vendredi 29 juillet 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-22PA02009 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SEMAK |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2021 par lequel le préfet de police a décidé son transfert aux autorités italiennes en vue de l'examen de sa demande d'asile.
Par un jugement no 2200625 du 21 février 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 2 mai 2022, Mme B, représentée par Me Amélie Semak, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement no 2200625 du 21 février 2022 du tribunal administratif de Paris ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2021 du préfet de police ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de l'admettre au séjour au titre de l'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile ainsi que le formulaire de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides dans un délai de 10 jours à compter de l'arrêt à intervenir ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 10 jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 400 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, en l'absence d'admission à l'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 30 mars 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante érythréenne née le 13 août 1996, a sollicité son admission au séjour en France au titre de l'asile. L'examen de ses empreintes digitales ayant révélé qu'elle avait irrégulièrement franchi les frontières italiennes, le préfet de police a saisi les autorités italiennes d'une demande de prise en charge, qu'elles ont acceptée le 13 décembre 2021. Par un arrêté du 28 décembre 2021, le préfet de police a décidé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Mme B fait appel du jugement du 21 février 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose que : " Les présidents des cours administratives d'appel () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. En premier lieu, en relevant que l'arrêté attaqué mentionnait les principaux éléments de faits relatifs à la situation personnelle de Mme B, le juge de première instance a entendu écarter le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée, à l'appui duquel celle-ci soulevait une argumentation commune au moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté. Par suite, le jugement attaqué n'est pas entaché de défaut de réponse à moyen.
4. En second lieu, en jugeant que si la requérante faisait valoir qu'elle présentait un état psychologique fragile à la suite d'une interruption volontaire de grossesse, il ne ressortait pas des pièces du dossier que cette situation particulière ne serait pas prise en compte par les autorités compétentes, s'agissant de l'exécution de l'arrêté de transfert, le premier juge a suffisamment répondu au moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. La circonstance que le premier juge, ce faisant, aurait insuffisamment pris en considération la situation de Mme B ou commis une erreur de fait, qui se rapporte au bien-fondé du jugement attaqué, est sans incidence sur sa régularité.
Sur la légalité de l'arrêté de transfert :
5. En premier lieu, d'une part, l'arrêté attaqué, qui vise le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, comprend la mention du franchissement irrégulier des frontières italiennes le 30 juin 2021 et indique que les autorités italiennes doivent être regardées comme responsables de la demande d'asile de Mme B en application de l'article 13 du règlement, est suffisamment motivé, alors même qu'il ne précise pas en quoi la situation de cette dernière ne relève pas des dérogations prévues par l'article 17 du règlement. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet
entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. () ". Aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ".
7. Il ressort des pièces du dossier que l'entretien individuel de Mme B le 6 septembre 2021 a été mené par un agent de la préfecture de police avec l'assistance d'un interprète, clairement identifié, de l'organisme ISM interprétariat, en langue tigrigna, langue comprise par l'intéressée. Si Mme B se prévaut de ce que les services de l'interprète ont été fournis par téléphone sans que le préfet de police en justifie la nécessité conformément aux dispositions précitées de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une part, il ne résulte d'aucune disposition ni d'aucun principe que le recours à la voie téléphonique devrait être motivé et, d'autre part, il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui a signé le compte rendu d'entretien sans émettre de réserve, a reconnu avoir compris les informations qui lui avaient été communiquées et n'a fait état d'aucune difficulté de compréhension ou d'audition. Ainsi, en tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que les modalités techniques du déroulement de l'entretien auraient privé la requérante d'une garantie relative à une information complète ou auraient exercé une influence sur le sens de l'arrêté litigieux.
8. Enfin, si la requérante invoque également la méconnaissance du dernier alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les conditions de notification de l'arrêté sont sans incidence sur sa légalité.
9. En troisième lieu, aux termes du 5 de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national ". Aux termes du 3 de l'article 35 du même règlement : " Les autorités visées au paragraphe 1 reçoivent la formation nécessaire en ce qui concerne l'application du présent règlement ".
10. D'une part, ni ces dispositions, ni aucun principe n'imposent que figure sur le compte rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené cet entretien. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a été reçue par un agent du 12ème bureau de la délégation à l'immigration de la préfecture de police, dont aucun élément ne permet de douter de la formation préalable exigée par l'article 35 du règlement, et que l'entretien a été mené de façon à réunir l'ensemble des éléments permettant au préfet de déterminer l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile de l'intéressée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 5 et 35 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté. Par ailleurs, la requérante, qui n'invoque pas la mise en œuvre de la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale, ne peut utilement se prévaloir des dispositions du 4 son article 4.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. () en cas de résultat positif ("hit") Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) n° 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. () ". Aux termes de l'article 22 du même règlement : " L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que les recherches conduites sur le fichier Eurodac à partir des empreintes de Mme B ont donné un résultat positif le 3 septembre 2021, que les autorités italiennes ont été saisies le 13 octobre 2021 d'une demande de prise en charge en application de l'article 13 du règlement et que l'Italie a donné son accord exprès au transfert le 13 décembre 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 21 et 22 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comme de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". L'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 prévoit que : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".
14. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.
15. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il existerait de sérieuses raisons de croire à l'existence en Italie de défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs. D'autre part, si l'intéressée fait valoir que les autorités italiennes n'ont jamais procédé à l'examen et à l'instruction de sa demande d'asile, qu'elle n'a pas bénéficié d'une prise en charge matérielle en Italie et que ni son état de grossesse ni sa détresse matérielle ni son état psychique n'ont été décelés, il ressort des pièces du dossier qu'elle a franchi les frontières italiennes le 30 juin 2021, qu'elle n'a jamais fait état d'une demande d'asile ou de prise en charge en Italie et qu'elle est entrée en France au plus tard au début du mois de septembre 2021. Si elle invoque également sa vulnérabilité psychique et le suivi dont elle bénéficie dans le service de psychiatrie d'un hôpital parisien, il ne résulte d'aucun élément particulier qu'elle serait soumise en Italie à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que l'arrêté litigieux serait contraire à ces stipulations et entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu de la rejeter en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles tendant à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, verse une somme à son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Fait à Paris, le 29 juillet 202La Conseillère d'Etat,
Présidente de la Cour administrative d'appel de Paris,
P. FOMBEUR
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 22PA02009
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026