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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-21PA06302

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-21PA06302

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-21PA06302
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMAUGIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A F a demandé au Tribunal administratif de C d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2020 G lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

G un jugement n° 2111178/5-1 du 12 novembre 2021, le Tribunal administratif de C a annulé ces décisions, enjoint au préfet de police de délivrer à M. F un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois et mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Procédure devant la Cour :

G une requête enregistrée le 11 décembre 2021, le préfet de police demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 12 novembre 2021 du Tribunal administratif de C ;

2°) de rejeter la demande présentée G M. F devant ce tribunal.

Il soutient que :

- c'est à tort que le Tribunal administratif de C a accueilli le moyen tiré de ce que sa décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation de M. F ;

- c'est à tort que ce même tribunal lui a enjoint de délivrer à l'intéressé un titre de séjour vie privée et familiale ;

- les autres moyens soulevés G M. F en première instance ne sont pas fondés.

G un mémoire enregistré le 22 avril 2022, M F, représenté G Me Gaëlle Maugin conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale G une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de C du 18 mars 2022.

G une ordonnance du 30 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée le 21 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant ivoirien né le 15 février 2001, est entré en France pour la dernière fois le 23 mai 2018 selon ses déclarations. Il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. G un jugement du 12 novembre 2021, dont le préfet de police relève appel, le Tribunal administratif de C a annulé l'arrêté du 7 juillet 2020 G lequel ledit préfet a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, et a enjoint au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ".

Sur le moyen d'annulation retenu G le Tribunal administratif de C :

2. Il ressort des pièces du dossier que, si M. F a manifesté son intégration scolaire puis professionnelle, en poursuivant avec succès ses études de 2019 à 2021, période au cours de laquelle il a été accompagné dans le cadre d'un contrat de " jeune majeur " conclu à compter du 7 décembre 2020 avec la ville de C, en obtenant un certificat d'apprentissage professionnel en pâtisserie en juin 2021, et en étant embauché G un contrat à durée indéterminée à compter du 1er septembre 2021 chez un employeur qui a attesté de son investissement et de son sérieux, il était, à la date de l'arrêté en litige, en France depuis moins de deux ans, il ne justifiait que d'une année de scolarité, il n'avait été placé à l'aide sociale à l'enfance G une ordonnance du Tribunal des enfants de C du 30 octobre 2018 que du 10 décembre au 11 décembre 2018 en vue d'être accompagné pour la réalisation d'une expertise osseuse, et il n'établissait pas ne plus avoir de lien avec sa famille dans son pays d'origine. Au regard de ces circonstances, le préfet de police est fondé à soutenir qu'il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences du refus de délivrer un titre de séjour sur la situation personnelle de M. F et que c'est à tort que les premiers juges ont, pour ce motif, annulé l'arrêté contesté.

Sur les autres moyens invoqués G M. F :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision litigieuse vise notamment les articles L. 313-15 et L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise les motifs pour lesquels le préfet a considéré que M. F ne réunissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions et stipulations. Elle est ainsi suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des pièces du dossier, que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. F.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au présent litige : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé. ".

6. Il ressort de l'ordonnance du Tribunal des enfants de C en date du 30 octobre 2018 que M. F a été placé à l'aide sociale à l'enfance uniquement les 10 et 11 décembre 2018 en vue d'être accompagné à une expertise d'âge osseux pour attester de sa minorité. M. F, qui ne justifie pas ainsi avoir été confié à l'aide sociale à l'enfance à la veille de sa majorité, n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à l'espèce : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : ()7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ;() ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue G la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui (). ".

8. M. F est célibataire, sans charge de famille. Ainsi qu'il a été dit au point 2. du présent arrêt, il ne justifiait pas d'une insertion forte dans la société française à la date de la décision attaquée, ni de l'absence de liens familiaux dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors même que la condamnation de M. F G le Tribunal correctionnel d'Auxerre en date du 23 janvier 2018, pour avoir fourni du 21 au 28 novembre 2017 une déclaration fausse ou incomplète en vue d'obtenir une prise en charge et un hébergement G le conseil départemental de l'Yonne, alors que sa majorité a été révélée G un examen osseux, à un mois d'emprisonnement avec sursis et au paiement de la somme de 750 euros au département en réparation de son préjudice matériel, ne caractérise pas une menace pour l'ordre public, cette décision n'a pas porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée. G suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, G un arrêté n° 2020-00508 du 16 juin 2020, régulièrement publié au bulletin officiel de la ville de C le 23 juin 2020, le préfet de police a donné délégation à

Mme E B, attachée d'administration de l'Etat, adjointe au cheffe du 9ème bureau compétente en matière d'étrangers pour signer tous les actes, dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué doit dès lors être écarté.

10. En second lieu, pour les motifs exposés aux points 2. et 8. du présent arrêt, la décision obligeant M. F à quitter le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de police est fondé à soutenir que c'est à tort que, G le jugement attaqué, le Tribunal administratif de C a annulé ses décisions du

7 juillet 2020, lui a enjoint de délivrer à M. F un titre de séjour et a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, en conséquence, d'annuler ce jugement, et de rejeter la demande présentée devant le tribunal G M. F ainsi que ses conclusions d'appel, ensemble celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : Le jugement n° 2111178/5-1 du 12 novembre 2021 du Tribunal administratif de C est annulé.

Article 2 : La demande présentée G M. F devant le Tribunal administratif de C et ses conclusions d'appel sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. A F.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Brotons, président de chambre,

- Mme Topin, président assesseur,

- M. Magnard, premier conseiller.

Rendu public G mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le rapporteur,

E. DLe président,

I. BROTONS

Le greffier,

C. MONGISLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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