vendredi 17 juin 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-22PA01534 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MAIRE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Par un jugement n° 2126308 du 24 février 2022, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 5 avril 2022, M. B, représenté par Me Maire, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2126308 du 24 février 2022 du tribunal administratif de Paris ;
2°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel le préfet de police lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, le temps ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'inexactitudes matérielles des faits ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale compte tenu de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant mauritanien né le 15 février 1995, déclare être entré en France en 2013. Reçu par les services de la préfecture le 2 juillet 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 29 octobre 2021, le préfet de police a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai. M. B interjette appel du jugement du 24 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, : () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
Sur les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, d'une part, M. B soutient que le préfet de police a commis une erreur sur la matérialité des faits en mentionnant qu'il n'était pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, que M. B a déclaré, dans la fiche de renseignements remplie lors du dépôt de sa demande de délivrance d'un titre de séjour et signée le 2 juillet 2021, qu'il n'était pas démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa mère. S'il allègue n'avoir pas tissé des liens affectifs avec celle-ci, il ne produit aucun élément de nature à établir ses allégations. Par suite, le préfet de police a pu, en se fondant sur les déclarations de l'intéressé, mentionner dans l'arrêté contesté du 29 octobre 2021, que M. B ne justifie pas être démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine sans entacher sa décision d'inexactitude matérielle des faits.
4. D'autre part, M. B fait valoir que le préfet de police a commis une seconde erreur sur la matérialité des faits en s'abstenant de mentionner son intégration professionnelle stable et ancrée sur le territoire français. Cependant, la circonstance que le préfet indique dans sa décision que le requérant ne fournit qu'une demande d'autorisation de travail, sans faire référence à l'ancienneté de son activité professionnelle, n'entache pas la décision d'une erreur de fait susceptible d'entraîner son annulation. Il suit de là que dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est fondée sur plusieurs inexactitudes matérielles des faits doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la circonstance que la décision ne fasse pas référence à plusieurs éléments relatifs à sa situation professionnelle ne saurait révéler à elle seule, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. Saisie d'une demande présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner si l'intéressé peut prétendre à une admission exceptionnelle au séjour, au titre de la vie privée et familiale, ou à défaut, au titre d'une activité salariée. Pour l'admission exceptionnelle au titre de la vie privée et familiale, l'autorité administrative doit examiner si les éléments de la situation personnelle de l'intéressé peuvent donner lieu à une admission exceptionnelle au séjour au regard de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels. Pour l'admission exceptionnelle au titre d'une activité salariée, l'autorité administrative doit examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi dont il se prévaut, de même que tout élément de sa situation personnelle, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions précitées de l'article L. 435-1 laissent enfin à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis, pour apprécier l'opportunité de régulariser la situation de l'étranger qui s'en prévaut, d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des documents fiscaux, médicaux, bancaires parmi lesquels des relevés d'opérations comportant des mouvements, ou divers documents et correspondance émanant d'organismes publics tels que la caisse d'assurance maladie concernant l'aide médicale de l'Etat, que M. B réside de façon continue et habituelle sur le territoire français depuis 2013. Ses grands-parents et son frère résident en France où il a participé à des formations socio-culturelles et linguistiques organisées par des associations. Toutefois, il est constant que l'intéressé, célibataire et sans charges de famille en France, n'est pas dénué de lien familial dans son pays d'origine, où il a lui-même vécu au moins jusqu'à l'âge de dix-huit ans. En outre, si M. B dispose d'une autorisation de travail en tant que pizzaiolo dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée et justifie, par la production d'une attestation de concordance et de fiches de paie, avoir exercé cet emploi depuis le 12 février 2020, une telle situation n'est pas, compte tenu de la durée de l'activité exercée et des qualifications professionnelles de M. B ainsi que des caractéristiques de l'emploi concerné, un motif exceptionnel de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, et en dépit de sa durée de présence en France, qui ne constitue pas, par elle-même, une circonstance exceptionnelle d'admission au séjour, les conditions de séjour en France de M. B ne caractérisent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant l'admission exceptionnelle au séjour. Par suite, en refusant la délivrance du titre de séjour, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions. Enfin, et en tout état de cause, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 28 novembre 2012, dite circulaire Valls, qui énonce des orientations générales que le ministre de l'intérieur a adressées aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, cette circulaire n'ayant pas le caractère de lignes directrices.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. M. B se prévaut de ce qu'il a établi ses intérêts personnels et familiaux en France, que ses grands-parents et son frère, avec qui il entretient des liens familiaux réguliers, résident en France, et qu'il exerce une activité professionnelle dans le secteur de la restauration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B, célibataire et sans charges de famille en France, ne justifie d'aucune qualification professionnelle particulière et n'exerçait son activité que depuis moins de deux ans à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, il ressort des mentions portées dans la fiche de salle que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de dix-huit ans. A cet égard, la circonstance qu'il n'aurait pas tissé des liens affectifs avec sa mère résidant en Mauritanie n'est pas de nature à démontrer qu'il serait isolé dans son pays d'origine, alors au demeurant qu'il n'assortit ses allégations selon lesquelles il n'aurait été élevé que par son père d'aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, s'il se prévaut de son parcours social dans la société française, marqué par son assiduité et sa détermination, comme en témoignent les attestations établies par les responsables des formations linguistiques à visée professionnelle, ainsi que de sa maîtrise de la langue française, ces éléments, ne sont pas à eux seuls de nature à justifier d'une intégration notable sur le territoire. Dès lors, et en dépit des efforts d'intégration de M. B, le préfet de police n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de son refus ou des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son refus de titre de séjour sur la situation personnelle de l'intéressé.
Sur les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, les moyens tendant à l'annulation de la décision du préfet de police lui refusant la délivrance d'un titre de séjour étant écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 10 de la présente ordonnance, le moyen tenant à la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En troisième lieu, et compte tenu de ce qui a été dit aux points 8 et 10 de la présente ordonnance, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur sa situation personnelle.
Sur les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :
14. En premier lieu, les décisions portant refus de délivrer un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant entachées d'aucune des illégalités alléguées, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions invoqué à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant fixation du pays de renvoi doit, en conséquence, être écarté.
15. En second lieu, M. B réitère devant le juge d'appel, sans renouveler son argumentation et sans critiquer les motifs des premiers juges, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée. Il suit de là que ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 17 du jugement attaqué.
16. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement du 24 février 2022 et de l'arrêté du 29 octobre 2021 est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Elle doit donc être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 17 juin 2022.
Le président de la 9ème chambre,
S. CARRERE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026