lundi 6 mars 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-21PA03287 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | DOKHAN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Paris de condamner l'Etat à lui verser la somme de 160 460,24 euros, assortie des intérêts au taux légal, avec capitalisation annuelle des intérêts, en réparation du préjudice que lui a causé l'absence de règlement des cotisations sociales pour l'ensemble des missions qu'il a réalisées au profit des juridictions judiciaires entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2015.
Par un jugement n° 1915835 du 13 avril 2021, le tribunal administratif de Paris a condamné l'Etat à verser à M. B la somme de 60 934,97 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 avril 2019, capitalisés à compter du 8 avril 2020 et à chaque échéance annuelle.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 14 juin 2021 et des mémoires complémentaires enregistrés le 8 avril 2022 et 8 décembre 2022, M. B, représenté par Me Dokhan, demande à la Cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler ce jugement, en tant qu'il a limité à la somme de 60 934,97 euros la somme mise à la charge de l'Etat au titre du versement des cotisations sociales dues au régime de l'IRCANTEC ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 168 716,34 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 avril 2019, capitalisés à compter du 8 avril 2020, avec capitalisation annuelle des intérêts, en réparation du préjudice que lui a causé l'absence de règlement des cotisations sociales pour l'ensemble des missions qu'il a réalisées au profit des juridictions judiciaires entre le 1er janvier 2000 et le 31 décembre 2015 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est irrégulier en ce qu'il a insuffisamment motivé les modalités de calcul des cotisations d'assurance vieillesse non versées par le ministère de la justice ;
- c'est à tort que le tribunal a jugé qu'il ne justifiait pas du caractère réel et certain de son préjudice calculé sur une durée de 19,4 années correspondant à l'espérance de vie d'un homme de 65 ans et sur la base du point IRCANTEC d'une valeur de 0,4875 euros à la date du jugement ; la méthode de calcul retenue par le tribunal ne permet pas la réparation intégrale de son préjudice ;
- c'est à tort que le tribunal a jugé qu'il lui appartenait de justifier d'une impossibilité de régulariser sa situation auprès de l'IRCANTEC avant la liquidation et des conditions d'une éventuelle régularisation.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale,
- le code de la sécurité sociale,
- le décret n° 70-1277 du 23 décembre 1970,
- le décret n° 2000-35 du 17 janvier 2000,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Pena, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dokhan, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, médecin psychiatre et praticien hospitalier exerçant au centre hospitalier Sud Seine-et-Marne, a accompli, en situation de cumul d'activité, du 1er janvier 2000 au 31 décembre 2015, des expertises psychiatriques judiciaires en tant qu'expert désigné par les juridictions judiciaires. Par courrier du 5 avril 2019, il a sollicité du garde des sceaux, ministre de la justice le versement d'une indemnité de 162 199,72 euros en réparation des préjudices subis en raison du non-versement par l'Etat des cotisations sociales afférentes aux rémunérations qu'il a perçues au titre de ses activités d'expert judiciaire pendant la période précitée incluant les frais exposés pour le calcul du montant de son préjudice (960 euros) et pour sa défense (3 000 euros). Cette demande a été implicitement rejetée. M. B relève appel du jugement du 13 avril 2021 du tribunal administratif de Paris, en tant que par ce jugement, le tribunal a limité à la somme de 60 934,97 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 avril 2019 et capitalisés à compter du 8 avril 2020, la somme mise à la charge de l'Etat en réparation de son préjudice.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. M. B soutient que le jugement attaqué est irrégulier en ce qu'il a insuffisamment motivé les modalités de son calcul des cotisations d'assurance vieillesse non versées par le ministère de la justice. Il ressort du point 5 dudit jugement que, pour arrêter le montant de l'indemnisation du préjudice subi par le requérant, les premiers juges ont retenu qu'il résultait de l'instruction que la somme de 60 934,97 euros correspondait exactement à la somme des cotisations d'assurance vieillesse non versées par le ministère de la justice sans donner la source ou les modalités de calcul de cette somme. Par suite, M. B est fondé à soutenir que les premiers juges ont entaché leur jugement d'une insuffisance de motivation et qu'il doit, pour ce motif, être annulé.
3. Il y a lieu, en conséquence, d'évoquer et de statuer immédiatement sur la demande présentée par M. B devant le tribunal administratif de Paris et la Cour.
Sur la responsabilité de l'Etat :
4. Aux termes de l'article L. 311-2 du code de la sécurité sociale : " Sont affiliées obligatoirement aux assurances sociales du régime général, quel que soit leur âge et même si elles sont titulaires d'une pension, toutes les personnes quelle que soit leur nationalité, de l'un ou de l'autre sexe, salariées ou travaillant à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs et quels que soient le montant et la nature de leur rémunération, la forme, la nature ou la validité de leur contrat. ". L'article L. 311-3 du même code, dans sa version applicable au litige, dispose que : " Sont notamment compris parmi les personnes auxquelles s'impose l'obligation prévue à l'article L. 311-2, même s'ils ne sont pas occupés dans l'établissement de l'employeur ou du chef d'entreprise, même s'ils possèdent tout ou partie de l'outillage nécessaire à leur travail et même s'ils sont rétribués en totalité ou en partie à l'aide de pourboires : () 21°) Les personnes qui exercent à titre occasionnel pour le compte de l'Etat () une activité dont la rémunération est fixée par des dispositions législatives ou réglementaires ou par décision de justice. Un décret précise les types d'activités et de rémunérations en cause. Toutefois, ces dispositions ne sont pas applicables, sur leur demande, dans des conditions fixées par décret, aux personnes exerçant à titre principal une des professions visées à l'article L. 621-3, lorsque les activités occasionnelles visées ci-dessus en sont le prolongement. () ". Aux termes de l'article 1er du décret du
17 janvier 2000 portant rattachement de certaines activités au régime général, dans sa version en vigueur jusqu'au 1er janvier 2016 : " Pour l'application du 21° des dispositions de l'article L. 311-3 du code de la sécurité sociale, les activités mentionnées audit 21° sont celles effectuées par les personnes suivantes : 1° Les personnes mentionnées au 3° et au 6° de l'article R. 92 du code de procédure pénale ; / () L'Etat () qui [fait] appel aux personnes mentionnées ci-dessus versent les cotisations de sécurité sociale, la contribution sociale généralisée et la contribution pour le remboursement de la dette sociale aux organismes de recouvrement mentionnés aux articles L. 213-1 et L. 752-4 du code de la sécurité sociale, sous réserve des dispositions de l'article 3 ci-dessous. ". Aux termes de l'article R. 92 du code de procédure pénale : " les frais de justice criminelle, correction et de police sont : () 3° les honoraires et indemnité qui peuvent être accordés aux experts, aux interprètes et les frais de traduction ". L'article R. 312-4 du code de la sécurité sociale, alors en vigueur, dispose que : " L'immatriculation au régime général s'effectue obligatoirement () à la diligence de l'employeur, dans le délai de huitaine qui suit l'embauchage de toute personne non encore immatriculée et remplissant les conditions prévues aux articles L. 311-2 et suivants. ". Enfin, aux termes de l'article 3 du décret du 23 décembre 1970 portant création d'un régime de retraites complémentaire des assurances sociales en faveur des agents non titulaires de l'Etat et des collectivités publiques : " Le régime complémentaire géré par l'I.R.C.A.N.T.E.C. s'applique à titre obligatoire : / a) Aux administrations, services et établissements publics de l'Etat () ".
5. Il résulte des dispositions précitées que, jusqu'en 2015, les experts devant les tribunaux devaient, lorsqu'ils avaient la qualité de collaborateurs occasionnels du service public au sens de ces dispositions, être obligatoirement affiliés au régime général de la sécurité sociale au titre du 21° de l'article L. 311-3 du code de la sécurité sociale. Pour présenter un caractère occasionnel au sens de ces dispositions législatives et réglementaires, l'activité en cause doit être exercée de façon discontinue, ponctuelle, irrégulière ou accessoire.
6. Il résulte de l'instruction qu'entre 2000 et 2015, M. B qui exerçait l'activité principale de médecin, praticien hospitalier, s'est vu attribuer des missions d'expertises réalisées dans les conditions prévues par le 3° de l'article R. 92 du code de procédure pénale, qu'il a réalisées en situation de cumul d'activités accessoires. Il doit en conséquence être regardé comme un agent non titulaire à ce titre. Par suite, M. B est fondé à soutenir qu'il avait, entre 2000 et 2015, la qualité de collaborateur occasionnel du service public et qu'il aurait dû, dès lors, être affilié au régime général de la sécurité sociale ainsi qu'au régime complémentaire obligatoire de l'IRCANTEC ce qui n'est au demeurant pas contesté par le ministre de la justice. Il résulte des dispositions précitées qu'il incombait à l'Etat, en sa qualité d'employeur, d'entreprendre les démarches nécessaires à l'affiliation de M. B au régime général de la sécurité sociale et au régime complémentaire des agents non titulaires. Si le requérant ne formule aucune demande au titre du régime général, il est constant qu'au cours de cette période, le ministère de la justice, qui reconnaît sa carence fautive dans ses écritures, n'a pas procédé au versement des cotisations au régime complémentaire obligatoire de l'IRCANTEC. M. B est, dès lors, fondé à soutenir que l'Etat a commis une faute de nature à engager sa responsabilité à son égard.
Sur le montant des préjudices de M. B :
7. M. B soutient, en premier lieu, que son préjudice de retraite doit être calculé sur une durée de 19,4 années, correspondant à l'espérance de vie d'un homme de 65 ans, âge de son départ à la retraite, sur la base de 16 982,13 points acquis entre 2000 et 2015 ainsi que l'a calculé le cabinet M et D et de la valeur du point IRCANTEC de 0,51211 euros à la date du présent arrêt, soit une somme totale de 168 716,34 euros. Toutefois, M. B n'allègue pas être à la retraite et ne justifie pas d'une impossibilité de régulariser sa situation auprès de l'IRCANTEC en s'acquittant de la somme correspondant au coût des cotisations d'assurance vieillesse non versées par le ministère de la justice. Il y a lieu, en conséquence, d'arrêter le montant de son préjudice, à la somme totale de 60 934,73 euros, selon le document émanant de l'IRCANTEC et produit par le ministre de la justice devant la Cour, calculé par addition des parts agent et employeur des cotisations dues par M. B pour les années 2000-2015.
8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. B a exposé des frais pour calculer le montant des cotisations d'assurance vieillesse du régime de base et du régime complémentaire IRCANTEC. Il est donc fondé à demander le remboursement de ces frais qui s'élèvent, selon la facture du cabinet M et D du 18 mai 2018, à la somme de 960 euros TTC. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre cette somme à la charge de l'Etat.
9. Enfin, si M. B sollicite le remboursement des frais d'avocat exposés pour sa défense d'un montant de 3 600 euros, ces préjudices doivent être regardés comme intégralement réparés par la somme allouée par le présent arrêt au titre des frais des instances.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le montant des préjudices de M. B s'élève à la somme totale de 61 894,73 euros.
Sur les frais des instances :
11. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice, une somme de 3 000 euros à verser à M. B au titre des frais des deux instances.
D E C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 1915835 du 13 avril 2021 du tribunal administratif de Paris est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 61 894,73 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 8 avril 2019, date de réception de la demande indemnitaire préalable, et ces intérêts seront eux-mêmes capitalisés à compter du 8 avril 2020 et à chaque échéance annuelle.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 3 000 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 15 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Ivan Luben, président de chambre,
- Mme Marianne Julliard, présidente-assesseure,
- Mme Gaëlle Mornet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.
La rapporteure,
M. JULLIARDLe président,
I. LUBEN
La greffière,
N. DAHMANI
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
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La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
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04/05/2026