jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-22PA00806 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | contentieux des pensions |
| Avocat requérant | SARACINO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C A a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du
8 septembre 2021 par lequel le préfet de police a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination.
Par un jugement n° 2121460/1 du 19 janvier 2022, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 19 février 2022, M. C A, représenté par
Me Saracino, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros HT au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement attaqué :
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une contradiction de motifs au regard du moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que le jugement fait mention de la possibilité pour la cellule familiale de se reconstituer au Nigeria, sans préciser la nature de la cellule familiale en cause ;
- il est entaché d'une contradiction de motifs au regard du moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que dès lors que l'état de santé de son fils fait obstacle à son retour au Nigeria, élément qui a été omis par le tribunal ;
- le principe du contradictoire a été méconnu dès lors que le tribunal a soulevé d'office deux moyens sans en aviser les parties ;
- le jugement est entaché d'une contradiction en ce que d'une part, il mentionne que le rapporteur public a été dispensé de conclusions, et d'autre part, que celui-ci a prononcé des conclusions à l'audience de sorte qu'il est impossible de savoir si ces conclusions ont été établies et communiquées au tribunal, alors même que celles-ci n'ont pas été soumises au contradictoire ;
- le principe du contradictoire a été méconnu dès lors que le jugement a été rendu au visa de conclusions du rapporteur public, dont il n'a pas eu connaissance ;
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il répond aux conditions posées par le site Internet service.public.fr s'agissant d'une régularisation par le travail ; en ne faisant pas application pas des critères mentionnés sur le site, la décision méconnaît le principe d'égalité et viole les stipulations de l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- il répond aux conditions posées par la circulaire du 28 novembre 2012 pour se voir délivrer un titre de séjour ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et sur les conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation.
Par une décision du 30 mars 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la déclarations des droits de l'homme et du citoyen ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. C A, ressortissant nigérian né le 29 août 1994, est entré en France le 16 août 2015 selon ses déclarations. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 septembre 2021, le préfet de police lui a refusé la délivrance du titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a en fixé le pays de destination. M. A relève appel du jugement du 19 janvier 2022 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".
4. Contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des termes du jugement attaqué que les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à tous les arguments du requérant, se sont prononcés de façon suffisamment précise et circonstanciée sur tous les moyens soulevés devant eux. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du jugement doit être écarté.
5. Hormis dans le cas où les juges de première instance ont méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à eux et ont ainsi entaché leur jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels les juges de première instance se sont prononcés sur les moyens qui leurs étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative attaquée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. A ne peut donc utilement soutenir qu'en écartant les moyens tirés de la violation des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, le tribunal a entaché sa décision d'une contradiction de motifs, laquelle doit être uniquement entendue comme une contradiction existant entre les motifs du jugement et le dispositif de celui-ci, pour demander l'annulation du jugement attaqué. Ainsi, les critiques du requérant quant aux réponses apportées par le tribunal aux moyens soulevés devant lui relèvent du
bien-fondé du jugement, et sont sans incidence sur sa régularité.
6. En deuxième lieu, si, en réponse au moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le tribunal, après avoir analysé les attaches familiales en France de l'intéressé, en a également analysé les attaches privées alors même que celles-ci n'étaient pas évoquées dans les écritures, cette circonstance, qui ne révèle qu'un examen complet de la vie privée et familiale de l'intéressé, ne saurait être regardée, comme le soutient M. A, comme un moyen soulevé d'office par les premiers juges. Pour les mêmes motifs, la circonstance que les premiers juges ont relevé que l'intéressé ne faisait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Nigeria ne saurait être regardée, non plus, comme un moyen soulevé d'office. Ainsi, alors qu'au demeurant les moyens évoqués ne sont pas d'ordre public, le moyen tiré de ce que les premiers juges auraient méconnu le principe du contradictoire pour avoir soulevé d'office des moyens sans en informer les parties, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-7 du code de justice administrative, ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 711-3 du code de justice administrative : " Si le jugement de l'affaire doit intervenir après le prononcé de conclusions du rapporteur public, les parties ou leurs mandataires sont mis en mesure de connaître, avant la tenue de l'audience, le sens de ces conclusions sur l'affaire qui les concerne. Lorsque l'affaire est susceptible d'être dispensée de conclusions du rapporteur public, en application de l'article R. 732-1-1, les parties ou leurs mandataires sont mis en mesure de connaître, avant la tenue de l'audience, si le rapporteur public prononcera ou non des conclusions et, dans le cas où il n'en est pas dispensé, le sens de ces conclusions. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que, par une ordonnance de clôture d'instruction dès l'enregistrement du 19 octobre 2021, dont il a été accusé réception le 25 octobre 2021, le tribunal a informé la conseil du requérant de la date de l'audience, et de ce qu'elle pouvait, si elle le souhaitait, prendre connaissance du sens des conclusions du rapporteur public sur l'application " Sagace " dans un délai de l'ordre de deux jours avant l'audience prévue le
5 janvier 2022 à 11 heures, en application des dispositions de l'article L. 711-3 du code de justice administrative. Cette ordonnance précisait par ailleurs que la conseil du requérant pouvait solliciter le greffe du tribunal si elle n'était pas en mesure de consulter l'application en ligne. Il ressort également des pièces du dossier que la dispense du rapporteur public de présenter des conclusions a été versée sur l'application " Sagace " le 31 décembre 2021.
La conseil du requérant ne fait état d'aucune difficulté à accéder à l'application " Sagace " et n'établit ni même n'allègue avoir vainement saisi le greffe du tribunal pour obtenir le sens des conclusions. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le principe du contradictoire a été méconnu, faute d'avoir été destinataire du sens des conclusions du rapporteur public.
9. En quatrième lieu, ainsi que le relève M. A, il ressort des termes du jugement attaqué que celui-ci présente une contradiction en ce qu'il mentionne, d'une part, que le rapporteur public a été dispensé de présenter des conclusions à l'audience et d'autre part, qu'ont été entendues au cours de l'audience publique les conclusions du rapporteur public. Toutefois, d'une part, la conseil du requérant ne saurait sérieusement soutenir qu'elle ignore si le rapporteur public a présenté des conclusions lors de l'audience du 5 janvier 2022 dès lors qu'elle ne conteste pas les autres mentions du jugement attaqué selon lesquelles elle était
elle-même présente à cette audience et qu'elle y a présenté des observations au bénéfice de son client. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est ni établi ni même n'allégué, que le rapporteur public aurait effectivement présenté des conclusions à l'audience publique, contrairement à ce qu'il avait annoncé aux parties. Au demeurant, il était loisible à la conseil du demandeur, si elle s'y croyait fondée, de relever, par une note en délibéré ou par tout autre moyen, que le rapporteur public avait présenté des conclusions à l'audience alors même qu'il en était dispensé. Ainsi, pour regrettable qu'elle soit, la contradiction dans les termes du jugement doit être regardée comme une simple erreur matérielle sans influence ni sur la solution du jugement du tribunal, ni sur sa régularité.
10. En dernier lieu, et en tout état de cause, si aux termes de l'article R. 773-1 précité du code de justice administrative, le rapporteur public est obligé de transmettre le sens de ses conclusions avant l'audience, ce dernier, qui a pour mission d'exposer les questions que présente à juger le recours sur lequel il conclut et de faire connaître, en toute indépendance, son appréciation, qui doit être impartiale, sur les circonstances de fait de l'espèce et les règles de droit applicables ainsi que son opinion sur les solutions qu'appelle, suivant sa conscience, le litige soumis à la juridiction à laquelle il appartient, prononce ses conclusions après la clôture de l'instruction à laquelle il a été procédé contradictoirement. L'exercice de cette fonction n'est toutefois pas soumis au principe du caractère contradictoire de la procédure applicable à l'instruction. Il suit de là que, les conclusions du rapporteur public qui peuvent d'ailleurs ne pas être écrites n'ont pas à faire l'objet d'une communication préalable aux parties. Par suite, le moyen tiré de ce que les premiers juges auraient méconnu le principe du contradictoire doit être écarté.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
11. En premier lieu, M. A reprend en appel ses moyens de première instance tirés, en ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour, de l'insuffisance de motivation, de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur erreur manifeste d'appréciation de sa situation et sur les conséquences sur sa situation personnelle et, en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, de l'insuffisance de motivation. Il ne développe toutefois au soutien de ces moyens aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par les premiers juges.
12. En deuxième lieu, les énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est dépourvue de caractère réglementaire, constituent seulement des orientations générales adressées par le ministre aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, ces autorités administratives disposant d'un pouvoir d'appréciation pour prendre une mesure au bénéfice de laquelle la personne intéressée ne peut faire valoir aucun droit. Cette circulaire, qui ne prévoit pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour à l'étranger qui totaliserait les durées de résidence et d'emploi qu'elle indique, ne comporte ainsi pas de lignes directrices dont les intéressés pourraient utilement se prévaloir devant le juge. Par suite, M. A ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012.
13. En dernier lieu, M. A soutient qu'il répond aux conditions posées par le site Internet " service-public.fr " s'agissant d'une régularisation par le travail. Toutefois, le requérant ne peut utilement se prévaloir des mentions figurant sur ce site Internet, dont les données, qui ne sont qu'indicatives, n'émanent pas d'une administration ayant compétence pour délivrer des titres de séjour. En outre, M. A ne saurait, non plus, se prévaloir des décisions rendues par l'administration sur des demandes émises par d'autres personnes dès lors qu'il n'établit pas que les personnes auxquelles il se compare se seraient trouvées dans une situation strictement identique à la sienne. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du principe d'égalité et de la violation des stipulations de l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, doivent être écartés.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a donc lieu de la rejeter en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 21 septembre 2023.
La présidente de la 4ème chambre,
M. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01499
08/04/2026
COUR ADMINISTRATIVE D'APPEL DE LYON — N° CAA69-24LY03638
02/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA00294
20/03/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA05555
20/02/2026