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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-21PA06174

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-21PA06174

mercredi 11 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-21PA06174
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCHARLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 29 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Par un jugement no 2107629 du 26 octobre 2021, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2021, M. A, représenté par Me Charles, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement no 2107629 du 26 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa demande dans le même délai sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement attaqué :

- le tribunal a procédé, à la demande du préfet de la Seine-Saint-Denis, à une substitution de motifs sans l'inviter à présenter ses observations sur ce point.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière, la signature illisible portée par un médecin sur l'avis médical ne permettant pas d'identifier le signataire de l'avis ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il mentionne qu'il est sans charge de famille ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 13 janvier 1980, a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions alors codifiées au 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il relève appel du jugement du 26 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 avril 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis.

2. En application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours " peuvent, () par ordonnance : rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. M. A soutient que les premiers juges, pour écarter le moyen tiré de l'erreur de fait entachant selon lui l'arrêté du 29 avril 2021 en ce qu'il relève qu'il est sans charge familiale alors qu'il est le père d'un enfant né le 14 septembre 2011, ont procédé à une substitution de motifs sans le mettre à même de présenter ses observations. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le tribunal a mis M. A à même de présenter ses observations sur le mémoire en défense du préfet de la Seine-Saint-Denis, qui lui a été communiqué, par lequel le préfet a fait valoir, notamment, les circonstances, prises en compte par le premier juge pour écarter ce moyen, selon lesquelles le requérant ne démontrait pas qu'il participerait à l'éducation et à l'entretien de son enfant ni même qu'il exercerait le droit de visite qui lui a été reconnu par le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Bobigny. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement attaqué manque en fait et doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

4. En premier lieu, M. A reprend en appel le moyen, qu'il avait invoqué en première instance, tiré de ce que l'arrêté serait insuffisamment motivé. Cependant, il n'apporte aucun élément de fait et de droit de nature à remettre en cause le bien-fondé du jugement attaqué sur ce point. Par suite, il y a lieu, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus, à juste titre, par les premiers juges.

5. En deuxième lieu, M. A soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché son arrêté d'un défaut d'examen particulier de sa situation en considérant qu'il est célibataire et sans charge de famille alors qu'il a vécu en concubinage avec une compatriote ayant le statut de réfugiée, et qu'une enfant est née de leur union en 2011. Cependant, il ressort des écritures mêmes de M. A, présentées tant en première instance qu'en appel, qu'à la suite de sa séparation avec la mère de l'enfant, le juge aux affaires familiales du tribunal de grande instance de Bobigny, prenant en compte la circonstance qu'il était sans ressources, n'a pas fixé de pension alimentaire à sa charge. De plus, le requérant n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de cet enfant et, notamment, n'établit pas exercer effectivement le droit de visite qui lui a été reconnu. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté serait entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

6. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui viennent d'être énoncés, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur de fait en ce qu'il énonce que le requérant est célibataire et sans charge de famille.

7. En quatrième lieu, M. A soutient que l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis a été pris à la suite d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui comporte une signature illisible faisant obstacle à l'identification du médecin, est irrégulier. Toutefois, la circonstance que l'avis médical présente seulement les traces d'une signature, sous la mention du nom d'un des trois médecins signataires et le tampon très visible permettant d'identifier clairement l'identité de ce médecin cosignataire de l'avis, n'est pas de nature à entacher cet avis d'irrégularité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de séjour serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. M. A soutient qu'il réside en France depuis septembre 2009, qu'il y a séjourné régulièrement entre 2016 et la date du refus de séjour qui lui a été opposé, qu'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée portant sur un emploi de cuisinier, qu'il est père d'une enfant née en 2011 de son union avec une compatriote titulaire du statut de réfugié et qu'il justifie avoir entrepris des démarches pour exercer l'autorité parentale conjointe sur son enfant que lui a reconnue le juge aux affaires familiales. Cependant, ainsi que l'a fait valoir le préfet de la Seine-Saint-Denis en première instance, il ne produit aucun élément de nature à établir que, postérieurement au mois de novembre 2018, il aurait continué à contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant ni même qu'il aurait conservé des attaches avec elle. Les seules circonstances que le requérant réside en France depuis 2009, qu'il a antérieurement bénéficié de titres de séjour en raison de son état de santé et qu'après avoir travaillé comme commis de cuisine dans une pizzeria, depuis fin août 2017, il a signé le 1er avril 2019 un contrat de travail à durée indéterminée pour un emploi de cuisinier débutant, alors, d'ailleurs, qu'il n'établit pas ni même n'allègue déclarer les revenus qu'il perçoit de son activité professionnelle, ne suffisent pas à faire regarder l'arrêté attaqué comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit dès lors être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Ainsi qu'il vient d'être dit, M. A ne produit aucun élément de nature à établir que, postérieurement au mois de novembre 2018, il aurait continué à contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant ni même qu'il aurait conservé des attaches avec elle. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

12. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché l'arrêté en litige d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles portant sur les frais liés à l'instance.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 11 mai 2022.

La présidente de la 5ème chambre,

H. VINOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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