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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA01021

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA01021

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA01021
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au Tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2012752 du 24 janvier 2022, le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2022, M. A, représenté par Me Boy, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2012752 du 24 janvier 2022 du Tribunal administratif de Montreuil ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à titre subsidiaire, de lui accorder un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle au séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :

- la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile reprises à l'article L. 435-1 de ce code, dès lors qu'il bénéficiait, à titre subsidiaire, d'un droit à être admis exceptionnellement au séjour ;

- la décision, qui est entachée d'une erreur d'appréciation, méconnaît les dispositions des articles L. 313-5-1 et L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile respectivement reprises aux articles L. 421-3 et L. 433-1 de ce code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. A, ressortissant égyptien né le 26 février 1989 et entré en France le 14 septembre 2019 selon ses déclarations, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de salarié. Il relève appel du jugement du 24 janvier 2022 par lequel le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision portant refus de séjour vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En particulier, le préfet de la Seine-Saint-Denis a mentionné les dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables sur le fondement desquelles M. A, ressortissant égyptien, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. La décision en litige mentionne que si l'intéressé justifie d'un emploi en qualité de maçon, il est toutefois connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires pour des faits de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours sur mineur de quinze ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime, intervenus entre le 23 mars 2017 et le 8 avril 2017, et précise qu'au regard de ces faits, il est établi que le comportement de l'intéressé constitue une menace à l'ordre public et que l'autorité administrative peut, par décision motivée, refuser le renouvellement du titre de séjour d'un étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, et alors que, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision mentionne les éléments relatifs à sa situation professionnelle, le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'était pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables au litige : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7 () ".

5. Ces dispositions, qui ne font d'ailleurs et en tout état de cause nullement obstacle à l'exercice par le préfet du pouvoir discrétionnaire qui lui permet de régulariser la situation d'un étranger compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant sa situation personnelle, peuvent être invoquées, à l'appui d'une demande de renouvellement de titre de séjour, par un étranger pour le cas où il ne remplirait pas les conditions de renouvellement de ce titre. Toutefois, et ainsi qu'il le précise devant la Cour, M. A n'a pas sollicité son admission exceptionnelle au séjour à titre subsidiaire au cours de l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour présentée sur le fondement des dispositions alors applicables de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Dans ces conditions, et alors que le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office si le demandeur de titre de séjour pouvait bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour, le moyen tiré de la méconnaissance par celui-ci des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être utilement invoqué.

6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables au litige : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : () / 2° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou dans les cas prévus aux articles L. 1262-1 et L. 1262-2 du même code, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 dudit code. Cette carte est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement, dans la limite d'un an. Elle est renouvelée pour une durée identique à celle du contrat de travail ou du détachement. Elle porte la mention " travailleur temporaire " () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 313-5-1 du même code alors applicables : " () / Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée ou son renouvellement refusé par une décision motivée. () ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 313-3 du même code, en vigueur à la date du litige : " La carte de séjour temporaire ou la carte de séjour pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusée ou retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

7. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à M. A le renouvellement de son titre de séjour en qualité de salarié, le préfet s'est fondé sur la circonstance que le comportement de l'intéressé était constitutif d'une menace à l'ordre public. Si le requérant fait valoir que le préfet aurait dû lui renouveler son titre de séjour dès lors qu'il a travaillé de manière ininterrompue en qualité de maçon depuis 2019 et qu'il justifie ainsi d'une ancienneté sur le territoire français, toutefois il est constant que l'intéressé, ainsi qu'il a été dit, a fait l'objet de poursuites pénales pour des faits de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours sur mineur de quinze ans par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime, intervenus entre le 23 mars 2017 et le 8 avril 2017. Dans ces conditions, et alors que contrairement à ce que soutient M. A, les faits qui lui sont reprochés restent récents, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait, sans méconnaître les dispositions des articles L. 313-5-1 et L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui refuser le renouvellement de son titre de séjour en qualité de salarié. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. En quatrième lieu, M. A reprend en appel le moyen soulevé en première instance tiré de ce que la décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, l'intéressé, qui est célibataire et dont l'expérience professionnelle est récente à la date de la décision en litige, n'établit pas davantage en appel qu'en première instance qu'il contribuerait à l'entretien et l'éducation de son enfant, de sorte qu'il ne développe au soutien de ce moyen aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.

9. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 de la présente ordonnance et dès lors que M. A n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés en France, le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis, en refusant de renouveler son titre de séjour, aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 9 que la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. A ne peut se prévaloir de son illégalité au soutien de sa demande d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors ses conclusions à fin d'annulation du jugement attaqué et de l'arrêté du 2 novembre 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 28 octobre 2022.

Le président de la 8ème chambre,

R. LE GOFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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