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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA04167

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA04167

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA04167
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSAINT YVES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Paris d'annuler l'arrêté du 31 mai 2021 par lequel le préfet de police lui a retiré sa carte de résident.

Par un jugement n° 2116102 du 13 juillet 2022, le tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 12 septembre 2022, M. B, représenté par Me de Boissieu, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2116102 du 13 juillet 2022 du tribunal administratif de Paris ;

2°) d'annuler le procès-verbal du 9 novembre 2020 par voie d'exception ;

3°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2021 par lequel le préfet de police lui a retiré sa carte de résident ;

4°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, l'invocation tardive du procès-verbal du 26 octobre 2020 par le préfet ne pouvant remédier à ce défaut de motivation ;

- cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation, en méconnaissance du principe de l'individualisation des peines ;

- il est illégal dans la mesure où il est fondé sur le procès-verbal du 9 novembre 2020 dont l'illégalité doit être constatée par voie d'exception dès lors, d'une part, qu'aucune poursuite ne pouvait être effectuée postérieurement au 26 octobre 2020, date du procès-verbal mettant fin au contrôle du 13 octobre 2020, à la suite de la conclusion d'une transaction, laquelle est au demeurant elle-même illégale, d'autre part, que les droits de la défense n'ont pas été respectés faute pour lui d'avoir pu bénéficier d'un interprète en violation de la loi n° 2013-711 du 5 août 2013 et de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est fondé sur des faits matériellement inexacts ;

- la sanction prononcée est disproportionnée ;

- la sanction est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code du travail ;

- la loi n° 2013-711 du 5 août 2013 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 1er février 1965, déclare être entré en France en 1991. Il s'est vu délivrer une carte de résident le 3 décembre 2012, dont la validité expire le 2 décembre 2022. Le 13 octobre 2020, un contrôle du service des douanes, en matière de contributions indirectes, a été effectué au sein de la société dont il est le président. A cette occasion, il a été constaté qu'un salarié étranger était démuni de titre de séjour et de travail et n'avait pas été déclaré auprès des organismes sociaux. Ces faits ont fait l'objet d'un procès-verbal de constat le 9 novembre 2020. Par un arrêté du 31 mai 2021, le préfet de police a procédé au retrait de sa carte de résident. M. B relève appel du jugement du 13 juillet 2022 du tribunal administratif de Paris ayant rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent (), par ordonnance, : () 7° Rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, en première instance, M. B a fait valoir que l'arrêté était insuffisamment motivé et que l'invocation tardive du procès-verbal du 26 octobre 2020 par le préfet ne pouvait y remédier. Les premiers juges ont considéré que l'arrêté mentionnait les textes dont il fait application et indiquait que le requérant a fait l'objet d'une procédure relative à du travail dissimulé pour emploi d'un étranger salarié en situation irrégulière non déclaré auprès des organismes sociaux à la suite d'un contrôle effectué par les services de la direction régionale des douanes de Paris dont les résultats sont relatés dans un procès-verbal du 9 novembre 2020. Ils ont aussi relevé que l'arrêté mentionnait que ces faits entraient dans le champ d'application de l'article L. 432-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permet le retrait de la carte de résident à tout employeur titulaire de cette carte en infraction avec l'article L. 8251-1 du code du travail. Ils ont aussi relevé que l'arrêté mentionnait que, l'intéressé relevant d'une catégorie de personnes ne pouvant pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français puisqu'il réside en France de façon régulière depuis plus de dix ans, il avait été convoqué par la préfecture le 31 mai 2021 en vue de la délivrance d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale ". Les premiers juges en ont déduit que la décision comportait l'énoncé des éléments de droit et de fait sur lesquels elle se fonde et était suffisamment motivée. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance et à en énoncer que l'arrêté est fondé sur un procès-verbal qu'il n'a pas pu contester, M. B ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges, la circonstance qu'il n'ait pas pu contester ledit procès-verbal étant sans incidence sur la motivation de l'arrêté litigieux. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 4 de son jugement.

4. En deuxième lieu, en première instance, M. B a fait valoir que l'arrêté était entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation, en méconnaissance du principe de l'individualisation des peines. Les premiers juges ont relevé qu'il ressortait des pièces du dossier que le préfet de police avait examiné la situation personnelle et familiale de M. B avant de décider de lui retirer sa carte de résident. Ils en ont déduit que les moyens tirés du défaut d'examen et de la violation du principe d'individualisation des peines devaient, en tout état de cause, être écartés. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance sans y ajouter d'élément de fait ou de droit nouveau, M. B ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 5 de son jugement.

5. En troisième lieu, en première instance, M. B a fait valoir que l'arrêté litigieux était illégal dans la mesure où il était fondé sur un procès-verbal du 9 novembre 2020 dont l'illégalité devait être contestée par voie d'exception. Les premiers juges ont considéré que l'intéressé ne pouvait utilement contester, par voie d'exception, la légalité dudit procès-verbal dès lors qu'il a été dressé en application des dispositions de l'article L. 8211-1 du code du travail, dans le cadre d'une procédure pénale distincte de la procédure administrative en litige. Ils ont énoncé que ce procès-verbal ne constituait ni une décision administrative dont il appartenait au juge administratif de connaître de la légalité, ni la base légale de la décision attaquée ou une décision administrative pour l'application de laquelle la décision litigieuse aurait été prise. Ils ont en outre relevé qu'il n'appartenait pas au juge administratif de connaître de la régularité de la procédure pénale engagée, qui est distincte et indépendante de la procédure administrative, à l'issue de laquelle l'arrêté attaqué a été pris. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance sans y ajouter d'élément de fait ou de droit nouveau, M. B ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 6 de son jugement.

6. En quatrième lieu, en première instance, M. B a fait valoir que l'arrêté était fondé sur des faits matériellement inexacts. Les premiers juges ont relevé qu'il résultait du procès-verbal du 9 novembre 2020 qu'il a été constaté, lors du contrôle en matière de contributions indirectes effectué le 13 octobre 2020 au sein du commerce de M. B, l'absence de déclaration préalable à l'embauche auprès de l'Union de recouvrement des cotisations de sécurité sociale et d'allocations familiales (URSSAF) d'un salarié qui a indiqué être employé au sein de l'établissement depuis près d'un an ainsi que le défaut de titre de séjour valide et d'autorisation de travail de ce salarié et, enfin, le dépassement du temps de travail rémunéré de ce salarié au-delà de la durée maximale quotidienne de travail. Les premiers juges ont relevé que, lors de son audition par les agents de contrôle, il a indiqué avoir recruté cette personne depuis quelques jours et a reconnu être au courant de l'absence de titre de séjour valide et d'autorisation de travail de celui-ci. Les premiers juges ont considéré que si M. B faisait valoir qu'il n'a pas pu bénéficier d'un interprète au cours de la procédure pénale et qu'il conteste les propos consignés dans le procès-verbal en raison de son niveau de français et de celui du salarié concerné, ces affirmations, au demeurant non étayées, n'étaient pas de nature à remettre en cause la matérialité des faits relatés dans le procès-verbal en cause, alors qu'il était établi que le salarié étranger ne disposait pas d'un titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. Ils en ont déduit que le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits devait être écarté. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance sans y ajouter d'élément de fait ou de droit nouveau, M. B ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 7 de son jugement.

7. En cinquième lieu, en première instance, M. B a fait valoir que la sanction dont il fait l'objet, à raison du retrait de sa carte de résident en litige, était disproportionnée. Les premiers juges ont considéré que, si l'intéressé faisait valoir qu'il n'avait jamais embauché irrégulièrement des salariés jusqu'alors, qu'il a procédé à cette embauche en raison de son état de santé, que cette embauche " présentait toutes les apparences de la régularité " et qu'il a été sanctionné d'une amende et d'une fermeture temporaire de son établissement, il résultait de l'instruction, outre que ces éléments n'étaient pas suffisamment étayés, que l'attestation de demande d'asile que le travailleur en cause lui avait remise lors de son embauche n'était plus valide depuis plus d'un an à la date du contrôle et que le requérant a déclaré, lors de son audition, être au courant de la situation irrégulière de son salarié. Les premiers juges en ont déduit qu'eu égard à l'ensemble de ces circonstances, le moyen tiré de la disproportion de la sanction devait être écarté. En alléguant de ce que la proportion s'apprécie, entre autres, eu égard aux sanctions déjà prononcées à son encontre et que le retrait de son titre de séjour s'ajoute aux titres de perception, dont il produit une copie, d'un montant de 2 309 euros en ce qui concerne la contribution forfaitaire des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine et de 7 300 euros en ce qui concerne la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, M. B, qui se borne à reprendre presque intégralement son argumentation de première instance, ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges. Par suite, et à supposer que la décision attaquée puisse être regardée comme constitutive d'une " sanction ", ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 8 de son jugement.

8. En dernier lieu, en première instance, M. B a fait valoir que l'arrêté portait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et était entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Les premiers juges ont relevé que l'arrêté litigieux précisait que M. B disposait de la faculté de solliciter la délivrance d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " et qu'il résultait de l'instruction qu'un récépissé de demande de carte de séjour l'autorisant à travailler lui avait été délivré à la même date. Ils ont aussi relevé que, le 4 août 2021, une carte de séjour temporaire, valable à compter du 31 mai 2021, lui avait été remise. Les premiers juges ont énoncé que l'arrêté n'avait donc eu ni pour objet ni pour effet de mettre fin au droit au séjour de l'intéressé. Ils en ont déduit que ce dernier ne pouvait pas utilement se prévaloir, à l'appui du recours dirigé contre la sanction litigieuse, de l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les premiers juges en ont déduit que M. B n'ayant pas été privé de son droit au séjour en France et de la possibilité d'y poursuivre le suivi médical qu'il indique être nécessaire à son état de santé, il ne résultait pas de l'instruction que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle. En se bornant à reprendre son argumentation de première instance sans y ajouter d'élément de fait ou de droit nouveau, M. B ne remet pas en cause l'appréciation portée à bon droit par les premiers juges. Par suite, ce moyen doit être écarté par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif au point 10 de son jugement.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B, en ce qu'elle tend à l'annulation du jugement du 13 juillet 2022 et de l'arrêté du 31 mai 2021, est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Elle doit donc être rejetée dans l'ensemble de ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet de police.

Fait à Paris, le 24 novembre 202Le président de la 9ème chambre,

S. CARRERE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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