lundi 28 novembre 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-22PA01814 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | PERRIMOND |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C a demandé au tribunal administratif de Montreuil, d'une part, d'annuler l'arrêté du 5 août 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, d'autre part, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, enfin, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 2009377 du 20 décembre 2021, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le 21 avril 2022 et le 27 mai 2022, M. C, représenté par Me Perrimond, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler cet arrêté ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il méconnaît les dispositions des articles L. 211-2, L. 211-3 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 435-1 du même code ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Par une décision du 14 février 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Paris a désigné M. d'Haëm, président assesseur à la 4ème chambre, pour statuer par ordonnance en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les magistrats " ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (), par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
2. M. C, ressortissant algérien, né le 6 avril 1978 et entré en France en dernier lieu, selon ses déclarations, le 28 décembre 2014, a sollicité, le 18 octobre 2019, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 5 août 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. C fait appel du jugement du 20 décembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
3. En premier lieu, Mme D A, directrice des migrations et de l'intégration et signataire de l'arrêté en litige du 5 août 2020, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 31 juillet 2020, régulièrement publiée au bulletin d'informations administratives de la préfecture du même jour, à l'effet de signer, notamment, les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier de première instance que, devant le tribunal administratif, M. C n'a soulevé, à l'encontre des décisions en litige, que des moyens de légalité interne. Par suite, il n'est pas recevable à soulever pour la première fois en appel des moyens de légalité externe, qui ne sont pas d'ordre public et qui procèdent d'une cause juridique nouvelle. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation qui entacherait l'arrêté attaqué ou, en particulier, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, est irrecevable et ne peut, dès lors, qu'être écarté.
5. En troisième lieu, les conditions dans lesquelles M. C, ressortissant algérien, peut être admis à séjourner en France sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le requérant ne peut, dès lors, utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu l'article L. 435-1 du même code, pour contester la décision attaquée portant refus de titre de séjour.
6. En quatrième lieu, M. C se prévaut de la durée de son séjour en France depuis la fin du mois de décembre 2014 et fait valoir qu'il y séjourne, en étant hébergé par son frère, titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, avec son épouse et ses quatre enfants, nés respectivement le 10 mars 2009, le 10 janvier 2011, le 1er décembre 2013 et le 24 décembre 2015 et qui sont scolarisés. Il fait valoir également qu'il y travaille, depuis le 11 janvier 2020, en qualité de chauffeur-livreur. Toutefois, le requérant ne peut se prévaloir, à la date de la décision attaquée portant refus de titre de séjour, soit le 5 août 2020, que d'un séjour d'une durée de cinq ans et sept mois, de surcroît dans des conditions irrégulières et qui ne saurait constituer, à lui seul, un motif de régularisation de sa situation au regard du séjour. Par ailleurs, s'il fait état d'une activité salariée en qualité de chauffeur-livreur depuis le mois de janvier 2020, M. C, qui n'apporte aucune précision sur ses conditions d'existence entre les mois de décembre 2014 et décembre 2019, ne saurait être regardé comme justifiant d'une insertion professionnelle stable et ancienne en France. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'il emmène avec lui son épouse, de nationalité algérienne et qui est également en situation irrégulière au regard du séjour, et ses quatre enfants, dont trois sont nés en Algérie, et à ce qu'il poursuive normalement sa vie privée et familiale à l'étranger et, en particulier, en Algérie où résident ses parents et où lui-même a vécu de nombreuses années, de sorte qu'il y dispose d'attaches personnelles et familiales au moins aussi fortes qu'en France. Enfin, il n'établit, ni n'allègue sérieusement qu'il serait, avec les membres de sa famille, dans l'impossibilité de se réinsérer dans son pays d'origine ou que ses enfants ne pourraient pas y bénéficier d'une scolarisation normale. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment des conditions de séjour en France de M. C qui n'est pas dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, la décision attaqué portant refus de titre de séjour ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquelles cette mesure a été prise ou comme ayant méconnu l'intérêt supérieur de ses quatre enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, en estimant que la situation personnelle et familiale de M. C ne justifiait pas une mesure de régularisation, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste dans son appréciation de cette situation ou des conséquences d'un refus de titre de séjour sur la situation de l'intéressé.
7. En dernier lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " () l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. / () le prononcé et la durée de l'interdiction de retour () sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
8. D'une part, M. C fait valoir qu'entré une première fois en France à la fin du mois de décembre 2012, sous couvert d'un visa Schengen de court séjour délivré par les autorités espagnoles, il a fait l'objet le 10 mai 2013, alors qu'il se trouvait à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle afin de quitter la France pour regagner l'Algérie, d'un arrêté préfectoral portant obligation de quitter le territoire français, mesure à laquelle il ne s'est pas soustrait, et produit une copie de cet arrêté du 10 mai 2013 revêtu d'un cachet de sortie du territoire. Par suite, l'arrêté attaqué indique à tort que l'intéressé est entré en France le " 10 mai 2013 " et s'est " soustrait à l'exécution " de cette mesure d'éloignement. Toutefois, cette erreur de fait est sans incidence sur la légalité de la décision en litige portant interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'autorité préfectorale aurait pris la même décision si elle ne s'était fondée que sur les autres motifs de cette décision, à savoir, notamment, les conditions irrégulières du séjour en France de M. C, l'absence de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire, la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 10 mai 2013 ainsi que l'absence de circonstance faisant obstacle à son retour, avec sa famille, en Algérie.
9. D'autre part, alors que M. C a séjourné en France, à deux reprises, de manière irrégulière et qu'il ne justifie d'aucune insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire, ni d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à ce qu'il emmène avec lui son épouse, également en situation irrégulière, et ses enfants en Algérie, où vivent ses parents, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. C est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il y a lieu de la rejeter en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Paris, le 28 novembre 2022.
Le président assesseur de la 4ème chambre,
R. d'Haëm
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026