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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA04243

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA04243

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA04243
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantBREDON AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. O B, Mme D K, M. N A C, M. J F,

M. M H, et le syndicat général CFDT Transports Centre Francilien ont demandé au tribunal administratif de Melun d'annuler la décision du 11 mars 2022 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a homologué le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi de la société Kuehne + Nagel.

Par un jugement n° 2204721 du 18 juillet 2022, le tribunal administratif de Melun a rejeté leur demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 16 septembre 2022, un mémoire en réplique enregistré le

14 novembre 2022 et un nouveau mémoire enregistré le 23 novembre 2022, M. O B, Mme D K, M. N A C, M. J F, M. M H, et le syndicat général CFDT Transports Centre Francilien, représentés par Me Champion, demandent à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2204721 du 18 juillet 2022 du tribunal administratif de Melun ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 11 mars 2022 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a homologué le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi de la société Kuehne + Nagel ;

A titre principal :

3°) de mettre à la charge de la société Kuehne + Nagel, sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative, le versement d'une part de la somme de 3 000 euros à chacun des requérants personnes physiques, d'autre part de la somme de 500 euros au syndicat général CFDT Transports Centre Francilien ;

4°) de condamner la société Kuehne + Nagel aux dépens de première instance et d'appel sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ;

A titre subsidiaire :

5°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement d'une part de la somme de 3 000 euros à chacun des requérants personnes physiques, d'autre part de la somme de 500 euros au syndicat général CFDT Transports Centre Francilien ;

6°) de condamner l'Etat aux dépens de première instance et d'appel sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le tribunal administratif a omis d'examiner un moyen, tel qu'il avait été réellement soulevé par les requérants, tiré de l'exception d'illégalité de l'article D. 1233-2 du code du travail dans sa rédaction issue du décret n° 2015-1637 du 10 décembre 2015, qui justifiait l'annulation de la décision contestée ;

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé en ce qui concerne le moyen relatif au caractère erroné du périmètre du groupe de reclassement ;

- le signataire de la décision contestée était incompétent ;

- la décision litigieuse est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne comporte aucune motivation concernant la zone d'emploi applicable et le périmètre d'application des critères d'ordre comme la délimitation du groupe de moyens pour apprécier la suffisance du plan de sauvegarde de l'emploi ;

- la consultation du comité social et économique central et du comité social et économique de l'établissement de Mitry-Mory a été irrégulière en ce que, d'une part, le délai de quinze jours entre les deux réunions du comité social et économique d'établissement n'a pas été respecté et que, d'autre part, la désignation par le comité social et économique central d'un expert a été refusée ;

- le groupe de moyens pour apprécier la suffisance du plan de sauvegarde de l'emploi n'a pas été déterminé ;

- tant les catégories professionnelles que la zone d'emploi d'application des critères d'ordre, définies par la société Kuehne + Nagel, sont erronées, entachant ainsi d'illégalité la décision d'homologation contestée ;

- le plan de sauvegarde de l'emploi est insuffisant s'agissant, d'une part, du reclassement interne (les efforts de reclassement sont feints ; il y a une confusion de l'obligation individuelle de reclassement et l'obligation collective de reclassement ; le contrôle du respect de l'obligation collective de reclassement interne est impossible, faute de mention, dans l'annexe 3 bis, de l'employeur concerné pour chacun des postes proposés, alors que certains postes ne concernent pas la société Kuehne + Nagel SAS, mais ses filiales ; la liste des postes proposés au sein de la société Kuehne + Nagel SAS est manifestement incomplète et n'est pas sérieuse ; les postes offerts au reclassement interne ne comprenaient aucun contrat à durée déterminée ; la recherche de reclassement interne au sein du groupe n'a manifestement pas été sérieuse ; il n'y a pas de maintien du salaire en cas de reclassement sur un même poste de travail au sein du groupe ; le plan de sauvegarde de l'emploi n'ouvre pas la possibilité d'une reconversion professionnelle au sein du groupe Kuehne + Nagel ; il n'y a pas d'indemnité de mutation en cas de reclassement interne ; le plafonnement des frais de déménagement, la prise en charge du double loyer pendant seulement trois mois et le montant de la prime de rideau sont insuffisants ; n'ont été prévues ni mesures pour le conjoint du salarié mobile géographiquement, ni mesures spécifiques pour les travailleurs handicapés) et, d'autre part, du reclassement externe (le congé de reclassement, la durée de la mission du cabinet BPI au titre de l'antenne emploi et les objectifs assignés, le montant du budget individuel de formation et l'allocation de différentiel de salaire sont insuffisants ; il n'y a pas de versement d'une prime à l'embauche par une entreprise extérieure ; les aides à la mobilité géographique en cas de reclassement et l'aide financière à la création ou reprise d'entreprise sont insuffisantes) ;

- la société Kuehne + Nagel a commis, à l'instar du directeur régional et interdépartemental, une erreur de droit quant au périmètre du reclassement interne en estimant que les critères de l'article L. 1233-4 du code du travail sont cumulatifs ;

- le maintien des salaires proposé par la société Kuehne + Nagel est contraire à l'article 17 de l'accord national interprofessionnel du 10 février 1969 relatif à la sécurité de l'emploi qui prévoit un maintien total des salaires pendant une durée de cinq mois pour les salariés ayant une ancienneté supérieure à dix ans ;

- la commission nationale paritaire professionnelle de l'emploi et de la formation professionnelles des transports routiers - CNPE UFT n'a pas été saisie du projet de licenciement collectif d'ordre économique, en méconnaissance de l'article 15 de l'accord national interprofessionnel du 10 février 1969 relatif à la sécurité de l'emploi ;

- le plan de sauvegarde de l'emploi n'a pas prévu des mesures favorisant la reprise de tout ou partie des activités en vue d'éviter la fermeture de l'établissement, en méconnaissance de l'article

L. 1233-62 du code du travail ;

- la priorité de réembauche prévue par le document unilatéral est insuffisante au regard des moyens dont dispose le groupe Kuehne + Nagel ;

- l'absence de prévision d'indemnités supralégales de licenciement dans le document unilatéral est sans rapport avec les moyens du groupe Kuehne + Nagel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 3 novembre 2022, et un nouveau mémoire, enregistré le

22 novembre 2022, la société Kuehne + Nagel, représentée par Me Bredon, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement de la somme de 2 000 euros soit mis à la charge solidaire des requérants personnes physiques et du syndicat général CFDT Transports Centre Francilien sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme G I a été désignée rapporteure publique par une décision de la présidente de la Cour, en application de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les conclusions de Mme Mornet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Fowdar, avocat de M. B, de Mme K, de M. A C, de M. F, de M. H et du syndicat général CFDT Transports Centre Francilien, et de Me Brédon, avocat de la société Kuehne + Nagel.

Considérant ce qui suit :

1. La société Kuehne + Nagel a informé le 9 février 2021 la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (devenue la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités depuis le

1er avril 2021) d'Ile-de-France de l'ouverture d'une procédure d'information et de consultation du comité social et économique central de la société et du comité social et économique de l'établissement de Mitry-Mory dans le cadre d'un projet de licenciement collectif pour motif économique de quatorze salariés de l'entreprise. Le 30 avril 2021, la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a été saisie par la société d'une demande d'homologation du document unilatéral valant plan de sauvegarde de l'emploi. Une décision de complétude a été communiquée le 11 mai 2021 et une décision d'homologation a été prise le 21 mai 2021 par le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France. Par un jugement en date du

14 octobre 2021, le tribunal administratif de Melun a annulé cette décision d'homologation, ce jugement étant confirmé par l'arrêt de la Cour n° 21PA06289 du 10 mars 2022. A la suite de cette annulation, la société Kuehne + Nagel a sollicité le 19 janvier 2022 une nouvelle homologation auprès de la direction régionale et interdépartementale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités. Par une décision du 11 mars 2022, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a homologué le document unilatéral portant sur le projet de licenciement économique collectif donnant lieu à la mise en œuvre du plan de sauvegarde de l'emploi de la société Kuehne + Nagel. Par le jugement du 18 juillet 2022 dont il est relevé appel, le tribunal administratif de Melun a rejeté la demande de M. B, de

Mme K, de M. A C, de M. F, de M. H et du syndicat général CFDT Transports Centre Francilien tendant à l'annulation de cette décision d'homologation.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 1233-61 du code du travail : " Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, lorsque le projet de licenciement concerne au moins dix salariés dans une même période de trente jours, l'employeur établit et met en œuvre un plan de sauvegarde de l'emploi pour éviter les licenciements ou en limiter le nombre. ". Les articles L. 1233-24-1 et L. 1233-24-4 du même code prévoient que le contenu de ce plan de sauvegarde de l'emploi peut être déterminé par un accord collectif d'entreprise et qu'à défaut d'accord, il est fixé par un document élaboré unilatéralement par l'employeur.

3. Il résulte des articles L. 1235-10, L. 1235-11 et L. 1235-16 du code du travail que, pour les entreprises qui ne sont pas en redressement ou en liquidation judiciaire, le législateur a attaché à l'annulation pour excès de pouvoir d'une décision d'homologation ou de validation d'un plan de sauvegarde de l'emploi, des effets qui diffèrent selon le motif pour lequel cette annulation est prononcée. Par suite, lorsque le juge administratif est saisi d'une requête dirigée contre une décision d'homologation ou de validation d'un plan de sauvegarde de l'emploi d'une entreprise qui n'est pas en redressement ou en liquidation judiciaire, il doit, si cette requête soulève plusieurs moyens, toujours commencer par se prononcer, s'il est soulevé devant lui, sur le moyen tiré de l'absence ou de l'insuffisance du plan, même lorsqu'un autre moyen est de nature à fonder l'annulation de la décision administrative, compte tenu des conséquences particulières qui, en application de l'article L. 1235-11 du code du travail, sont susceptibles d'en découler pour les salariés. En outre, compte tenu de ce que l'article L. 1235-16 de ce code, dans sa rédaction issue de la loi n° 2015-990 du

6 août 2015, prévoit désormais que l'annulation d'une telle décision administrative, pour un autre motif que celui tiré de l'absence ou de l'insuffisance du plan, est susceptible d'avoir des conséquences différentes selon que cette annulation est fondée sur un moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision en cause ou sur un autre moyen, il appartient au juge administratif de se prononcer ensuite sur les autres moyens éventuellement présentés à l'appui des conclusions aux fins d'annulation pour excès de pouvoir de cette décision, en réservant, à ce stade, celui tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision administrative. Enfin, lorsqu'aucun de ces moyens n'est fondé, le juge administratif doit se prononcer sur le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision administrative lorsqu'il est soulevé.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1233-30 du code du travail : " Dans les entreprises ou établissements employant habituellement au moins cinquante salariés, l'employeur réunit et consulte le comité social et économique sur : / 1° L'opération projetée et ses modalités d'application, conformément à l'article L. 2323-31 ; / 2° Le projet de licenciement collectif : le nombre de suppressions d'emploi, les catégories professionnelles concernées, les critères d'ordre et le calendrier prévisionnel des licenciements, les mesures sociales d'accompagnement prévues par le plan de sauvegarde de l'emploi et, le cas échéant, les conséquences des licenciements projetés en matière de santé, de sécurité ou de conditions de travail () Le comité social et économique tient au moins deux réunions espacées d'au moins quinze jours (). ". Aux termes de l'article L. 1233-36 du même code : " Dans les entreprises dotées d'un comité social et économique central, l'employeur consulte le comité central et le ou les comités sociaux et économiques d'établissement intéressés dès lors que les mesures envisagées excèdent le pouvoir du ou des chefs d'établissement concernés ou portent sur plusieurs établissements simultanément. Dans ce cas, le ou les comités sociaux et économiques d'établissement tiennent leurs réunions après celles du comité social et économique central tenues en application de l'article L. 1233-30. Ces réunions ont lieu dans les délais prévus à l'article L. 1233-30 ".

5. Lorsqu'elle est saisie par un employeur d'une demande d'homologation d'un document élaboré en application de l'article L. 1233-24-4 du code du travail et fixant le contenu d'un plan de sauvegarde de l'emploi, il appartient à l'administration de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que la procédure d'information et de consultation du comité social et économique a été régulière. Elle ne peut légalement accorder l'homologation demandée que si le comité a été mis à même d'émettre régulièrement un avis, d'une part, sur l'opération projetée et ses modalités d'application et, d'autre part, sur le projet de licenciement collectif et le plan de sauvegarde de l'emploi. Il appartient en particulier à ce titre à l'administration de s'assurer que l'employeur a adressé au comité social et économique, avec la convocation à sa première réunion, ainsi que, le cas échéant, en réponse à des demandes exprimées par le comité, tous les éléments utiles pour qu'il formule ses deux avis en toute connaissance de cause.

6. Comme il a été dit, le tribunal administratif de Melun a annulé la décision d'homologation prise le 21 mai 2021 par le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France par un jugement du 14 octobre 2021, qui a été confirmé par l'arrêt de la Cour n° 21PA06289 du 10 mars 2022 au motif qu'il n'était pas établi que le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France avait apprécié le plan de sauvegarde de l'emploi au regard du groupe de moyens considéré au niveau international, et que dès lors que cette détermination erronée du périmètre d'appréciation des moyens du groupe avait nécessairement une incidence sur l'appréciation du caractère suffisant du plan de sauvegarde de l'emploi, le motif d'annulation retenu par le tribunal administratif de Melun dans son jugement devait être regardé comme fondant " l'annulation d'une décision () d'homologation mentionnée à l'article L. 1233-57-3 en raison () d'une insuffisance de plan de sauvegarde de l'emploi " au sens des dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 1235-10 du code du travail et devait entraîner les effets prévus par ces dispositions, soit la nullité de la procédure de licenciement. Si ce motif d'annulation n'interdisait pas à l'employeur, s'il souhaitait reprendre son projet de licenciement économique, de présenter une nouvelle demande après y avoir apporté les modifications nécessaires sans être contraint d'élaborer un nouveau projet de plan de sauvegarde de l'emploi, cette possibilité ne l'exonérait pas du respect de la procédure d'information et de consultation du comité social et économique prévue par les dispositions précitées des articles L. 1233-30 et L. 1233-36 du code du travail.

7. Il ressort des pièces du dossier que la société Kuehne + Nagel a repris la procédure de demande d'homologation du document unilatéral en procédant à la consultation du comité social et économique central les 23 décembre 2021 et 7 janvier 2022 et du comité social et économique de l'établissement de Mitry-Mory les 3 et 10 janvier 2022 en transmettant à ces comités le rapport annuel 2020 du groupe Kuehne + Nagel au niveau international, avec les éléments financiers au niveau du groupe international, et le calendrier prévisionnel d'information et de consultation, le calendrier prévisionnel des licenciements et la liste des postes de reclassement actualisés. Si le comité social et économique de l'établissement de Mitry-Mory avait déjà été informé et consulté lors de la procédure de demande d'homologation qui avait été annulée par le jugement du tribunal administratif de Melun du 14 octobre 2021, cette circonstance, dès lors que des éléments d'information substantiels nouveaux, tels que les résultats financiers du groupe Kuehne + Nagel, le calendrier prévisionnel des licenciements et la liste des postes de reclassement, avaient été communiqués au comité social et économique de l'établissement et qu'ils nécessitaient ainsi un délai d'étude et d'analyse suffisant pour permettre aux membres élus du comité de délibérer et de rendre un avis en toute connaissance de cause, n'autorisait pas la société Kuehne + Nagel à convoquer une réunion du comité dès le 10 janvier 2022, soit une semaine seulement après la première réunion qui s'était tenue le 3 janvier 2022, en méconnaissance du droit à l'information des membres élus du comité, rappelé par les dispositions précitées de l'article L. 1233-30 du code du travail selon lesquelles les deux réunions doivent être espacées d'au moins quinze jours, la circonstance alléguée par la société Kuehne + Nagel qu'il ne ressort pas du procès-verbal de cette séance du 10 janvier 2022 que les membres élus auraient refusé de rendre un avis étant à cet égard sans incidence sur l'irrégularité de la procédure ainsi commise, qui est de nature à entacher d'illégalité la décision d'homologation contestée.

8. En second lieu, en vertu des articles L. 1233-24-2 et L. 1233-75-3 du code du travail, il appartient à l'administration, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'homologation d'un document qui fixe les catégories professionnelles mentionnées au 4° de l'article L. 1233-24-2 du même code, de s'assurer, au vu de l'ensemble des éléments qui lui sont soumis, notamment des échanges avec les représentants du personnel au cours de la procédure d'information et de consultation ainsi que des justifications qu'il appartient à l'employeur de fournir, que ces catégories regroupent, en tenant compte des acquis de l'expérience professionnelle qui excèdent l'obligation d'adaptation qui incombe à l'employeur, l'ensemble des salariés qui exercent, au sein de l'entreprise, des fonctions de même nature supposant une formation professionnelle commune. Au terme de cet examen, l'administration refuse l'homologation demandée s'il apparaît que les catégories professionnelles concernées par le licenciement ont été déterminées par l'employeur en se fondant sur des considérations, telles que l'organisation de l'entreprise ou l'ancienneté des intéressés, qui sont étrangères à celles qui permettent de regrouper, compte tenu des acquis de l'expérience professionnelle, les salariés par fonctions de même nature supposant une formation professionnelle commune, ou s'il apparaît qu'une ou plusieurs catégories ont été définies dans le but de permettre le licenciement de certains salariés pour un motif inhérent à leur personne ou en raison de leur affectation sur un emploi ou dans un service dont la suppression est recherchée.

9. Il ressort du document unilatéral homologué par la décision litigieuse que " dans la zone d'emploi de Roissy, dans laquelle se situe le site de Mitry-Mory, deux autres établissements de Kuehne + Nagel SAS sont présents, il s'agit du site de Dammartin-en-Goële et de Tremblay-en-France. Les critères d'ordre seront appliqués par catégorie professionnelle entre les salariés de ces trois sites situés dans la zone d'emploi de Roissy " et qu'" au sein de ces sites [Dammartin-en-Goële et Tremblay-en-France], il n'existe aucun autre poste relevant d'une catégorie d'emploi similaire à celles des salariés de l'établissement de Mitry, à l'exception de celui de l'Assistante de Direction et du Directeur d'Exploitation sur le site de Dammartin-en-Goële. ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que la catégorie professionnelle de " personnel administratif " dans l'établissement de Mitry-Mory, dans laquelle figure l'emploi d'assistante de direction, n'aurait pas pu être regroupée avec la catégorie professionnelle d'" employé d'exploitation " dans l'établissement de Dammartin-en-Goële, qui comprend les emplois d'agent administratif, d'agent administratif logistique, d'employé administratif et de gestionnaire de stock, et avec la catégorie professionnelle d'" employé administratif " dans l'établissement de Tremblay-en-France, qui comprend les emplois d'assistant administratif, d'agent administratif opération et de chargé du support des opérations, dès lors qu'au moins certaines de ces fonctions étaient de même nature et supposait une formation professionnelle commune avec celle d'assistante de direction dans l'établissement de Mitry-Mory, comme, par exemple, celle de chargé du support des opérations dans l'établissement de Tremblay-en-France, dont la mission, selon l'employeur, " est de contribuer à la qualité de service et à l'amélioration continue du service opérationnel pharma. Il agit en tant que lien entre les opérations et la qualité. Cette fonction requiert un Bac+2 dans les domaines du transport et du commerce international, la maîtrise de l'anglais ainsi qu'une expérience dans l'import-export ", tandis que l'assistante de direction dans l'établissement de Mitry-Mory, selon la fiche de poste produite par la société Kuehne + Nagel, a pour mission de " seconder la direction du service dans le traitement des tâches administratives et assiste les différentes personnes de ce service au quotidien ", sa formation initiale devant être de Bac+ 2 ou équivalence acquise par expérience professionnelle, avec une maîtrise de l'anglais. Par suite, cette catégorie professionnelle de " personnel administratif " dans l'établissement de Mitry-Mory doit être regardée comme ayant été définie dans le but de permettre le licenciement de certains salariés en raison de leur affectation dans un service, l'établissement de Mitry-Mory, dont la fermeture a été programmée par la société Kuehne + Nagel. Il s'ensuit qu'en ne refusant pas pour ce motif l'homologation demandée, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a entaché d'illégalité sa décision du 11 mars 2022.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le jugement du 18 juillet 2022 du tribunal administratif de Melun et la décision du 11 mars 2022 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a homologué le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi de la société Kuehne + Nagel doivent être annulés.

Sur les frais liés à l'instance :

11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative la cour ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais liés à l'instance. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par la société Kuehne + Nagel doivent être rejetées.

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Kuehne + Nagel le paiement aux requérants, pris solidairement, de la somme de 1 500 euros au titre des frais liés à l'instance en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les dépens :

13. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent la contribution pour l'aide juridique prévue à l'article 1635 bis Q du code général des impôts, ainsi que les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que des dépens aient été exposés dans l'instance. Par suite, les conclusions de M. B, de Mme K, de M. A C, de M. F, de

M. H et du syndicat général CFDT Transports Centre Francilien tendant à ce que soient mis à la charge de la société Kuehne + Nagel, sur le fondement des dispositions réglementaires précitées, les dépens de première instance et d'appel doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : Le jugement du 18 juillet 2022 du tribunal administratif de Melun et la décision du

11 mars 2022 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France a homologué le document unilatéral portant plan de sauvegarde de l'emploi de la société Kuehne + Nagel sont annulés.

Article 2 : La société Kuehne + Nagel versera à M. B, à Mme K, à M. A C, à

M. F, à M. H et au syndicat général CFDT Transports Centre Francilien, pris solidairement, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de M. B, de Mme K, de M. A C, de

M. F, de M. H et du syndicat général CFDT Transports Centre Francilien est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. O B, à Mme D K, à M. N A C, à M. J F, à M. M H, au syndicat général CFDT Transports Centre Francilien, à la société Kuehne + Nagel et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Ivan Luben, président de chambre,

- Mme Marianne Julliard, présidente-assesseure,

- Mme Gaëlle Dégardin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

I. EL'assesseure la plus ancienne,

M. LLa greffière,

N. DAHMANILa République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.

01/06/2026

CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

04/05/2026

CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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