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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-21PA05585

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-21PA05585

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-21PA05585
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantMENAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 20 mai 2021 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans à son encontre.

Par un jugement n° 2113679 du 27 septembre 2021, le tribunal administratif de Paris a annulé cet arrêté en tant qu'il refuse d'accorder un délai de départ volontaire à M. B et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, a enjoint au préfet de police de réexaminer la situation de M. B s'agissant du délai de départ volontaire et a rejeté le surplus de la demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2021, le préfet de police demande à la Cour :

1°) d'annuler les articles 1, 2 et 3 de ce jugement ;

2°) de rejeter la demande de M. B.

Il soutient que :

- depuis son entrée irrégulière en France, M. B a tenté par tous moyens de se maintenir sur le territoire national malgré les nombreuses mesures d'éloignement dont il a fait l'objet ; il a été condamné à une peine d'emprisonnement de douze mois pour reconnaissance d'enfant en vue de l'obtention d'un titre de séjour ; son comportement révèle sa volonté de ne pas se conformer aux lois de la République et constitue une menace à l'ordre public ;

- les autres moyens soulevés en première instance par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 2 décembre 2021, M. B, représenté par Me Menage, demande à la Cour :

1°) de rejeter la requête du préfet de police ;

2°) par la voie de l'appel incident, d'annuler le jugement du tribunal administratif de Paris en tant qu'il a rejeté sa demande d'annulation des décisions de refus de séjour, d'obligation de quitter le territoire français et de fixation du pays de renvoi, d'annuler l'arrêté du préfet de police du 20 mai 2021 et d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les moyens soulevés en appel par le préfet de police ne sont pas fondés ;

- le refus de séjour est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'ancienneté de son séjour et de son insertion professionnelle ;

- il méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d'un défaut de motivation et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors notamment que son comportement ne constitue pas une menace actuelle à l'ordre public ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Bert Lazli substituant Me Menage, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, né le 11 novembre 1979, est entré irrégulièrement en France le 11 mars 2006, selon ses déclarations. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture de police le 18 novembre 2020. Par un arrêté du 20 mai 2021, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Le préfet de police demande l'annulation du jugement du 27 septembre 2021 du tribunal administratif de Paris en tant qu'il a annulé les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français.

M. B demande, par la voie de l'appel incident, l'annulation de ce jugement en tant qu'il a rejeté sa demande d'annulation des décisions de refus de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

Sur les décisions de refus de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, M. B reprend en appel les moyens tirés l'insuffisante motivation de la décision et de ce que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen sérieux de sa situation. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Paris aux points 2 et 3 de son jugement.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour

des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont

l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des

motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant

la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit

opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

4. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de

l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence

en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité

administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la

délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations

humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps,

s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une

carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette

dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de

travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs

exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le

contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de

l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément

de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par

exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs

exceptionnels d'admission au séjour.

5. D'une part, si M. B se prévaut d'une durée de séjour de quinze ans en France, il n'y fait état d'aucune attache personnelle alors que ses deux enfants majeurs, sa mère et sa fratrie résident dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans. S'il se prévaut également de son insertion sociale en ce qu'il parle français et satisfait à ses obligations fiscales, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas exécuté les cinq obligations de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, méconnaissant ainsi des décisions prises par une autorité publique à son encontre. Dans ces conditions, l'admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale ne répond à aucun motif exceptionnel ni à aucune considération humanitaire. D'autre part, M. B justifie occuper un emploi d'animateur socio-culturel depuis le mois de mars 2017 au sein de l'association Splendeur centre chrétien, qui vient en aide aux personnes vulnérables, pour une rémunération supérieure au salaire minimum interprofessionnel de croissance, et produit une demande d'autorisation de travail pour exercer cet emploi ainsi qu'une lettre de motivation de son employeur. Cette circonstance ne constitue toutefois pas un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard, notamment, aux caractéristiques de l'emploi qu'il occupe. Par suite, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de l'admettre au séjour.

6. En troisième lieu, en instituant le mécanisme de garantie de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, le législateur n'a pas permis de se prévaloir d'orientations générales dès lors que celles-ci sont définies pour l'octroi d'une mesure de faveur au bénéfice de laquelle l'intéressé ne peut faire valoir aucun droit, alors même qu'elles ont été publiées sur l'un des sites mentionnés à l'article D. 312-11 du même code. S'agissant des lignes directrices, le législateur n'a pas subordonné à leur publication sur l'un de ces sites la possibilité pour toute personne de s'en prévaloir, à l'appui d'un recours formé devant le juge administratif. Dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces orientations doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Il y a lieu d'écarter ce moyen pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, la décision contestée, qui vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne le pays d'origine de M. B et précise que celui-ci n'établit pas y être exposé à des peines ou traitements contraires à ces stipulations, est suffisamment motivée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation de l'intéressé préalable à l'intervention de cette décision. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'absence d'examen sérieux de la situation de M. B doivent être écartés.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En dernier lieu, M. B, dont les deux enfants, la mère et les frères et sœurs résident au Congo, n'indique pas en quoi la décision fixant le pays de renvoi méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'appel d'incident de

M. B dirigées contre les décisions de refus de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les décisions de refus de départ volontaire et d'interdiction de retour sur le territoire français :

En ce qui concerne le moyen d'annulation retenu par le tribunal :

15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ". Aux termes de l'article L. 612-6 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".

16. Pour annuler la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire à

M. B, le tribunal a estimé, à bon droit, que la circonstance que l'intéressé a été condamné le 21 août 2018 par le tribunal correctionnel de Lyon à un an d'emprisonnement avec sursis et 2 000 euros d'amende pour des faits, datant de 2011, de reconnaissance d'enfant en vue de l'obtention d'un titre de séjour, d'une protection contre l'éloignement ou pour l'acquisition de la nationalité française, n'était pas de nature à établir, à elle seule, que sa présence sur le territoire français constituait une menace actuelle pour l'ordre public.

17. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

18. Le préfet de police fait valoir pour la première fois en appel que la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est également justifiée par la circonstance que M. B a fait l'objet de cinq mesures d'éloignement auxquelles il s'est systématiquement soustrait, ce qui révèle la volonté de l'intéressé de ne pas respecter les lois de la République. Ce faisant, il doit être regardé comme faisant valoir un nouveau motif, tiré du risque que M. B se soustraie à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. M. B ne conteste pas ne pas avoir exécuté les cinq décisions portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet. S'il fait valoir qu'il s'est vu délivrer des récépissés de demande de séjours postérieurement à ces décisions, qui ont eu pour effet de les abroger, il n'en demeure pas moins que ces décisions n'ont pas été annulées et qu'il ne les a pas exécutées avant le délai qui lui était imparti. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, il est fondé à soutenir que c'est à tort que les premiers juges ont annulé la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et, par voie de conséquence, sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

19. Il appartient à la Cour, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. B tant devant le tribunal administratif de Paris que devant elle à l'encontre des décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

20. En premier lieu, la décision contestée vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Il ne ressort par ailleurs ni de sa motivation, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. B avant de la prendre. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen doivent, par suite, être écartés.

21. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

22. En dernier lieu, si M. B soutient que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle, il ne se prévaut d'aucun élément spécifique à cette décision. Dès lors, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

23. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier que le préfet de police s'est livré à un examen insuffisant de la situation de M. B avant de prendre cette décision. Par suite, les moyens tirés de son défaut de motivation et de ce qu'elle n'aurait pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation personnelle doivent être écartés.

24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

25. D'une part, M. B faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet de police était tenu, en l'absence de circonstances humanitaires, de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, eu égard aux cinq obligations de quitter le territoire français auxquelles s'est soustrait M. B, le préfet de police n'a pas, en l'absence de liens d'une particulière intensité en France de l'intéressé et malgré la durée de son séjour, fait une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

26. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. B et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

27. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de police est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Paris a annulé son arrêté du

20 mai 2021 en tant qu'il refuse d'accorder un délai de départ volontaire à M. B et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les frais du litige :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante en la présente instance, la somme que M. B demande sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : Les articles 1, 2 et 3 du jugement n° 2113679 du 27 septembre 2021 du tribunal administratif de Paris sont annulés.

Article 2 : La demande présentée par M. B devant le tribunal administratif de Paris est rejetée.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Heers, présidente de chambre,

- Mme Briançon, présidente assesseure,

- Mme Saint-Macary, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

M. CLa présidente,

M. A

La greffière,

A. GASPARYAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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