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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA01094

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA01094

mardi 27 septembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA01094
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un jugement n° 2015121 du 8 février 2022, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2022, M. B, représenté par Me Koszczanski, demande à la Cour :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'infirmer le jugement du tribunal administratif de Montreuil ;

3°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", à tout le moins, une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation administrative, dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions du c) du 8° de l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision l'obligeant de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une décision du 13 avril 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Paris a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. B pour la présente procédure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " Les () présidents des formations de jugement des cours peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 13 avril 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas lieu de lui accorder le bénéfice d'une admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

3. En premier lieu, M. B reprend en appel les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen qu'il avait soulevés en première instance, sans apporter d'éléments de fait ou de droit nouveaux susceptibles de remettre en cause le bien-fondé du jugement attaqué sur ces points. Dans ces conditions, il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Montreuil, d'écarter ces moyens, réitérés devant la Cour.

4. En deuxième lieu, M. B soutient que l'arrêté est entaché d'un défaut de base légale, dès lors que le préfet s'est notamment fondé sur les articles L. 313-3, L. 313-7 et L. 313-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non pas sur le c) du 8° de l'article L 314-11 de ce code. Toutefois, une omission ou une erreur dans les visas d'un acte administratif sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes des dispositions alors codifiées à l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si la présence de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public, la carte de résident est délivrée de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour : / () 8° A l'étranger reconnu réfugié en application du livre VII ainsi qu'à : / () c) Ses enfants dans l'année qui suit leur dix-huitième anniversaire ou entrant dans les prévisions de l'article L. 311-3 () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 10 avril 2017 et que, dès le 8 octobre 2018, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de six mois d'emprisonnement, dont quatre avec sursis, pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie B et de participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens. Ces faits, commis le 26 août 2018, ont donné lieu à la délivrance d'un mandat de dépôt le 29 août suivant. Ainsi, compte tenu de la nature de ces faits délictueux, commis peu de temps après l'entrée en France de l'intéressé, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu légalement et pour ces seuls motifs, lui refuser la délivrance d'un titre de séjour au motif que son comportement constitue une menace à l'ordre public, sans qu'y fasse obstacle l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle ou la présence de ses parents et de ses trois frères en France. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 314-11 du code précité, de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B soutient qu'il a établi le centre stable de sa vie privée et familiale sur le territoire national, qu'il vit encore chez ses parents et auprès de sa fratrie et qu'il n'est pas indépendant financièrement en dépit de ses efforts. Il fait également valoir qu'il est scolarisé en France depuis 2017, qu'il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle le 3 juillet 2020 et qu'il est inscrit en formation professionnelle " métiers de l'électricité ". Toutefois, à la date de l'arrêté contesté, le requérant, célibataire et sans charge de famille, ne résidait en France que depuis trois ans et sept mois. Nonobstant le caractère récent de son arrivée sur le territoire, il a été condamné le 8 octobre 2018 par le tribunal correctionnel de Paris, comme dit au point 6 de l'ordonnance, et ne conteste pas s'être soustrait à une précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 9 octobre 2018. Enfin, l'intéressé n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

9. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes des dispositions alors codifiées au dernier alinéa de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

10. M. B se prévaut de ce que son père a été victime de persécutions au Sri Lanka du fait de son appartenance à la minorité tamoule et que celui-ci a obtenu le statut de réfugié en France par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 19 février 2016. L'intéressé se réfère dans ses écritures à des rapports internationaux, notamment du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme du 25 janvier 2018, de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés des 21 novembre et 5 décembre 2019 et d'Amnesty International du 27 février 2020. Toutefois, M. B ne produit aucun élément permettant de tenir pour établi qu'il serait personnellement exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que des dispositions précitées de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doivent être écartés.

11. En sixième lieu, aux termes des dispositions alors codifiées au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. / () Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. / () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

12. D'une part, il résulte des circonstances indiquées aux points 6 et 8 de la présente ordonnance que la présence de M. B sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public, qu'il y est entré récemment et n'est pas fondé à s'y prévaloir d'attaches privée ou familiale d'une intensité particulière et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. D'autre part, par suite de ce qui a été dit au point 10 de l'ordonnance, le requérant ne peut se prévaloir de circonstances humanitaires. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en fixant à deux années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant, n'a pas méconnu le droit de celui-ci au respect de sa vie privée et familiale, et n'a pas d'avantage entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions, ni d'une erreur manifeste quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Elle peut, dès lors, être rejetée par application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 27 septembre 2022.

Le président de la 3ème chambre,

I. LUBEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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