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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA01252

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA01252

mardi 27 septembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA01252
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantPERATOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Paris, d'une part, d'annuler l'arrêté du 25 mars 2021 par lequel le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'expiration de ce délai, d'autre part, d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, enfin, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Par un jugement n° 2125176/8-1 du 17 février 2022, le tribunal administratif de Paris a rejeté cette demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 17 mars 2022, Mme A, représentée par Me Peratou, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler cet arrêté ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée pour prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une décision du 11 avril 2022 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Paris, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision en date du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Paris a désigné M. d'Haëm, président assesseur à la 4ème chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les magistrats " ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A, ressortissante mauritanienne, née le 31 décembre 1966 et qui s'est vue délivrer un titre de séjour pour raison de santé valable du 11 juin 2018 au 10 juin 2019, a demandé, le 10 décembre 2020, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du même code. Par un arrêté du 25 mars 2021, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'expiration de ce délai. Mme A fait appel du jugement du 17 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

3. En premier lieu, Mme A reprend en appel, sans apporter d'arguments supplémentaires et pertinents par rapport à ceux qu'elle a fait valoir devant le tribunal administratif, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins de l'OFII a, le 15 janvier 2021, émis l'avis que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester le bien-fondé de cet avis, la requérante fait valoir qu'elle est suivie depuis le 1er décembre 2015 par le service d'oncologie-radiothérapie du Groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière pour une pathologie de type " ALD 30 ", qui a nécessité un traitement par radiothérapie et chimiothérapie, et qu'elle en garde des séquelles assez conséquentes. Toutefois, si elle produit deux certificats médicaux établis par un praticien hospitalier les 20 juillet 2020 et 31 août 2021, rappelant qu'elle a bénéficié d'un traitement par radiothérapie et chimiothérapie jusqu'au 6 avril 2016 et mentionnant que son état de santé nécessite un suivi clinique trimestriel et, pour des examens radiologiques, semestriel, ces documents, eu égard à leurs mentions, ne suffisent pas à démontrer que, contrairement à ce qu'ont estimé les médecins de l'OFII le 15 janvier 2021, le défaut de prise en charge médicale de la requérante pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé, ni, au surplus, que l'intéressée ne pourrait effectivement accéder à un traitement ou à un suivi approprié dans son pays d'origine, alors qu'en défense, le préfet de police fait état, sans être contesté sur ce point, de l'existence en Mauritanie d'un centre national d'oncologie offrant des services de diagnostic, traitement et prise en charge du cancer et d'autres maladies. Dans ces conditions, en refusant de renouveler le titre de séjour de Mme A, le préfet de police n'a pas méconnu les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur.

5. En troisième lieu, Mme A, qui se prévaut de la durée de son séjour en France depuis 2011 ainsi que de son état de santé, fait état de la présence sur le territoire de cousines, avec qui elle est en rapport quasi quotidien et qui l'aident pour sa pathologie, et fait valoir qu'elle a fixé en France le centre de ses intérêts. Toutefois, la circonstance que Mme A justifierait, par les différentes pièces qu'elle produit, d'une présence habituelle en France depuis le mois de novembre 2011 ne constitue pas, à elle seule, un motif d'admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable. De plus, ainsi qu'il a été dit au point 4, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'état de santé de la requérante justifierait son admission au séjour. En outre, Mme A, célibataire, sans charge de famille et qui n'apporte aucun élément précis sur les liens de toute nature qu'elle aurait noués en France, n'établit ni n'allègue sérieusement qu'elle serait dépourvue de toute attache en Mauritanie où résident ses deux enfants majeurs et où elle-même a vécu au moins jusqu'à l'âge de quarante-quatre ans, ni qu'elle serait dans l'incapacité de s'y réinsérer ou qu'elle y serait privée de tout accompagnement ou aide pour le suivi médical dont elle a besoin. Enfin, la requérante, qui, à l'exception des emplois qu'elle a occupés quelques mois entre 2019 et 2021, à temps partiel, en qualité d'agent de service, ne justifie d'aucune insertion professionnelle stable et ancienne en France. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le préfet de police, en refusant de délivrer à Mme A un titre de séjour, n'a commis aucune erreur manifeste dans son appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que la décision portant refus de titre de séjour aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de l'intéressée, doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier que le préfet de police se serait cru, à tort, en situation de compétence liée pour prononcer à l'encontre de Mme A la mesure d'éloignement en litige.

7. Enfin, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de Mme A, ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au préfet de police.

Fait à Paris, le 27 septembre 2022.

Le président assesseur de la 4ème chambre,

R. d'Haëm

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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