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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA02274

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA02274

lundi 31 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA02274
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 29 mai 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2103853 du 15 avril 2022, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2022, M. A, représenté par Me Semak, demande à la Cour :

1°) d'infirmer le jugement du tribunal administratif de Montreuil ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 29 mai 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis ;

3°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le même délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'abroger la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement est entaché d'erreurs de fait ;

- il est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision l'obligeant de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Le dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative dispose : " Les () présidents des formations de jugement des cours peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En premier lieu, M. A soutient que le jugement du tribunal administratif de Montreuil est entaché d'erreurs de fait, s'agissant des motifs relatifs à sa fratrie et à son admission exceptionnelle au séjour. Toutefois, ce moyen se rattache au bien-fondé du jugement et est sans incidence sur sa régularité.

3. En second lieu, il résulte des motifs mêmes du jugement que le tribunal administratif de Montreuil a expressément répondu aux moyens contenus dans la requête présentée par M. A. En particulier, le tribunal administratif n'a pas omis de répondre aux moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen de la situation personnelle de M. A, de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal administratif a également répondu aux moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du même code, ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le jugement serait entaché d'irrégularité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation personnelle de M. A doivent être écartés, par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le tribunal administratif de Montreuil.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes des dispositions alors codifiées à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. M. A soutient qu'il justifie d'une durée de présence significative sur le territoire français, où il est entré à un jeune âge, au mois de mars 2014, qu'il est marié avec Mme C, de nationalité française, depuis le 1er juillet 2017, que celle-ci est engagée dans un parcours de procréation médicalement assistée. Il soutient également que ses parents, en situation régulière, résident en France, de même que ses frères et sœurs de nationalité française. Toutefois, il n'est pas contesté que M. A est entré irrégulièrement en France, motif pour lequel le préfet a par ailleurs estimé qu'il ne pouvait prétendre à la carte de séjour temporaire mentionnée au 4° de l'article L. 313-11 du code précité. Le caractère continu de son séjour en France n'est établi qu'à compter du mois de septembre 2014, soit depuis moins de six ans à la date de l'arrêté en litige. L'intensité des liens familiaux dont il se prévaut en France n'est pas établie et les quittances de loyer produites par M. A, établissant la communauté de vie avec son épouse, sont postérieures à l'arrêté contesté. Enfin, si M. A soutient qu'il a rejoint la France à la suite du décès de sa grand-mère et produit un certificat en ce sens, il n'est pas pour autant établi qu'il serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage méconnu les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code précité. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes des dispositions alors codifiées à l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

8. A l'appui de ce moyen, M. A ne produit qu'un contrat de travail à durée déterminée pour le mois de janvier 2020, ainsi qu'un contrat de travail à durée indéterminée du 27 mai 2020, assorti d'un formulaire de demande d'autorisation de travail, pour un poste d'employé polyvalent. Ces éléments ne sont pas de nature à justifier de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 313-14 du code précité. Ainsi, et compte tenu de ce qui a été dit au point 6 de la présente ordonnance, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes des dispositions alors codifiées à l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 7° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française () ".

10. A la date de l'arrêté contesté, M. et Mme A étaient mariés depuis moins de trois ans et la communauté de vie ne pouvait être tenue pour établie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'abrogation :

11. Le juge administratif ne peut être saisi, à titre subsidiaire, que de conclusions tendant à l'abrogation d'un acte règlementaire. Ainsi, ces conclusions, au demeurant non présentées en première instance, ne peuvent qu'être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. A est manifestement dépourvue de fondement. Elle peut, dès lors, être rejetée par application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 31 octobre 2022.

Le président de la 3ème chambre,

I. LUBEN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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