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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA03042

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA03042

vendredi 14 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA03042
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCHAIB HIDOUCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination d'une mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2125165 du 17 février 2022, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 1er juillet 2022, M. B, représenté par Me Chaib Hidouci, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2125165 du 17 février 2022 du tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination d'une mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'indique pas la durée prévisible de son traitement à suivre et son caractère de longue durée ou non ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir saisi la Commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination d'une mesure d'éloignement :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Paris en date du 17 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 25 novembre 1949, est entré en France en 2014 selon ses déclarations. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 16 juillet 2021, le préfet de police a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination d'une mesure d'éloignement. M. B relève appel du jugement du 17 février 2022 du tribunal administratif de Paris ayant rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, : () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, en première instance, M. B a fait valoir que la décision portant refus de titre de séjour était intervenue au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que l'avis du collège médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'indique pas la durée prévisible de son traitement à suivre et son caractère de longue durée ou non. Les premiers juges ont relevé que l'avis du collège de médecins de l'OFII du 2 juin 2021, au vu duquel le préfet de police s'est prononcé, mentionne que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine vers lequel il peut voyager sans risque. Les premiers juges ont énoncé que la mention de la durée du traitement, ainsi qu'il résulte du modèle d'avis figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016, avait pour seul objet de préciser si l'état de santé du demandeur nécessitait des soins de longue durée ou non pour l'attribution d'un titre de séjour. Ils en ont déduit que l'absence d'une telle mention dans l'avis n'était pas de nature à entacher sa régularité. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance sans y ajouter d'élément de droit ou de fait nouveau, M. B ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 3 de son jugement.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du certificat médical du 4 septembre 2019 par un praticien de l'hôpital Georges Pompidou que l'intéressé souffre d'hypertension artérielle secondaire à un hyperaldostéronisme primaire nécessitant un suivi médical régulier et un traitement à base d'anti hypertenseur. S'il conteste la disponibilité des soins en Algérie, les pièces produites en première instance n'apportent aucune précision sur ce point, à l'exception du certificat précité qui mentionne que le traitement " n'est ni disponible, ni accessible dans son pays d'origine ", lequel est antérieur de près de deux ans à l'arrêté et imprécis. Par suite, M. B, qui ne produit aucune pièce nouvelle en appel au soutien de ses allégations et ne peut donc utilement se prévaloir de l'absence de traitement en Algérie, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ".

6. Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à ces articles, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Or, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. B ne justifie pas satisfaire aux dispositions, notamment, de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, le préfet de police, avant de se prononcer sur sa demande de titre de séjour, n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure à raison de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, en première instance, M. B a fait valoir que la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Les premiers juges ont relevé que pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de police a estimé, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Les premiers juges ont relevé qu'il ressortait du certificat médical du 4 septembre 2019 que M. B souffre d'hypertension artérielle secondaire à un hyperaldostéronisme primaire nécessitant un suivi médical régulier et un traitement à base d'anti hypertenseur. Ils ont aussi considéré que si le requérant contestait la disponibilité des soins en Algérie, il n'apportait aucun élément de nature à l'établir dès lors que le certificat précité était antérieur de deux ans à l'arrêté, revêtait un caractère imprécis et n'était corroboré par aucun document plus circonstancié et récent. Ils en ont déduit, alors même que les autres documents produits ne se prononçaient pas sur ce point, que le préfet avait refusé de lui délivrer le certificat de résidence sollicité sans méconnaître les stipulations précitées de l'accord franco-algérien. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance sans y ajouter d'élément de droit ou de fait nouveau et sans produire de pièce nouvelle au soutien de ses allégations, M. B ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 4 de son jugement. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit au regard de celles-ci.

8. En dernier lieu, en première instance, M. B a fait valoir que la décision portant refus de titre de séjour méconnaissait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et était entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Les premiers juges ont énoncé que si l'intéressé se prévalait de ce qu'il vit en France depuis 2014, il n'y était entré qu'à l'âge de soixante-cinq ans environ et n'établissait pas l'impossibilité de son suivi médical en Algérie. Ils en ont déduit que le préfet n'avait pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention précitée. Ils ont également relevé qu'il n'était pas dénué d'attaches dans son pays d'origine où résident sa femme et ses enfants. Ils ont par ailleurs affirmé que, pour les mêmes motifs, le préfet n'avait pas fait une appréciation manifestement erronée des conséquences du refus de titre de séjour sur la situation personnelle de l'intéressé. En se bornant à reprendre à reprendre son argumentation de première instance en alléguant qu'il est dénué d'attaches en Algérie depuis sa séparation avec son ex épouse, M. B, qui ne produit aucune pièce nouvelle au soutien de ses allégations, ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 6 de son jugement.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 de la présente ordonnance, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vertu desquelles ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français l'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, comme l'ont relevé à bon droit les premiers juges, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle n'implique pas, par elle-même, le retour de l'intéressé dans son pays d'origine.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent de la présente ordonnance, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination d'une mesure d'éloignement :

12. Si M. B soutient qu'en cas de retour en Algérie, il craint d'être exposé à des traitements inhumains et dégradants, en raison de son état de santé, il résulte de ce qui a été dit aux points 4 et 7 de la présente ordonnance que les risques allégués ne sont, en tout état de cause, pas établis. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination d'une mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement du 17 février 2022 et de l'arrêté du 16 juillet 2021, est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions précitées de l'article

R. 222-1 du code de justice administrative. Elle doit donc être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 14 avril 2023.

Le président assesseur de la 9ème chambre,

J.-E. SOYEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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