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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA00388

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA00388

mercredi 15 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA00388
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBELLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 28 juillet 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'issue de ce délai.

Par un jugement n° 2008872 du 23 décembre 2021, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2022, M. B, représenté par Me Bello, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2008872 du 23 décembre 2021, par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 28 juillet 2020 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à un nouvel examen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à Me Bello, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, à titre subsidiaire, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à Me Bello, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement attaqué :

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entache d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'irrégularité, en ce que les juges de première instance n'ont pas tenu compte de sa note en délibéré.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur de fait.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 2 octobre 1980, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions alors codifiées au 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il relève appel du jugement du 23 décembre 2021, par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 28 juillet 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement du titre sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'issue de ce délai.

2. En application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours " peuvent, () par ordonnance : rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". A cet égard, si le juge est tenu de répondre aux moyens des parties, il n'est pas dans l'obligation de répondre à l'ensemble des arguments soulevés à l'appui de ces moyens.

4. Contrairement à ce que soutient M. B, le tribunal, a répondu à tous les moyens soulevés devant lui, y compris, au point 2, au moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour serait entachée d'une insuffisance de motivation. Par suite, le moyen tiré de ce que le jugement attaqué serait insuffisamment motivé doit être écarté.

5. En deuxième lieu, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel, non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis, mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, M. B, ne peut, en tout état de cause, utilement se prévaloir de ce que les premiers juges auraient entaché leur jugement d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En troisième et dernier lieu, il ressort de l'examen du jugement attaqué que les juges de première instance ont bien visé la note en délibéré présentée pour M. B, enregistrée le 9 décembre 2021. Contrairement à ce que soutient le requérant, ils n'étaient pas tenus de rouvrir l'instruction à la suite de cette note en délibéré, dès lors que M. B ne justifie pas qu'il y aurait présenté des éléments de fait et de droit nouveaux dont il ne pouvait pas faire état avant la clôture de l'instruction. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté contesté :

7. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, et expose avec une précision suffisante les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale du requérant ayant conduit le préfet de la Seine-Saint-Denis à prendre les décisions en litige. Ainsi, les décisions contestées comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. M. B soutient qu'il résiderait depuis le mois d'octobre 2010 en France, où il aurait organisé sa vie privée et professionnelle et où se situeraient ses attaches familiales. Toutefois, il n'établit pas, en se bornant à produire quelques photographies et une copie d'écran de messagerie électronique, qu'il entretiendrait effectivement des liens réguliers avec son enfant. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui ne justifie pas exercer une activité professionnelle, aurait tissé en France des relations stables et durables. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été édicté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté en litige serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation faite par le préfet quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

11. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. M. B soutient que l'arrêté en litige conduirait à séparer son enfant, de nationalité française, de son père. Toutefois, à supposer même que le requérant doive être regardé comme établissant que la perte de son emploi en 2018 conjuguée à un état de santé défaillant l'auraient mis en difficulté pour verser la pension alimentaire pour son enfant, ce qu'aurait pris en compte la caisse d'allocations familiales des Pyrénées orientales en lui accordant un échéancier de paiement de sa dette, et alors que les conditions de prise en charge de son enfant, né le 20 août 2014, ont été fixées par le jugement de divorce du tribunal de grande instance de Bobigny du 7 novembre 2016 et par un jugement du tribunal de grande instance de Paris du 12 décembre 2018, qui ont prévu l'exercice conjoint de l'autorité parentale, la fixation de la résidence de l'enfant chez la mère et un droit de visite et d'hébergement au profit du père, précisent que les parents détermineront d'un commun accord la fréquence et la durée des périodes au cours desquels le père accueille l'enfant et, en l'absence d'accord, se soumettront au régime déterminé par le tribunal, et prévoient le versement par M. B d'une contribution à l'entretien de l'enfant d'un montant mensuel de 120 euros, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation financière de M. B aurait justifié qu'il soit dispensé totalement ou partiellement du versement de la pension mensuelle de 120 euros. Or M. B ne justifie avoir versé cette pension que de façon épisodique, au titre des mois de février, mars, juin et novembre 2018, puis au titre des mois de janvier, février, mars, avril, mai et juillet 2020 et, de plus, ne justifie pas qu'il aurait remboursé la dette qu'il a contractée à cet égard auprès de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées orientales. En outre M. B n'établit pas, en se bornant à produire quelques photographies et une copie d'écran de messagerie électronique, qu'il entretiendrait des liens réguliers avec son enfant ni qu'il contribuerait à son éducation. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige aurait porté une atteinte à l'intérêt supérieur de cet enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut dès lors qu'être écarté.

13. En dernier lieu, eu égard à ce qui vient d'être dit, et en l'absence de tout élément probant contraire, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté serait entaché d'erreur de fait en ce qu'il mentionne que le requérant ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éduction de son enfant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles portant sur les frais liés à l'instance.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 15 juin 2022.

La présidente de la 5ème chambre,

H. VINOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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