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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA03145

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA03145

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA03145
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSILVA MACHADO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 23 février 2022, notifié en mains propres le 1er mars 2022, par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination d'une mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2210127 du 27 juin 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, M. B, représenté par Me Machado, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2210127 du 27 juin 2022, par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Essonne ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de procéder à un nouvel examen de sa demande dans un délai de quinze jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement :

- le premier juge a omis de statuer sur ses conclusions dirigées contre les décisions de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et d'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, en ce que le risque de fuite n'était pas caractérisé ;

- elle méconnait la directive 2008/11/CE du 16 décembre 2008.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 février 2022, le préfet de l'Essonne a obligé M. B, ressortissant congolais né le 1er juillet 2002, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination d'une mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. B relève appel du jugement du 27 juin 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. En application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours " peuvent, () par ordonnance : rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. M. B soutient que le jugement serait entaché d'une omission à statuer sur ses moyens et conclusions dirigés contre les décisions de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et d'interdiction de retour sur le territoire français. Toutefois, il ressort des visas, des motifs et du dispositif du jugement attaqué, que le premier juge s'est prononcé sur tous les moyens présentés en première instance par le requérant, qui étaient chacun dirigés contre la légalité de l'ensemble des décisions composant l'arrêté, et qu'il a statué sur l'ensemble de la demande. Ainsi, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement manque en fait et ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. M. B se borne à reprendre dans sa requête d'appel, sans les assortir d'éléments nouveaux, les moyens qu'il avait invoqués en première instance, tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Cependant, il ne développe au soutien de ces moyens aucun argument de fait ou de droit pertinent et ne produit aucun document de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montreuil. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à juste titre par le premier juge.

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

5. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire national n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

6. En deuxième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté litigieux que, pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, le préfet de l'Essonne s'est fondé en particulier sur les circonstances que M. B n'a pas présenté de passeport valide et a dissimulé son identité en utilisant trois alias, et sur l'appréciation selon laquelle le comportement du requérant constitue un trouble récurrent et grave à l'ordre public dès lors, en particulier, qu'il a été condamné le 27 octobre 2021 par le tribunal correctionnel de Melun à huit mois d'emprisonnement et interdiction pendant cinq ans de détenir ou porter une arme, pour transport illégitime d'arme ou munitions, récidive et usage illicite de stupéfiants, récidive de port prohibé d'armes, et qu'il a fait en outre l'objet de douze signalements pour des faits relatifs à des troubles à l'ordre public.

7. D'une part, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 dès lors que ses dispositions ont été transposées en droit national, notamment aux articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. D'autre part, M. B, qui ne conteste pas ne pas avoir présenté de passeport valide et avoir dissimulé son identité par l'usage de trois alias, et qui se borne à revendiquer une " gravité toute relative " des faits ayant conduit à sa condamnation pénale, n'est manifestement pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne aurait commis une erreur d'appréciation en lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la légalité décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire national n'étant entachée d'aucune des illégalités alléguées, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui interdisant le retour sur le territoire national.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

11. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

12. Les motifs de l'arrêté attaqué, qui vise en particulier les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, attestent de la prise en compte, par le préfet de l'Essonne, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en ressort que, pour édicter une interdiction de retour d'une durée de trois ans à l'encontre de M. B, le préfet s'est fondé sur la durée limitée du séjour en France du requérant, dont il a relevé qu'il avait déclaré être entré en France en 2017 sans l'établir, les circonstances qu'il est dépourvu d'emploi et de ressources, est célibataire et sans charge de famille en France alors qu'il n'est pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, et l'appréciation selon laquelle le comportement de M. B constitue un trouble récurrent et grave à l'ordre public. Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision manque en fait et ne peut qu'être écarté.

13. En troisième lieu, eu égard notamment à la gravité des faits ayant conduit à sa condamnation pénale, et en outre à la récidive de tels faits, M. B n'est manifestement pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans serait entachée d'une erreur d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de faire application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et de la rejeter en toutes ses conclusions.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de l'Essonne.

Fait à Paris, le 21 octobre 2022.

La présidente de la 5ème chambre,

H. VINOT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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