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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA00907

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA00907

mercredi 25 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA00907
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL GARCIA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2114839 du 11 février 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 25 février 2022, et des pièces, enregistrées le 23 mars 2022, M. A, représenté par Me Garcia, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2114839 du 11 février 2022 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 8 septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation personnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et de lui délivrer, le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux dépens.

Il soutient que :

- le premier juge a entaché son jugement d'une erreur d'appréciation en considérant qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Roumanie.

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

- le préfet a méconnu son droit d'être entendu, garanti par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et a méconnu les dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration et son droit d'être assisté par un avocat pendant la procédure préalable à l'adoption de la mesure d'éloignement.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été adoptée en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990.

S'agissant de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît la directive 2008/115 du 16 décembre 2008 dès lors que le risque de fuite objectif et imminent n'est pas caractérisé.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des risques qu'il encourt en cas de retour en Roumanie.

S'agissant de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des Nations-Unies relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant roumain né le 16 août 1988, est entré en France en 2009 selon ses déclarations. Il a été interpellé à son domicile le 7 septembre 2021 pour des faits de violences commis envers Mme B, sa compagne. Par arrêté du 8 septembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. A relève appel du jugement du 11 février 2022 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance,

7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Hormis le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. M. A ne peut donc utilement soutenir, pour demander l'annulation du jugement attaqué, que le premier juge a considéré à tort qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Roumanie.

Sur le bien-fondé de l'arrêté attaqué :

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions contestées :

4. M. A reprend en appel les moyens qu'il a invoqués en première instance tirés de ce que le préfet a méconnu son droit d'être entendu, garanti par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et a méconnu les dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration, et son droit d'être assisté par un avocat pendant la procédure préalable à l'adoption de la mesure d'éloignement. Par un jugement précisément motivé, en ses points 5 et 6, le tribunal a écarté l'argumentation développée par M. A à l'appui de ces moyens. Il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge, d'écarter les moyens ainsi renouvelés devant la Cour par le requérant, qui ne présente aucun élément de droit ou de fait nouveau, par rapport à l'argumentation qu'il avait développée devant le tribunal.

S'agissant des moyens spécifiques à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, M. A reprend dans sa requête d'appel le moyen de première instance tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance selon laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est borné à reprendre des formules stéréotypées, M. A ne remet pas en cause l'appréciation retenue par le premier juge, qui a considéré que la décision querellée mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 7 du jugement attaqué.

6. En deuxième lieu, M. A reprend dans sa requête d'appel le moyen de première instance tiré de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle. Toutefois, M. A n'apporte aucun élément de fait ou de droit de nature à remettre en cause l'appréciation retenue par le premier juge, qui a considéré qu'il ne ressortait pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A avant de prendre à son encontre la décision querellée. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 8 du jugement attaqué.

7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. D'autre part, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, de tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter de manière suffisamment directe et certaine leur situation.

9. Enfin, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; ".

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de son audition par les services de police, que M. A a reconnu avoir commis des faits de violence volontaire, en présence de son enfant de 7 ans, à l'égard de sa compagne. Ainsi, eu égard à la nature et à la gravité de ces faits, et à leur caractère récent à la date à laquelle la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise, le comportement personnel de M. A constitue bien, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société justifiant qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français. En outre, s'il soutient que, eu égard à l'ancienneté de son séjour sur le territoire français et à l'existence de liens familiaux et personnels qu'il a tissés en France, le préfet de de la Seine-Saint-Denis ne pouvait légalement prendre la décision contestée, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui est entré et s'est maintenu irrégulièrement en France, ne justifie ni de la durée de séjour alléguée, ni d'une insertion socio-professionnelle significative dans la société française. De plus, tant en appel qu'en première instance, l'appelant ne produit aucun document de nature à démontrer que sa compagne ne se trouve pas en situation irrégulière sur le territoire français. Ainsi, la décision en litige n'ayant pas pour effet de séparer le requérant de sa compagne et de son enfant, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Roumanie où le fils du couple pourra poursuivre sa scolarité. Par conséquent, compte tenu des circonstances de l'espèce, et eu égard à la menace à l'ordre public qu'il présente, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, ni porté atteinte à l'intérêt supérieur de son fils. Ainsi, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait intervenue en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des Nations-Unies relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 doivent être écartés.

S'agissant des moyens spécifiques à la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

11. En unique lieu, M. A reprend, sans apporter d'éléments de droit ou de fait nouveaux et pertinents, le moyen tiré de ce que la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît la directive 2008/115 du 16 décembre 2008 dès lors que le risque de fuite objectif et imminent n'est pas caractérisé. Dans ces conditions, il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge aux points 12 et 13 de son jugement.

S'agissant des moyens spécifiques à la décision fixant le pays de renvoi :

12. En unique lieu, M. A reprend dans sa requête d'appel le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, M. A n'apporte au soutien de ce moyen aucun élément de fait ou de droit nouveau et pertinent par rapport à l'argumentation développée en première instance. Dès lors, il y a lieu de l'écarter par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge au point 14 de son jugement.

S'agissant des moyens spécifiques à la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, M. A reprend dans sa requête d'appel, sans renouveler son argumentation et sans critiquer les motifs retenus par le premier juge, les moyens tirés de ce que la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il suit de là que ces moyens doivent être écartés par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge aux points 16 et 17 de son jugement.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs exposés au point 9 de la présente ordonnance, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

15. En dernier lieu, M. A, de nationalité roumaine, ne peut pas utilement se prévaloir de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, qui n'est pas applicable aux ressortissants de l'Union européenne.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement du 11 février 2022 et de l'arrêté du 8 septembre 2021, est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Elle doit donc être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais de l'instance et celles tendant à la condamnation de l'Etat aux dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 25 mai 202Le président de la 9ème chambre,

S. CARRERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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