile précédant la rupture de son contrat de travail, ou 50 % du montant de l'indemnité si ce seuil est supérieur, ces montants alternatifs étant eux-mêmes retenus sous un plafond égal à six fois le montant annuel du plafond de la sécurité sociale en vigueur à la date de versement des indemnités ".
13. M. B ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement implicite de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, du bénéfice de l'instruction administrative référencée BOI-RSA-CHAMP-20-40-10-30 du 7 mars 2014 en soutenant que cette instruction aurait admis, D extension, que l'indemnité transactionnelle versée à la suite de la rupture conventionnelle du contrat de travail serait exonérée de l'impôt sur le revenu à l'instar de l'indemnité spécifique de rupture conventionnelle, dès lors que ni les énonciations précitées du paragraphe 170 ni aucune autre énonciation de ladite instruction, qui ne peuvent faire l'objet que d'une interprétation stricte, ne prévoient une telle exonération.
En ce qui concerne les cotisations supplémentaires de contributions sociales :
14. M. B soutient qu'il a été doublement imposé aux contributions sociales dès lors qu'il en a déjà acquitté en 2014 sur l'indemnité transactionnelle en litige à concurrence d'une somme de 15 409,80 euros. Toutefois, il résulte des mentions de son bulletin de paie du mois de mai 2014 que le GIE CREPA a procédé, sur le montant brut de l'indemnité transactionnelle, à une retenue totale de 12 062,42 euros au titre de la CSG et de la CRDS, le surplus de 3 347,38 euros correspondant à des cotisations salariales. Ainsi, dès lors que les contributions sociales versées D l'ancien employeur de M. B au titre de l'indemnité transactionnelle sont assises sur des revenus d'activité, alors que, ainsi qu'il a été dit plus haut, le montant de l'indemnité transactionnelle a été taxé à bon droit dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il aurait fait l'objet d'une double imposition aux contributions sociales.
En ce qui concerne le surplus des pénalités :
15. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration ". La majoration de 40 % pour manquement délibéré prévue D les dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance D le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir ce manquement délibéré, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations souscrites D le contribuable et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.
16. Pour justifier l'application de la pénalité de 40 % prévue à l'article 1729 du code général des impôts, l'administration fiscale fait valoir que M. B n'a pas déclaré l'indemnité transactionnelle en litige au titre de l'année 2014, que la somme omise de 135 370,45 euros représente 61,9 % de ses revenus au titre de la même année, que la mention du protocole transactionnel du 5 mai 2014 selon laquelle l'intéressé " percevra () [ladite] somme () sans préjuger du sort fiscal de cette indemnité " aurait dû le conduire à s'interroger sur le caractère imposable de l'indemnité transactionnelle et qu'enfin, dès lors que cette indemnité est constitutive d'une libéralité, M. B ne pouvait ignorer qu'une telle somme est soumise à l'impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux, aucun texte fiscal ne prévoyant d'exonération s'agissant d'une telle catégorie de revenus. Si le requérant soutient qu'il n'a eu aucune intention d'éluder l'impôt en faisant valoir qu'il n'est pas un spécialiste du droit fiscal et en produisant un courriel du 25 février 2014 D lequel le directeur administratif et financier du GIE CREPA lui a indiqué que " les indemnités de rupture conventionnelle et transactionnelle ne devraient pas être soumises à l'impôt sur le revenu ", il résulte cependant de l'instruction que le bulletin de paie du mois de mai 2014 fait apparaître, s'agissant de l'indemnité transactionnelle en litige, un cumul imposable de 40 227,81 euros. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant la volonté délibérée de M. B d'éluder l'impôt. D suite, le requérant n'est pas fondé à demander la décharge de la majoration de 40 % prévue à l'article 1729 du code général des impôts en litige.
17. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la demande de substitution de base légale présenté D le ministre, que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, D le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Melun a rejeté le surplus de sa demande.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B une somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés D lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée au directeur chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 21 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Jardin, président de chambre,
- Mme Hamon, présidente assesseure,
- M. Desvigne-Repusseau, premier conseiller,
Rendu public D mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.
Le rapporteur,
M. DESVIGNE-REPUSSEAU
Le président,
C. JARDIN
La greffière,
C. BUOT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026