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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-21PA03301

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-21PA03301

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-21PA03301
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDELARL CABOUCHE & MARQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A G B a demandé au tribunal administratif de Montreuil de condamner solidairement la société Aéroports de Paris (ADP) et la société Colas Ile-de-France Normandie à lui verser la somme de 2 307,50 euros en réparation du préjudice corporel qu'il a subi à la suite de l'accident de la circulation dont il a été victime dans l'emprise de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle.

Par un jugement n° 1806451 du 26 avril 2021, le tribunal administratif de Montreuil a, d'une part, admis l'intervention de la société GMF Assurances et d'autre part, rejeté la demande de M. G B.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 14 juin 2021 et le 19 octobre 2022, M. G B et la société GMF assurances, représentés par Me Letu, demandent à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 1806451 du 26 avril 2021 du tribunal administratif de Montreuil ;

2°) de condamner solidairement la société ADP et la société Colas Ile-de-France Normandie à verser à la société GMF Assurances la somme de 28 406 euros en réparation du préjudice matériel subi et à verser à M. G B la somme de 2 307,50 euros en réparation des préjudices corporels subis ;

3°) de mettre à la charge de la société ADP et de la société Colas Ile-de-France Normandie les entiers dépens ainsi que la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la juridiction administrative est compétente pour connaître du présent litige ;

- la responsabilité de la société ADP et de la société Colas est engagée en raison de l'insuffisante signalisation des blocs en béton installés sur la voie où a eu lieu son accident de la circulation alors que ladite voie se trouvait dans une zone de chantier non éclairée du fait des travaux en cours ;

- aucune faute ne peut être reprochée à M. G B, qui conduisait en respectant les limitations de vitesse ;

- la GMF Assurances est fondée à solliciter le remboursement de la somme de 28 406 euros versée à son assuré, correspondant au préjudice matériel liée à la destruction de son véhicule ;

- M. G B est fondé à solliciter l'indemnisation des préjudices corporels subis à la suite de l'accident de la circulation dont il a été victime, à hauteur de 1 500 euros au titre des souffrances endurées, de 107,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et de 700 euros au titre du déficit fonctionnel permanent.

Par un mémoire, enregistré le 2 juillet 2021, la mutuelle générale de l'économie, des finances et de l'industrie demande à la cour de condamner solidairement la société ADP et la société Colas Ile-de-France Normandie à lui verser la somme de 93,22 euros au titre des frais médicaux et pharmaceutiques exposés pour le compte de M. G B.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2022, la société ADP, représentée par Me Marquet, demande à la cour :

1°) de rejeter la requête ;

2°) par la voie de l'appel incident :

- d'annuler le jugement n° 1806451 du 26 avril 2021 du tribunal administratif de Montreuil en tant qu'il retient la compétence de la juridiction administrative pour statuer sur les demandes de M. G B et la société GMF Assurances ;

- de rejeter les demandes présentées par M. G B et la société GMF Assurances devant le tribunal administratif ;

3°) à titre subsidiaire, par la voie de l'appel provoqué :

- de condamner la société Colas Ile-de-France Normandie à la garantir des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre ;

4°) de mettre à la charge de M. G B et de la société GMF Assurances les entiers dépens ainsi que la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que les premiers juges ont admis la compétence de la juridiction administrative dès lors que seul le juge judiciaire est compétent pour connaître d'un litige relatif à un accident de la circulation terrestre ;

- sa responsabilité ne peut être recherchée dès lors que les mesures de sécurité et de signalisation de la voie sur laquelle a eu lieu l'accident incombaient à la société Colas, en application de l'article 6.6.3 du cahier des clauses administratives particulières du marché de travaux conclu entre la société ADP et la société Colas ;

- les mesures de sécurisation de la voie publique mises en œuvre dans le cadre des travaux d'aménagement étaient suffisantes et aucun défaut d'entretien normal ne peut être retenu ;

- l'accident de la circulation dont M. B a été victime lui est imputable dès lors qu'il n'a manifestement pas adapté sa conduite aux circonstances ;

- le préjudice matériel dont se prévaut la société GMF Assurances, correspondant à la valeur de remplacement du véhicule de M. G B, doit être limité à 22 000 euros ;

- à titre subsidiaire, la société Colas doit être condamnée à le garantir des sommes qui pourraient être mises à sa charge.

Par un mémoire, enregistré le 6 octobre 2022, la société Colas Ile-de-France Normandie, représentée par Me Jolivet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 500 euros soit mise à la charge de M. G B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- aucun défaut d'entretien normal ne peut être retenu dès lors que des mesures de sécurisation de la voie concernée par la zone de chantier avaient été mises en place ;

- l'accident de la circulation qui s'est produit sur cette voie est imputable aux seules fautes de M. G B, qui n'a manifestement pas adapté sa conduite aux circonstances.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de :

- l'irrecevabilité de l'appel incident de la société ADP qui est sans intérêt et partant sans qualité pour demander l'annulation du jugement attaqué en tant qu'il a, dans ses motifs, admis la compétence de la juridiction administrative dès lors que ce jugement rejette intégralement les demandes présentées par M. G B et la société GMF Assurances et lui donne ainsi satisfaction ;

- l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions d'appel provoqué de la société ADP dirigées contre la société Colas dès lors qu'elles sont fondées sur l'exécution d'un contrat de droit privé.

Par deux mémoires enregistrés les 16 et 23 novembre 2022, M. G B et la société GMF Assurances, représentés par Me Letu, ont présenté des observations sur ces moyens relevés d'office.

Par deux mémoires enregistrés les 16 et 22 novembre 2022, la société ADP, représentée par Me Marquet, a présenté des observations sur ces moyens relevés d'office.

Par une ordonnance du 5 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

4 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'organisation judiciaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme E C a été désignée rapporteure publique par une décision du

2 décembre 2022 de la présidente de la Cour, en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Marion, rapporteure publique,

- les observations de Me Rivaille, représentant la société ADP,

- et les observations de Me Jolivet, représentant la société Colas Ile-de-France Normandie.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 février 2016, vers 18 h 30, le véhicule conduit par M. G B a heurté frontalement les blocs de béton séparant les deux voies de la rue de l'Echelle à Roissy-en-France, située au sein de la zone publique de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Lors de cette collision, M. G B a été légèrement blessé et son véhicule a été endommagé. La société GMF Assurances, assureur de M. F, a alors adressé une demande indemnitaire préalable aux sociétés Aéroports de Paris (ADP) et Colas Ile-de-France Normandie qui a été rejetée par des décisions des 6 septembre 2016 et 19 octobre 2017. M. G B a alors saisi le tribunal administratif de Montreuil qui, par un jugement du 26 avril 2021, a admis l'intervention de la société GMF Assurances et rejeté le recours tendant à la réparation des préjudices résultant de cet accident. M. G B et la société GMF Assurances relèvent appel de ce jugement.

Sur la régularité du jugement :

2. Si en application de l'article R. 212-8 du code de l'organisation judiciaire, il appartient aux tribunaux judiciaires de connaître des litiges auxquels peuvent donner lieu les accidents de la circulation terrestre, cette disposition n'a pas pour objet, et ne saurait avoir pour effet, de déroger aux règles normales de compétence applicables aux actions en responsabilité engagées sur un fondement autre que celui qui est seul visé par cette disposition. Il résulte de l'instruction que l'action en responsabilité exercée par M. G B à l'encontre des sociétés ADP et Colas Ile-de-France Normandie est fondée sur le défaut d'entretien normal de la voie publique, en l'absence de signalisation et de sécurisation adéquates. Par suite, les premiers juges n'ont pas entaché leur jugement d'irrégularité en estimant que la juridiction administrative était seule compétente pour connaître du présent litige.

Sur le bien-fondé du jugement :

3. Pour obtenir réparation, par le maître de l'ouvrage, des dommages qu'il a subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, l'usager doit démontrer, d'une part, la matérialité des faits qu'il invoque et la réalité de son préjudice et, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse ainsi sur elle, il incombe à la collectivité maître d'ouvrage, soit d'établir qu'elle a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer la faute de la victime ou l'existence d'un évènement de force majeure.

4. Il ressort des pièces du dossier que suite à une demande de la société ADP, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, par un arrêté du 6 mai 2015 modifié le 27 suivant, adapté les règles de circulation sur la zone publique de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle dans le cadre de travaux menés par ADP. A ce titre, l'arrêté prévoyait la neutralisation de la voie de gauche de la rue de l'Echelle sauf l'accès au chantier, avec une limitation de la vitesse à 30 kilomètres / heure et l'installation d'un panneau de signalisation. Au vu de cet arrêté, il incombait à la société ADP, qui était à l'initiative de cette demande, ainsi que le cas échéant aux entreprises chargées des travaux, d'assurer la mise en place des mesures de réglementation de vitesse et de signalisation sur la voie publique.

5. Les requérants soutiennent que l'accident de la circulation dont M. G B a été victime résulte d'un défaut de signalisation des travaux, et plus particulièrement des blocs en béton présents sur la rue de l'Echelle, alors que la chaussée n'était pas éclairée. Toutefois, l'intéressé reconnaît avoir emprunté cette rue alors qu'une zone de chantier était signalée et il résulte de l'instruction, notamment des photographies produites par la société ADP, qu'un panneau limitait la vitesse à 30 kilomètres / heure sur cet axe, que des bandes rugueuses transversales brise-vitesse étaient installées au niveau des blocs de béton et qu'une ligne jaune continue avait été marquée au sol à proximité des lieux de l'accident, interdisant le franchissement de la voie gauche. En outre, il ressort des photographies produites par

M. G B que les lieux n'étaient pas dépourvus de tout éclairage public et que les blocs de béton litigieux étaient recouverts d'une peinture visible de couleur blanche et rouge. Dans ces conditions, la signalisation présente au moment de l'accident était suffisante au regard de la configuration des lieux et la présence de ces blocs en béton ne pouvait être regardée comme un obstacle inattendu pour un usager, normalement attentif, roulant à une vitesse adaptée à la conduite de nuit en période de travaux, qui au demeurant ne devait pas être supérieure à la limitation de vitesse à 30 kilomètres / heure. Par suite, et ainsi que l'ont retenu les premiers juges, l'accident ne peut être imputé à un défaut d'entretien normal de la voie publique et ne saurait engager la responsabilité des sociétés ADP et Colas Ile-de-France Normandie.

6. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté la demande de M. G B.

Sur les conclusions d'appel incident et d'appel provoqué de la société ADP :

7. D'une part, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Montreuil, après avoir dans ses motifs admis la compétence de la juridiction administrative pour statuer sur la demande de M. G B, a intégralement rejeté ladite demande. Dans ces conditions, la société ADP est sans intérêt et partant sans qualité à demander, par la voie de l'appel incident, l'annulation du jugement attaqué en tant qu'il a admis la compétence de la juridiction administrative. Par suite, les conclusions d'appel incident présentées par cette dernière sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

8. D'autre part, le présent arrêt, qui rejette les conclusions de la requête de

M. G B et de la société GMF Assurances, n'a pas pour effet d'aggraver la situation de la société ADP. Par suite, les conclusions d'appel provoqué présentées par cette dernière et tendant à ce que la société Colas Ile-de-France Normandie la garantisse des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des sociétés ADP et Colas Ile-de-France Normandie, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que M. G B et la société GMF Assurances demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des sociétés ADP et Colas Ile-de-France Normandie présentées sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions d'appel incident et d'appel provoqué présentées par la société ADP sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions de chacune des parties fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. A G B, aux sociétés GMF Assurances, Aéroports de Paris et Colas Ile-de-France Normandie, à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne et à la mutuelle générale de l'économie, des finances et de l'industrie.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Ivan Luben, président de chambre,

- Mme Marianne Julliard, présidente-assesseure,

- Mme Gaëlle Dégardin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

G. DLe président,

I. LUBEN

Le greffier,

E. MOULINLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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