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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA02341

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA02341

mercredi 5 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA02341
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantPERRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A E et Mme C D, épouse E, ont demandé au Tribunal administratif de Melun de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2014 et 2015.

Par un jugement n° 1810565/3 du 24 mars 2022, le Tribunal administratif de Melun a prononcé un non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement de 17 497 euros prononcé en cours d'instance et rejeté le surplus de leur demande.

Procédure devant la Cour :

I) Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 mai 2022 et le 30 janvier 2023 sous le numéro 22PA02341, M. et Mme E, représentés par Me Frédéric Perrin, demandent à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du 24 mars 2022 du Tribunal administratif de Melun ;

2°) de les décharger des impositions contestées devant ce tribunal ;

3°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le jugement attaqué a méconnu le principe du contradictoire dès lors que leur nouvel avocat n'a pas été rendu destinataire des observations présentées par l'administration dans un mémoire enregistré au tribunal le 25 février 2022, mémoire dans lequel l'administration demandait une substitution de base légale qui a été retenue par le tribunal ;

- l'administration ne démontre pas l'existence et le montant des revenus considérés comme distribués, dès lors que les résultats de la société Alinda ont été déterminés dans le cadre d'une évaluation d'office irrégulièrement mise en œuvre ;

- le caractère délibéré du manquement justifiant l'application de la majoration du a) de l'article 1729 du code général des impôts n'est pas établi et l'application de cette pénalité méconnaît l'instruction BOI-CF-INF-10-20-20 n° 30, 12 septembre 2012 ;

- l'administration n'est pas fondée à appliquer la majoration de 10 % en vertu de l'article 1727 IV-2, cette majoration étant exclusive de l'intérêt de retard appliqué en l'espèce.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme E ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2023.

II) Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 juillet 2022 et le 30 janvier 2023 sous le numéro 22PA03201, M. A E et Mme C D, épouse E, représentés par F, demandent à la Cour d'ordonner le sursis à exécution du jugement n° 1810565/3 du Tribunal administratif de Melun du 24 mars 2022.

Ils soutiennent que :

- il existe des moyens sérieux d'annulation du jugement attaqué et de décharges des impositions contestées ;

- les conséquences du jugement seront difficilement réparables.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 août 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le rejet de la demande de décharge d'impositions ne peut faire l'objet d'aucun sursis en application de l'article R. 811-7 du code de justice administrative ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 3 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 janvier 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de Mme Prévot, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Alinda, qui avait pour activité le conseil en ingénierie, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er mai 2013 au 31 décembre 2015, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification en date du 21 mars 2017 par laquelle ses résultats des exercices clos en 2014 et 2015 ont été rehaussés. Consécutivement à cette vérification, M. E, regardé comme le bénéficiaire des revenus distribués par cette société en sa qualité de maître de l'affaire, et Mme E se sont vu notifier, par proposition de rectification du 26 avril 2017, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux assorties de majorations au titre des années 2014 et 2015. Par la première requête susvisée, ils relèvent appel du jugement du 24 mars 2022 par lequel le Tribunal administratif de Melun, après avoir constaté un non-lieu à statuer à hauteur de 17 497 euros, a rejeté le surplus de leur demande tendant à la décharge de ces impositions, mises en recouvrement le 31 juillet 2018, et par la seconde, en demandent le sursis à exécution.

2. Les requêtes n° 22PA02341 et 22PA03201portant sur le même jugement et ayant fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul arrêt.

Sur la requête n° 22PA02341 :

En ce qui concerne la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article R. 431-1 du code de justice administrative : " Lorsqu'une partie est représentée devant le tribunal administratif par un des mandataires mentionnés à l'article R. 431-2, les actes de procédure, à l'exception de la notification de la décision prévue aux articles R. 751-3 et suivants, ne sont accomplis qu'à l'égard de ce mandataire ".

4. M. et Mme E soutiennent que le tribunal a méconnu le principe du contradictoire en ne communiquant pas à leur nouvel avocat le mémoire de l'administration enregistré au tribunal le 25 février 2022 par lequel cette dernière sollicitait une substitution de base légale à laquelle le tribunal a fait droit. Toutefois, d'une part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le courriel du 6 juillet 2021 par lequel Me G, seule avocate constituée auprès de la juridiction dans l'affaire qui lui était soumise, indiquait qu'elle avait cessé d'exercer et que le dossier des requérants avait été transmis à F, aurait effectivement été reçu par le tribunal. D'autre part, il ressort de la décision de l'ordre des avocats produite au dossier qu'un confrère de Me Vrignaud avait été désigné pour administrer son cabinet dans le cadre des affaires en cours, et il est constant que, ni cet avocat, ni F, théoriquement constitué en remplacement de Me Vrignaud ne se sont manifestés auprès de la juridiction, via l'application " Télérecours " ou par courrier. C'est par suite régulièrement qu'en application des dispositions citées au point 3. le tribunal a communiqué à Me Vrignaud les actes de procédure, et notamment le mémoire du 25 février 2022, aucune pièce du dossier de première instance ne justifiant de ce que Me Frédéric Perrin se serait constitué. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le principe du contradictoire a été méconnu et que le jugement a été rendu à la suite d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne l'existence et le montant des revenus réputés distribués :

5. Aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Aux termes de l'article 109 de ce même code : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices ". Aux termes de l'article 111 du même code : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

6. En premier lieu, si M. et Mme E font valoir que la procédure de vérification de la société Alinda est irrégulière dès lors que l'administration a mis en œuvre, à tort, la procédure d'opposition à contrôle fiscal, ce moyen relatif à la procédure d'imposition suivie à l'encontre d'une société soumise au régime d'imposition des sociétés, est inopérant à l'égard des impositions personnelles mises à la charge des bénéficiaires de revenus réputés distribués par cette société.

7. En second lieu, il résulte de la proposition de rectification du 26 avril 2017 adressée aux requérants, à laquelle était jointe la proposition de rectification de la société Alinda du 21 mars 2017, que le résultat imposable de la société, déterminé à partir des crédits bancaires identifiés sur la base des relevés des comptes détenus par cette société auprès des établissements bancaires, auxquels a été déduit, par souci de réalisme, un montant de charges, évalué par comparaison avec les charges déclarées avec d'autres sociétés similaires à 89,84 % au titre de l'exercice clos en 2014 et 92,17 % au titre de l'exercice clos en 2015, a été évalué à 18 868 euros et 29 387 euros respectivement pour les exercices clos en 2014 et 2015. M. et Mme E, qui ne critiquent par ailleurs ni la méthode d'évaluation du chiffre d'affaires, ni la qualité de seul maître de l'affaire de M. E, ne sont donc pas fondés à soutenir que ni l'existence, ni le montant des revenus réputés distribués n'ont été établis par l'administration.

En ce qui concerne les pénalités et majoration :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ;() ".

9. Pour justifier l'application des pénalités pour manquement délibéré, l'administration s'est fondée sur la circonstance que M. E, gérant et associé unique de la société Alinda, ne pouvait ignorer son obligation de déclarer les résultats générés par l'activité de cette société, et qu'en appréhendant ces résultats et en les soustrayant à l'impôt, il avait nécessairement conscience qu'il enfreignait les règles fiscales. Il suit de là que M. et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que l'administration n'établit pas le bien-fondé de l'application de la pénalité de 40 % sur le fondement des dispositions de l'article 1729 du code général des impôts. Le moyen tiré de la méconnaissance des énonciations du paragraphe 30 de la documentation administrative BOI-CF-INF-10-20-20 ne peut qu'être écarté, dès lors qu'elles ne comportent pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application.

10. En second lieu, aux termes de l'article 1727 du code général des impôts : " I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard (). IV 2. L'intérêt de retard cesse d'être décompté lorsque la majoration prévue à l'article 1730 est applicable. ()". Aux termes de l'article 1730 de ce même code : " 1. Donne lieu à l'application d'une majoration de 10 % tout retard dans le paiement des sommes dues au titre de l'impôt sur le revenu, des contributions sociales recouvrées comme en matière d'impôt sur le revenu () / 2. La majoration prévue au 1 s'applique : / a. Aux sommes comprises dans un rôle ou mentionnées sur un avis de mise en recouvrement qui n'ont pas été acquittées dans les quarante-cinq jours suivant la date de mise en recouvrement du rôle ou de la notification de l'avis de mise en recouvrement, sans que cette majoration puisse être appliquée avant le 15 septembre pour les impôts établis au titre de l'année en cours (.) ".

11. Il est constant que les impositions en litige n'ont été assorties que de l'intérêt de retard et de la pénalité de 40 %. La circonstance qu'une majoration de recouvrement de 10 % ait été mise à la charge des requérants, après mise en recouvrement, en raison du non-paiement dans les délais desdites impositions, est sans incidence sur le présent litige, qui est un litige d'assiette et non de recouvrement, les requérants ne produisant aucune pièce de nature à établir que l'intérêt de retard aurait continué à courir après l'application de cette majoration. Par suite, M. et Mme E ne sont pas fondés solliciter la décharge des intérêts de retard en litige.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le Tribunal administratif de Melun a rejeté le surplus de leur demande. Leurs conclusions à fin de décharge doivent par suite être rejetées ainsi que par voie de conséquence celles présentées au titre des frais d'instance.

Sur la requête n° 22PA03201 :

13. La Cour se prononçant par le présent arrêt sur la requête de Mme et M. E tendant à l'annulation du jugement du Tribunal administratif de Melun du 24 mars 2022, il n'y a plus lieu de statuer sur la requête n° 22PA03201 par laquelle les requérants sollicitent le sursis à exécution de ce jugement.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 22PA03201.

Article 2 : La requête n° 22PA02341 de M. et Mme E est rejetée.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A E, à Mme C D, épouse E et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée au chef des services fiscaux chargé de la direction de contrôle fiscal d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Brotons, président de chambre,

- Mme Topin, présidente assesseure,

- M. Magnard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

E. BLe président,

Signé

I. BROTONS

Le greffier,

Signé

A. MOHAMAN YERO

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 22PA02341, 22PA03201

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