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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-21PA05092

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-21PA05092

vendredi 29 avril 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-21PA05092
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au Tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 21 février 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2014515 du 26 mai 2021, le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2021, Mme A, représentée par Me Langlois, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2014515 du 26 mai 2021 du Tribunal administratif de Montreuil ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, dans les mêmes conditions d'astreinte, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Langlois au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation par son conseil à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la régularité du jugement attaqué :

- les premiers juges n'ont pas répondu au moyen tiré de ce que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi :

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen dès lors que le préfet n'a pas examiné sa demande sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait s'agissant de sa durée de présence habituelle en France et de ses liens personnels et familiaux sur le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de fixation du pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par une décision du 23 juillet 2021, le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Paris a admis Mme B A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo) née le 8 novembre 2011, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle relève appel du jugement du 26 mai 2021 par lequel le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 21 février 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

4. Il ressort des termes du point 8 du jugement attaqué que les premiers juges ont suffisamment répondu au moyen tiré de ce que le préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée s'agissant de sa décision portant obligation de quitter le territoire français, le bien-fondé de leur réponse étant en tout état de cause sans incidence sur la régularité du jugement. Par suite, les moyens tirés du défaut de réponse à un moyen et d'une insuffisance de motivation du jugement doivent être écartés.

5. Hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, Mme A ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir de ce que le jugement attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi :

6. Si Mme A soutient qu'elle réside en France depuis 2014 et se prévaut des liens qui l'unissent à son frère de nationalité française, de son insertion dans la société française par ses études et de son expérience professionnelle et enfin de la scolarisation de sa fille en classe de maternelle, elle ne produit en appel aucun élément nouveau et ne fait état d'aucun élément de nature à faire obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue à l'étranger. Dans ces conditions, Mme A, qui ne justifie pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, n'établit pas plus en appel qu'en première instance que sa fille ne pourrait poursuivre une scolarité normale en République démocratique du Congo, ni de la nécessité de vivre auprès de son frère. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

7. En premier lieu, Mme A reprend en appel les moyens développés en première instance tirés de ce que la décision serait insuffisamment motivée, serait entachée d'une erreur de fait s'agissant de sa durée de présence habituelle en France et de ses liens personnels et familiaux sur le territoire et serait entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée. Cependant, la requérante ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.

8. En deuxième lieu, Mme A reprend en appel le moyen développé en première instance tiré de ce que la décision serait entachée d'un défaut d'examen dès lors que le préfet n'aurait pas examiné sa demande sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si la requérante a adressé des courriers de relance à la préfecture pour obtenir des informations sur l'avancement de sa demande de titre de séjour, qu'elle indiquait être fondée sur les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa demande initiale devant la préfecture était fondée sur l'article L. 313-14 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

9. Dès lors que Mme A n'établit pas plus en appel qu'en première instance, ainsi qu'il a été dit au point 6, que son admission exceptionnelle au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels, les moyens développés en première instance tirés de ce que la décision méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 9 que la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, Mme A ne peut se prévaloir de son illégalité au soutien de sa demande d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. D'une part, Mme A reprend en appel le moyen développé en première instance tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet se serait estimé à tort en situation de compétence liée. Cependant, la requérante ne développe au soutien de ce moyen aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.

12. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 12 que la décision portant refus de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Dès lors, Mme A ne peut se prévaloir de leur illégalité pour demander l'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

14. Mme A reprend en appel les moyens développés en première instance tirés de ce que la décision serait insuffisamment motivée et de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle. Cependant, elle ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.

En ce qui concerne la décision de fixation du pays de renvoi :

15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 11 que la décision portant refus de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. Dès lors, Mme A ne peut se prévaloir de leur illégalité pour demander l'annulation de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors, ses conclusions à fin d'annulation du jugement attaqué et de l'arrêté du 21 février 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 29 avril 2022.

Le président de la 8ème chambre,

R. LE GOFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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