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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA00185

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA00185

lundi 22 août 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA00185
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantNDOYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler les arrêtés du 13 septembre 2021 par lesquels le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un jugement n° 2119755/1-2 du 14 décembre 2021, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 13 janvier 2022, M. A, représenté par Me Ndoye, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler les arrêtés du 13 septembre 2021 du préfet de police ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision l'obligeant de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il a exécuté la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 1er août 2011 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation ; il justifie par ailleurs de circonstances humanitaires ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant rétention de son passeport est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " Les () présidents des formations de jugement des cours peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. En premier lieu, M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il a exécuté la précédente mesure d'éloignement en date du 11 août 2011 et qu'il est revenu en France avec un visa, valable du 22 septembre 2017 au 20 mars 2018. Toutefois, d'une part, la seule production de ce visa n'est pas de nature à établir qu'il aurait exécuté, dans le délai de trente jours qui lui était imparti, l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifiée le 13 août 2011. D'autre part, pour prononcer la mesure d'éloignement contestée, le préfet de police a retenu que M. A s'était maintenu sur le territoire français depuis le 13 août 2011. Ce faisant, le préfet a commis une erreur de fait. Il résulte néanmoins de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était uniquement fondé sur l'existence d'une décision antérieure lui refusant la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article L. 412-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Aucun document de séjour ne peut être délivré à un étranger qui vit en France en état de polygamie. "

4. M. A a déclaré aux services de police s'être marié deux fois au Sénégal, en 1994 et 2003 et vivre en France avec ses deux compagnes. Il ressort de son livret de famille que l'option souscrite par l'époux est la polygamie. Dès lors, M. A ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sauraient davantage être utilement invoquées par les personnes vivant en situation de polygamie.

6. En quatrième lieu, M. A fait valoir qu'il vit en France depuis 1982, avec son épouse, titulaire d'une carte de résident et ses huit enfants, dont trois sont majeurs et de nationalité française. Toutefois, l'intéressé n'apporte aucun élément établissant l'ancienneté de son séjour et l'arrêté du 11 août 2011 du préfet de la Seine-Saint-Denis fait état de ce qu'il n'est entré en France que le 23 septembre 2009. Cet arrêté précise qu'à cette date, l'intéressé n'a pas fixé sa résidence principale en France bien qu'un visa de long séjour lui ait été délivré le 8 septembre 2009 au titre du regroupement familial, dès lors qu'il a quitté le territoire français dès le 26 février 2010 pour n'y revenir que le 31 mai 2011 et que la demande de titre constituait dès lors un détournement de procédure. La continuité de son séjour en France n'est, par la suite, pas établie, les tampons sur son passeport faisant par ailleurs état d'entrées sur le territoire national les 19 novembre 2014 et 4 octobre 2017. En outre, si M. A produit son acte de mariage, son livret de famille ainsi que les actes de naissance de ses enfants, ces éléments ne sont pas de nature à établir l'intensité des liens dont il se prévaut. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. La seule attestation de tiers payant produite par l'intéressé, valable à compter du 28 avril 2021, ainsi que les quatre attestations d'assurance, postérieures à l'arrêté attaqué et au seul nom de Mme C A, ne permettent pas de tenir pour établi que le requérant contribuerait à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, notamment mineurs. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

9. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut qu'être écarté.

10. En septième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 5 de l'ordonnance, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dirigé contre la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

11. En huitième lieu, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 8 de l'ordonnance.

12. En neuvième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

13. En dixième lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

14. Eu égard aux circonstances indiquées aux points 6 et 8 de la présente ordonnance et dont il résulte que M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'intensité d'attaches privée ou familiale en France et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en dépit de sa durée de présence sur le territoire, le préfet de police, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant, n'a pas entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées et n'a pas méconnu l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

15. En onzième lieu, dès lors que les circonstances dont le requérant fait état ne présentent aucun caractère humanitaire, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

16. En douzième lieu, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux retenus au point 5 de l'ordonnance.

17. En treizième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet en procédant à la rétention de son passeport doit être écarté par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le tribunal administratif de Paris.

18. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Elle peut, dès lors, être rejetée par application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 22 août 2022.

Le président de la 3ème chambre,

I. LUBEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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