jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-22PA01159 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | TAVARES DE PINHO |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme E C a demandé au Tribunal administratif de Melun d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Par un jugement n° 2010610 du 15 novembre 2021, la magistrate désignée par le président du Tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 11 mars 2022, Mme C, représentée par Me Tavares De Pinho, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2010610 du 15 novembre 2021 du Tribunal administratif de Melun ;
2°) d'annuler l'arrêté du 4 décembre 2020 du préfet du Val-de-Marne ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dès la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le jugement est irrégulier dès lors que les pièces produites par le préfet n'ont pas été communiquées à son conseil, en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- l'arrêté contesté méconnaît les dispositions des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que n'ayant pas reçu notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, elle bénéficiait d'un droit à se maintenir sur le territoire français ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par une décision du 14 février 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Paris a admis Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. Mme C, ressortissante ivoirienne née 18 août 1992, entrée en France le 1er juillet 2018 selon ses déclarations, a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Elle relève appel du jugement du 15 novembre 2021 par lequel la magistrate désignée par le président du Tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 décembre 2020 par lequel le préfet du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la régularité du jugement :
3. Mme C soutient que le jugement est entaché d'irrégularité au motif que le tribunal n'aurait pas communiqué à son conseil les pièces produites par le préfet du Val-de-Marne et enregistrées au greffe du tribunal le 5 octobre 2021, en méconnaissance du principe du contradictoire prévu à l'article L. 5 du code de justice administrative qui dispose que : " L'instruction des affaires est contradictoire ".
4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier de première instance que les pièces complémentaires ont été communiquées et mise à la disposition de Me Tavares De Pinho, conseil de Mme C, le 5 octobre 2021 sur l'application Télérecours. Il suit de là que le moyen tiré de l'irrégularité du jugement doit être écarté.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
5. En premier lieu, l'arrêté en litige vise la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le préfet du Val-de-Marne a précisé que la demande d'asile de la requérante a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 12 mai 2020, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 novembre 2020, que l'intéressée ne pouvait prétendre à la délivrance d'aucun titre de séjour, et que l'arrêté en litige ne contrevenait pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, l'arrêté du préfet du Val-de-Marne comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'office, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la cour statuent ".
7. Mme C soutient que la décision de la Cour nationale du droit d'asile ne lui aurait pas été régulièrement notifiée, de sorte qu'elle bénéficierait du droit de se maintenir sur le territoire. Toutefois, il résulte des dispositions précitées qu'un demandeur d'asile ayant exercé un recours contre la décision de rejet de sa demande de protection internationale par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a le droit de se maintenir sur le territoire français non jusqu'à la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile mais jusqu'à la date de lecture en audience publique de cette décision. Il ressort de l'extrait de la base de données " Telemofpra " relative à l'état des procédures de demande d'asile et produit par le préfet du Val-de-Marne en première instance que la décision par laquelle la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé par Mme C à l'encontre de la décision du 12 mai 2020 de l'OFPRA a été lue en audience publique le 19 novembre 2020. Par suite, le droit de Mme C de se maintenir sur le territoire français a cessé à cette date et il est sans incidence que la date de notification de la décision rendue par la Cour nationale du droit d'asile ne soit pas établie. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifiées notamment aux articles L. 541-1 et L. 541-2 de ce code invoqués par la requérante, ne peut qu'être écarté.
8. En troisième lieu, la circonstance que l'arrêté en litige ne mentionne pas la date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile n'est pas de nature à révéler un défaut d'examen particulier de la situation de Mme C alors qu'en tout état de cause, et ainsi qu'il a été dit au point précédent, son droit au maintien sur le territoire français s'apprécie au regard de la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile et non de sa date de notification à l'intéressée.
9. En quatrième lieu, Mme C, qui déclare être entrée en France le 1er juillet 2018, soutient que sa cellule familiale ne pourra se reconstituer en Côte d'Ivoire. Toutefois il ressort des pièces produites pour la première fois en appel que son conjoint, M. D A, ressortissant ivoirien avec qui elle a eu trois enfants, ne réside pas régulièrement en France dès lors qu'il a fait l'objet d'une décision de transfert et a été déclaré en fuite le 11 mars 2020. En outre, si Mme C fait valoir que son dernier enfant, B A, est né en France, cette seule circonstance ne suffit pas à établir qu'elle ne pourrait poursuivre sa vie familiale dans son pays d'origine alors qu'il ressort des comptes rendus de consultation de suivi de grossesse que son premier enfant, mineur à la date de l'arrêté en litige, réside en Côte d'Ivoire chez une tante. Dans ces conditions, et alors qu'en tout état de cause, l'intéressée ne produit aucun élément de nature à justifier la réalité des persécutions dont le couple ferait l'objet en Côte d'Ivoire, le préfet du Val-de-Marne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. Ainsi qu'il a été dit au point 9 de la présente ordonnance, rien ne s'oppose à ce que la vie familiale de Mme C se poursuive en Côte d'Ivoire, son conjoint et ses enfants étant également de nationalité ivoirienne. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme C est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors ses conclusions à fin d'annulation du jugement attaqué et de l'arrêté du 4 décembre 2020 du préfet du Val-de-Marne doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État au titre des articles 37 de la loi du 11 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C.
Copie en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Paris, le 17 novembre 2022.
Le président de la 8ème chambre,
R. LE GOFF
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026