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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-21PA04103

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-21PA04103

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-21PA04103
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantLAPEYRERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du

5 mars 2021 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par un jugement n° 2106367/6-3 du 24 juin 2021, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une première requête enregistrée le 20 juillet 2021, sous le n° 21PA04103, Mme A B, représentée par Me Lapeyrere, demande à la Cour :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler le jugement n° 2106367/6-3 du 24 juin 2021 du tribunal administratif de Paris ;

3°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2021 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 al 2 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à

Me Lapeyrere, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que l'arrêté attaqué est :

- entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- a été pris en violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 25 mars 2022, l'instruction a été rouverte et la clôture d'instruction a été fixée au 13 avril 2022.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juin 2021.

Par une seconde requête enregistrée le 17 octobre 2021, sous le n° 21PA05566, Mme A B, représentée par Me Orhant, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2106367/6-3 du 24 juin 2021 du tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2021 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 110 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à

Me Orhant, à charge pour cette dernière de renoncer à la part contributive de l'Etat allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux,

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision emportant refus de séjour

elle-même illégale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en ce qu'elle repose sur une décision emportant refus de séjour

elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentale.

Mme A B a été invitée par le greffe de la Cour à lui faire connaître le nom de l'avocat qu'elle souhaitait voir désigner comme mandataire, en application des dispositions de l'article R. 411-6 du code de justice administrative. Par une lettre du 5 novembre 2021, Mme A B a désigné Me Lapeyrere pour la représenter.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Argenlieu, première conseillère,

- et les observations de Me Lapeyrere, représentant Mme A B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante congolaise (RDC), est entrée en France le 22 juin 2016 sous couvert d'un visa long séjour. Elle a été accueillie par la congrégation des sœurs aveugles de Saint Paul. Elle a été mise en possession d'une carte de séjour temporaire " visiteur ", valable du 12 juillet 2017 au 11 juillet 2018. Cette carte a été renouvelée jusqu'au 30 octobre 2020. Par un arrêté du 5 mars 2021, le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour accordé à Mme A B et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de 30 jours. Par un jugement du 24 juin 2021, dont Mme A B fait appel, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 mars 2021.

Sur la radiation

2. Les deux requêtes n° 21PA05566 et n° 21PA04103 sont dirigées contre le même jugement mais présentées par deux avocats distincts. Par une lettre du 5 novembre 2021, Mme A B a désigné Me Lapeyrere pour la représenter. Il y a donc lieu de radier la requête enregistrée sous le n° 21PA05566 des registres de la Cour.

Sur le bien-fondé du jugement

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A B, entrée régulièrement le 22 juin 2016 sur le territoire français, a bénéficié de plusieurs cartes de séjour temporaires portant la mention " visiteur ", du fait de son appartenance à la congrégation des sœurs aveugles de Saint Paul. Le 5 mars 2020, le préfet de police a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme A B aux motifs que cette dernière ne faisait plus partie de la congrégation depuis la fin de l'année 2019. L'intéressée fait valoir, sans toutefois suffisamment l'établir, qu'elle n'est pas partie volontairement, mais qu'elle y a été contrainte après avoir refusé la proposition qui lui avait été faite, compte tenu des difficultés rencontrées par la congrégation, de rejoindre une autre structure située en Côte d'Ivoire, craignant de se retrouver isolée dans un pays qu'elle ne connaissait pas. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier qu'après avoir quitté la congrégation, Mme A B a signé le 1er juin 2020 un contrat de travail en qualité d'aide à la personne et s'est ainsi occupée, six jours sur sept, d'une femme, âgée de 100 ans, qui est décédée le 21 février 2021. La fille de la défunte, comme sa petite fille, atteste du grand dévouement de Mme A B auprès de sa mère et de son souhait, outre de continuer à l'employer, de lui offrir une formation d'aide-soignante. La requérante interviendrait également comme bénévole pour le Secours Populaire Français depuis le mois de juin 2020. Ces éléments sont toutefois trop récents pour ouvrir à Mme A B un droit au séjour, alors par ailleurs qu'elle ne justifie d'aucun lien familial ou personnel en France en dehors de la femme qui l'héberge et de la famille pour laquelle elle a travaillé et qu'elle est célibataire et sans enfant. Certes, elle soutient n'avoir plus aucune attache dans son pays d'origine, depuis le décès établi de son frère. Cependant, elle n'en justifie pas. Dès lors, en refusant de renouveler le titre de séjour de

Mme A B, sur le fondement de l'article L. 313-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de police ne peut être regardé comme ayant méconnu cet article, ni comme ayant méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel elle n'avait pas, alors qu'elle l'aurait pu, déposé sa demande de titre de séjour.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

5. Si Mme A B soutient qu'elle serait exposée à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, ni le fait d'appartenir à une congrégation religieuse, ni l'extrait du rapport de la mission, réalisée en RDC du 30 juin au 7 juillet 2013, établi conjointement par l'OFPRA et la CNDA, ne sont de nature à établir à eux seuls une telle menace. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté. Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'égard de la décision fixant le pays de destination.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 21PA05566 de Mme A B est radiée des registres du greffe de la Cour.

Article 2 : La requête n° 21PA04103 de Mme A B est rejetée.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme D A B et au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Heers, présidente de chambre,

Mme Briançon, présidente-assesseure,

Mme d'Argenlieu, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

L. D'ARGENLIEU

La présidente,

M. C

La greffière,

A. GASPARYAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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