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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA01865

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA01865

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA01865
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantABDENNOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B a demandé au Tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Par un jugement n° 2124052/3-3 du 9 décembre 2021, le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 23 avril 2022, M. B, représenté par Me Abdennour, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2124052/3-3 du 9 décembre 2021 du Tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la régularité du jugement attaqué :

- il est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

- les décisions contestées sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant de lui accorder un délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour en France :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en raison de l'absence de soins médicaux adaptés pour son fils au A et de ses garanties de représentation ;

- elle constitue une mesure disproportionnée.

Par une décision du 8 mars 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les () présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. M. B, ressortissant malien né le 31 décembre 1989, est entré en France le 14 avril 2017 selon ses déclarations. Il relève appel du jugement du 9 décembre 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du Tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

4. M. B soutient que le premier juge aurait insuffisamment motivé son jugement. Toutefois, il ressort des termes du jugement attaqué que le premier juge, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments développés par le requérant, a répondu de manière suffisamment précise à l'ensemble des moyens soulevés devant lui par le requérant, le bien-fondé des réponses qu'il a apporté au regard des pièces versées au dossier étant en tout état de cause sans incidence sur la régularité du jugement. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation du jugement doit être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

5. M. B reprend en appel le moyen soulevé en première instance tiré de ce que l'arrêté est insuffisamment motivé. Cependant, il ne développe au soutien de ce moyen aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par le premier juge.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

6. Si M. B se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis l'année 2017 ainsi que de celle de sa concubine, qui est de nationalité malienne, et de leurs deux enfants nés en France, l'aîné étant scolarisé à la date de l'arrêté en litige, et de son insertion professionnelle dans la société française par l'exercice d'une activité d'agent d'entretien, notamment dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le 14 avril 2021, il ne produit en appel aucun élément nouveau et ne fait état d'aucun élément de nature à faire obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue à l'étranger. Dans ces conditions, M. B, qui ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, n'établit pas plus en appel qu'en première instance qu'un renvoi à destination de son pays d'origine aura nécessairement pour effet de le séparer de ses enfants, ni que ses enfants ne pourraient poursuivre une scolarité normale au A et que les soins de son fils aîné, qui souffre de troubles de neuro-développement, ne pourraient se poursuivre dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

7. M. B reprend en appel le moyen soulevé en première instance tiré de ce que les décisions seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Cependant, il ne développe au soutien de ce moyen aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. M. B reprend en appel le moyen soulevé en première instance tiré de que la décision serait entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle. Cependant, il ne développe au soutien de ce moyen aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination et portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire:

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 9 que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Dès lors, M. B ne peut se prévaloir de son illégalité au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation des décisions fixant le pays de renvoi et portant refus de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision doit être écarté.

11. En deuxième lieu, M. B reprend en appel les moyens soulevés en première instance tirés de ce que la décision contestée méconnaîtrait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et constitue une mesure disproportionnée. Cependant, il ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de droit ou de fait pertinent de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif. Il y a lieu, dès lors, d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges.

12. En troisième lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux article L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français et sa durée dépendent de conditions propres à l'intéressé, les conditions de fixation de la durée étant précisées par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision n'a pas pour objet de fixer un pays de renvoi. Il s'ensuit que M. B ne peut utilement invoquer à l'encontre de la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français, qui n'a pas pour effet de le renvoyer dans son pays d'origine, la circonstance que son fils ne pourrait bénéficier de soins adaptés au A.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Dès lors ses conclusions à fin d'annulation du jugement attaqué et de l'arrêté du 10 novembre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis doivent être rejetées en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État au titre des article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et à Me Abdennour.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 17 novembre 2022.

Le président de la 8ème chambre,

R. LE GOFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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