mercredi 22 mars 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-21PA03240 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | RENAUD |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société à responsabilité limitée (SARL) Probis France a demandé au Tribunal administratif de Melun de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er juin 2013 au 30 novembre 2015.
Par un jugement n° 1707260/3 du 8 avril 2021, le Tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 juin 2021 et 21 janvier 2022, la société Probis France, représentée par Me Jean-Louis Renaud, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement n° 1707260/3 du 8 avril 2021 du Tribunal administratif de Melun ;
2°) de prononcer la décharge des impositions litigieuses, en droits et pénalités ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'existe pas de faisceau d'indices établissant qu'elle savait ou ne pouvait ignorer recourir à des fournisseurs auteurs de fraude à la taxe sur la valeur ajoutée ;
- le manquement délibéré n'est pas établi.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 août 2021 et 3 février 2022, le ministre de l'action et des comptes publics conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 21 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 décembre 2022 à 12h.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les conclusions de Mme Prévot, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Probis France a pour objet le commerce de gros d'ordinateurs et d'équipements informatiques. A la suite de la vérification de sa comptabilité, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée lui ont été assignés au titre de la période du 1er juin 2013 au 30 novembre 2015, l'administration ayant remis en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les achats que la société avait réalisés auprès de huit fournisseurs, sur le fondement du 3 de l'article 272 du code général des impôts. Elle relève appel du jugement du 8 avril 2021 par lequel le Tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande tendant à la décharge des impositions litigieuses, en droits et pénalités.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
2. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ". Aux termes du I de l'article 271 du même code : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () ". Aux termes de l'article 272 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " () / 3. La taxe sur la valeur ajoutée afférente à une livraison de biens ne peut faire l'objet d'aucune déduction lorsqu'il est démontré que l'acquéreur savait ou ne pouvait ignorer que, par son acquisition, il participait à une fraude consistant à ne pas reverser la taxe due à raison de cette livraison ".
3. Si l'administration fiscale ne peut exiger de manière générale de l'assujetti souhaitant exercer son droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, d'une part, qu'il vérifie que l'émetteur de la facture correspondant aux biens et aux services au titre desquels l'exercice de ce droit est demandé dispose de la qualité d'assujetti, qu'il disposait des biens en cause et était en mesure de les livrer et qu'il a rempli ses obligations de déclaration et de paiement de la taxe, afin de s'assurer qu'il n'existe pas d'irrégularités ou de fraude au niveau des opérateurs en amont, ou, d'autre part, qu'il dispose de documents à cet égard, un opérateur avisé peut, en revanche, lorsqu'il existe des indices permettant de soupçonner l'existence d'irrégularités ou de fraude, se voir contraint de prendre des renseignements sur un autre opérateur auprès duquel il envisage d'acheter des biens ou des services afin de s'assurer qu'il s'est acquitté de ses obligations fiscales. Lorsque les indices permettent de soupçonner une méconnaissance, par un fournisseur de biens ou un prestataire de services, de ses obligations de déclaration ou de paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient ainsi à l'assujetti qui a acquis certains de ces biens ou services, pour les céder à son tour, de s'assurer qu'en ce qui concerne ces biens et services, son fournisseur ou son prestataire s'est acquitté de ses obligations.
4. Il incombe à l'administration fiscale d'établir les éléments objectifs permettant de conclure que l'assujetti savait ou aurait dû savoir que l'opération invoquée pour fonder le droit à déduction était impliquée dans une fraude. Lorsque sont en cause des opérations similaires réalisées par des sociétés différentes pendant une courte période, ces éléments doivent porter sur chacune de ces sociétés, qu'il s'agisse de l'existence de la fraude reprochée, des indices permettant à l'assujetti mis en cause de la soupçonner ou encore des mesures qui peuvent raisonnablement être exigées.
5. En premier lieu, il n'est pas contesté que, parmi les cinquante-deux fournisseurs auxquels la société Probis France a eu recours pendant la période vérifiée, huit ont commis une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée au cours de la période en cause en s'abstenant de déclarer la taxe collectée à l'occasion de la revente, notamment à la société Probis, de matériels informatiques acquis auprès de fournisseurs européens.
6. En deuxième lieu, pour établir que la société Probis savait ou ne pouvait ignorer que, par l'acquisition des fournitures dont la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée correspondante lui a été refusée, elle participait à cette fraude, l'administration s'est fondée sur plusieurs indices. Elle fait tout d'abord valoir que les acquisitions en cause représentaient 58,76 %, 64,52 % et 48,44 % des achats réalisés par la société respectivement au titre des années 2013, 2014 et 2015. Il résulte toutefois de l'instruction que la proportion d'achats réalisés auprès des huit fournisseurs ayant commis des fraudes à la taxe sur la valeur ajoutée, et dont les factures sont à l'origine des rectifications litigieuses, s'élève à 1,98 % du total des achats réalisés par la société Probis en 2013, 25,38 % en 2014 et 5,23 % en 2015. Si l'administration fait valoir que la proportion de fournisseurs " impliqués " dans la fraude est nettement plus importante, elle ne peut utilement y inclure, à l'appui de sa démonstration, des fournisseurs à jour de leurs obligations déclaratives, et dont la déduction par la société Probis de la taxe sur la valeur ajoutée figurant sur leur factures n'a pas été remise en cause par le service, mais ayant eux-mêmes eu recours à des fournisseurs fraudeurs, sans établir ni même alléguer que la société aurait eu connaissance de ce que les biens qu'elle a acquis auprès de ces fournisseurs auraient été achetés en premier lieu par eux à des sociétés actives dans la fraude à la taxe sur la valeur ajoutée. L'administration fait également valoir que la société a bénéficié de prix inférieurs de près de 10 % aux prix qui lui auraient été demandés pour des achats effectués directement auprès de sociétés européennes. Toutefois, en s'abstenant de se référer à un prix moyen du marché pour les produits en cause au moment des achats litigieux, et en se bornant à démontrer que, sur une partie non majoritaire des transactions, cinq des huit fournisseurs à l'origine de la fraude ont réalisé une vente à perte, l'administration n'établit pas que la société a effectivement bénéficié de prix inférieurs au prix du marché et, le cas échéant, dans une proportion qui aurait dû attirer l'attention d'un opérateur avisé et de nature à lui faire soupçonner des irrégularités, alors qu'en outre, il n'est ni allégué, ni établi que la société requérante aurait eu connaissance des prix d'acquisition de ses vendeurs auprès des fournisseurs européens. Si l'administration indique également que les relations avec certains des fournisseurs, comme PetG International, MPS, Consulting Media Info, Info Bureautique et Experteam, ont été très courtes, la société fait valoir qu'elle testait la fiabilité et l'efficacité du fournisseur par une première commande, avant de progressivement nouer, ou non, des relations plus approfondies, et qu'elle a notamment entretenu des relations de plus longue durée avec la gérante commune aux sociétés MPS et MKTEK qui se sont succédé, cet indice étant en tout état de cause insuffisant à lui seul pour démontrer que la société requérante aurait eu connaissance d'une fraude. L'administration fait enfin valoir que les huit fournisseurs en cause ne disposaient ni de local d'exploitation, ni d'entrepôt de stockage, que les marchandises de trois d'entre eux étaient livrées directement à partir de plates-formes logistiques, que la plupart d'entre eux ne déposaient pas leurs comptes sociaux au Tribunal de commerce et n'avaient pas d'antériorité sur le marché du matériel informatique, l'une de ces sociétés, Alpha Technology, ayant en outre exigé un règlement dans un délai de 48 heures, en inadéquation avec les usages professionnels. La société, dont il n'est pas établi, ni allégué, qu'elle avait connaissance de l'absence de salariés et de moyens d'exploitation des fournisseurs en cause, fait valoir les pratiques commerciales du secteur informatique dans lequel de nombreuses entreprises du secteur se bornent à s'entremettre, sans locaux de stockage, et il résulte par ailleurs de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification, que certaines des sociétés disposaient de locaux de stockage ou de personnes jouant un rôle commercial. Dans ces conditions, il est seulement établi par le service que huit des cinquante-deux fournisseurs de la société au cours de la période en cause, dont il est constant qu'ils n'avaient aucun lien personnel ou capitalistique avec les dirigeants et associés de la société Probis France, et dont les fournitures représentaient entre 1,98 % et 25,38% de ses achats de la société pour les années objet des rappels, n'ont déclaré aucune taxe sur la valeur ajoutée, n'utilisaient pas ou peu de moyens matériels et humains pour les livraisons litigieuses, et pour certains avaient un objet social imprécis et ne déclaraient pas leurs comptes sociaux auprès du Tribunal de commerce, l'un d'entre eux ayant des pratiques inhabituelles en matière de paiement. Ces éléments ne peuvent être regardés, en l'espèce, comme des indices suffisants permettant de faire soupçonner une fraude à la taxe sur la valeur ajoutée.
7. Enfin, il résulte de l'instruction que la société Probis s'était procurée, pour chacun d'entre eux, un KBIS, un RIB, ainsi que la carte d'identité du gérant de cinq d'entre eux, des attestations de validité du numéro de taxe sur la valeur ajoutée, et des attestations de régularité fiscale pour quatre d'entre eux. L'administration, qui fait valoir que la société Probis France n'a pas demandé d'attestation de régularité fiscale à quatre des fournisseurs ayant commis la fraude, ne conteste pas utilement l'authenticité des attestations produites, ni la connaissance qu'en avait la société Probis, en se bornant à relever que l'attestation relative à la société Consulting Media Info ne figurait pas dans le dossier fournisseur consulté lors de la vérification et concerne sa situation au 31 décembre 2014, avant un changement d'objet social, de siège social, d'associés et de dirigeant, et que les attestations produites pour les sociétés PetG International et CTI-Informatique présentent des incohérences eu égard à leur date de délivrance, les attestations ne portant toutefois que sur la régularité de la situation fiscale au 31 décembre précédant leur établissement et non sur la satisfaction de l'ensemble des obligations déclaratives relatives à l'année précédente. Dans ces conditions, l'administration ne peut être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, que la société Probis France savait ou aurait dû savoir qu'en se fournissant auprès de ces huit sociétés, elle participait à un circuit de fraude à la taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, elle n'était pas fondée à rejeter la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée correspondant aux matériels acquis auprès de ces fournisseurs au cours de la période en cause sur le fondement du 3 de l'article 272 du code général des impôts.
8. Il résulte de ce qui précède que la société Probis France est fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande tendant à la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er juin 2013 au 30 novembre 2015.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des conclusions présentées par la société Probis France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Le jugement du 8 avril 2021 du Tribunal administratif de Melun est annulé.
Article 2 : La société Probis France est déchargée, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er juin 2013 au 30 novembre 2015.
Article 3 : L'Etat versera à la société Probis France la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la SARL Probis France et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée à la direction nationale d'enquêtes fiscales.
Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Topin, présidente,
- M. Magnard, premier conseiller,
- M. Segretain, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.
Le rapporteur,
A. ALa présidente,
E. TOPIN
Le greffier,
C. MONGIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026