mardi 15 novembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-22PA01090 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | PHILIPPON |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. F A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2019 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 1911876 du 18 février 2021, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 mars 2022 et 27 juin 2022, M. A, représenté par Me Philippon, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Montreuil du 18 février 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 23 septembre 2019 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le jugement attaqué n'est pas suffisamment motivé ; il est irrégulier en ce qu'il n'a pas répondu aux moyens tirés d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation et de saisine de la commission du titre de séjour ;
- l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis n'est pas suffisamment motivé ;
- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen personnalisé ;
- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie, en méconnaissance, d'une part, de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'autre part, de l'article L. 313-14 du même code dès lors qu'il réside en France depuis plus de dix ans ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 dudit code, dès lors qu'il justifie de motifs exceptionnels tenant à sa résidence en France depuis plus de dix ans, à son intégration et à la présence de ses deux cousins ;
- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est dépourvue de base légale dès lors que la décision lui refusant un titre de séjour est illégale ;
- l'arrêté du préfet porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris du 24 janvier 2022.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant égyptien né le 24 janvier 1978, déclare être entré en France en 2006. Il a sollicité le 25 septembre 2018 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 23 septembre 2019, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande à la cour d'annuler le jugement du 18 février 2021 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. À l'appui de sa demande de première instance, M. A soutenait notamment que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'avait pas procédé à un examen personnalisé de sa demande, moyen qui n'était pas inopérant. Par suite, le jugement est pour ce seul motif entaché d'irrégularité et doit être annulé.
3. Il y a lieu pour la cour de statuer immédiatement par la voie de l'évocation sur la demande présentée par M. A devant le tribunal administratif de Montreuil.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 23 septembre 2019 a été signé par Mme D C, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux à la préfecture de la Seine-Saint-Denis, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin consentie par un arrêté n° 2019-2484 du 11 septembre 2019 du préfet de la Seine-Saint-Denis, publié au bulletin d'informations administratives du 16 septembre 2019. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, notamment celles de l'article L. 313-14, alors en vigueur, relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, et celles de l'article L. 511-1 I relatives à l'obligation de quitter le territoire français. Il indique en outre les considérations de fait relatives à la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. A. Il est, par suite, suffisamment motivé.
6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la demande de titre de séjour présentée par M. A.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () ".
8. D'une part, M. A, qui soutient sans l'établir qu'il est entré en France en 2006, ne produit à l'appui de sa demande, en ce qui concerne les années 2009 et 2010, que des relevés de La Banque Postale montrant des mouvements de mars à juin 2009 et d'août à novembre 2010. Ces pièces, insuffisamment probantes et variées, ne suffisent pas à établir sa résidence habituelle sur le territoire français avant l'année 2011 et par conséquent pas depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté litigieux du 23 septembre 2019. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas pris cet arrêté au terme d'une procédure irrégulière en ne saisissant pas la commission du titre de séjour au titre des dispositions précitées de l'article L. 313-14, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. D'autre part, M. A soutient qu'il justifie de motifs exceptionnels de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour au titre des dispositions précitées. Toutefois, comme il vient d'être dit, il n'établit pas sa présence habituelle sur le territoire français avant l'année 2011. Par ailleurs, s'il fait valoir que deux de ses cousins vivent en France, le premier étant de nationalité française et le second en situation régulière, et que lui-même est intégré à la société française par l'exercice d'une activité professionnelle dans le secteur du bâtiment, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille, et qu'il n'exerce le métier d'ouvrier poseur de sol que quelques heures par mois depuis juillet 2018. Ces circonstances ne constituent pas des motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 313-14, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au regard desquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a, par suite, pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-11, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
11. M. A soutient qu'il dispose d'attaches familiales solides en France, dès lors que deux de ses cousins qu'il considère comme des frères et dont l'un est de nationalité française, résident sur le territoire national, et qu'il a partagé un logement avec eux. Il est cependant constant qu'il est célibataire et sans charge de famille. Par ailleurs, alors même que ses parents y sont aujourd'hui décédés, il a vécu en Égypte, son pays d'origine, au moins jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ses décisions ont été prises. Il n'a donc pas méconnu les dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas, pour les mêmes motifs, commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de M. A.
12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". Et aux termes de l'article L. 312-2 du même code : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3. ". Il résulte de l'article R. 312-2, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles L. 313-11, L. 314-11, L. 314-12 et L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. M. A ne pouvant, ainsi qu'il a été dit plus haut, se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour préalablement à l'édiction de sa décision.
13. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A devant le tribunal administratif de Montreuil et en appel, tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 23 septembre 2019, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1990 doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 1911876 du 18 février 2021 du tribunal administratif de Montreuil est annulé.
Article 2 : La demande de première instance de M. A ainsi que ses conclusions d'appel sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. F A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
- Mme Marianne Julliard, présidente-assesseure,
- Mme Gaëlle Mornet, première conseillère,
- Mme Gaëlle Dégardin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.
La rapporteure,
G. BLa présidente,
M. ELa greffière,
N. DAHMANI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026