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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA00900

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA00900

mercredi 25 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA00900
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2021 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2126063 du 27 janvier 2022, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa requête.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2022, M. A, représenté par Me Selmi, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2126063 du 27 janvier 2022 du tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2021 par lequel le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois jours à compter de la notification de la décision à intervenir ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de police de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les premiers juges ont méconnu son droit à un recours effectif protégé par les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il n'a pas été assisté par un avocat ;

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990.

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi sur l'aide juridictionnelle ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 9 avril 1982, est entré en France le 23 mars 2010 selon ses déclarations. Reçu en préfecture le 25 juin 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 15 novembre 2021, le préfet de police a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination d'une mesure d'éloignement. M. A relève appel du jugement du 27 janvier 2022 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter les conclusions à fin de sursis à exécution d'une décision juridictionnelle frappée d'appel, les requêtes dirigées contre des ordonnances prises en application des 1° et à 5° du présent article ainsi que, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En unique lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Droit à un recours effectif - Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Enfin, aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " [] L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".

5. S'il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté sa requête de première instance sans avoir eu recours à l'assistance d'un avocat, il ne résulte d'aucune disposition légale ou réglementaire que le tribunal était tenu de lui assurer le concours d'un avocat désigné d'office, s'agissant d'un litige qui ne relève pas d'une procédure spéciale aux fins de permettre au juge de statuer rapidement sur la légalité d'une mesure d'éloignement d'un étranger placé en rétention ou assigné à résidence. En tout état de cause, il n'établit ni même allègue qu'il aurait sollicité en vain la désignation d'un avocat commis d'office comme le prévoit les dispositions précitées de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué a été rendu en méconnaissance de son droit à un recours effectif tel qu'énoncé à l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur le bien-fondé de l'arrêté attaqué :

6. En premier lieu, l'arrêté querellé a été signé par Mme D B, attachée d'administration de l'Etat, cheffe du pôle " admission exceptionnelle au séjour " de la sous-direction de la police générale de la préfecture de police. Par un arrêté n° 2021-00991 du 27 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police de Paris a donné délégation à Mme D B pour signer tous les actes, arrêtés et décisions, nécessaires à l'exercice des missions de la direction de la police générale, au nombre desquelles figure les décisions contestées portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

8. La décision contestée vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment l'article L. 611-1 de ce code. Elle indique également, en particulier, que si M. A fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis plus de 10 ans, il n'établit pas la durée de séjour alléguée, et que M. A ne justifie pas de motifs exceptionnels permettant son admission exceptionnelle au séjour au regard de son expérience et de ses qualifications professionnelles. Par ailleurs, la décision contestée indique que M. A est célibataire et sans charges de famille en France et ne justifie pas être démuni d'attaches familiales à l'étranger et que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, et alors que le préfet de police n'était pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, la décision en litige comporte l'énoncé suffisant des considérations qui en constituent le fondement au sens des dispositions précitées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, et doit être regardée comme étant suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté comme manquant en fait.

9. En dernier lieu, si M. A se prévaut d'une durée de séjour de plus de dix ans en France, il n'en justifie pas alors d'ailleurs qu'une telle circonstance à la supposer établie ne confère pas en elle-même un droit au séjour. En outre, alors que M. A soutient qu'il est père d'un enfant de nationalité française, issu de l'union avec une ressortissante bangladaise disposant du statut de réfugié, il ne justifie d'aucune communauté de vie avec celle-ci, et il ne produit aucun élément de nature à démontrer l'existence de réels liens affectifs avec son fils, né le 6 juillet 2020. Par ailleurs, tant en appel qu'en première instance, il n'établit pas ni même invoque participer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant qu'il a reconnu postérieurement à la décision attaquée. Ainsi, compte tenu de la durée et des conditions du séjour en France de l'intéressé, la décision contestée ne contrevient ni aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni à celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas plus fondé à soutenir qu'elle serait entachée d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement du 27 janvier 2022 et de l'arrêté du 15 novembre 2021, est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Elle doit donc être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 25 mai 202Le président de la 9ème chambre,

S. CARRERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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