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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA75-22PA04460

Cour administrative d'appel de Paris — Décision N° CAA75-22PA04460

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Paris
SectionCour administrative d'appel de Paris
N° DossierCAA75-22PA04460
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au Tribunal administratif de Montreuil d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée à l'issue de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2118010 du 15 septembre 2022, le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 14 octobre 2022, Mme B, représentée par Me Sophie Weinberg, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du 15 septembre 2022 du Tribunal administratif de Montreuil ;

2°) d'annuler les décisions contestées devant ce tribunal ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 ou L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de quinze jours suivant l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement attaqué est entaché d'erreurs de fait et de droit ;

- il est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du même code ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 de ce code ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la Cour administrative d'appel de Paris a désigné Mme Topin, président assesseur à la 2ème chambre, à l'effet d'exercer les pouvoirs prévus aux 1° à 7° et au dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

2. Mme A B, ressortissante albanaise née le 27 octobre 1981 et entrée pour la dernière fois en France le 8 octobre 2015 selon ses déclarations, a sollicité, le 9 novembre 2021, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée à l'issue de ce délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans. Mme B relève appel du jugement n° 2118010 du 15 septembre 2022 par lequel le Tribunal administratif de Montreuil a rejeté sa demande dirigée contre ces décisions.

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ". Il ressort des termes du jugement dont il est fait appel que les premiers juges ont répondu au moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de l'arrêté contesté invoqué par la requérante et qu'ils ont à cet égard suffisamment répondu aux arguments développés devant eux par Mme B, le bien fondé des réponses qu'ils ont apportées à ces arguments étant, en tout état de cause, sans incidence sur la régularité du jugement.

4. En second lieu, hormis dans le cas où le juge de première instance a méconnu les règles de compétence, de forme ou de procédure qui s'imposaient à lui et a ainsi entaché son jugement d'une irrégularité, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative contestée dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel. Par suite, Mme B ne peut utilement se prévaloir de ce que le jugement attaqué serait entaché d'erreurs de fait et de droit.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, Mme B reprend en appel certains des moyens qu'elle invoquait en première instance, tirés de ce que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée, qu'elle entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, que le préfet a procédé à une appréciation erronée de la menace à l'ordre public qu'elle représenterait en méconnaissance de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision méconnaît l'article L. 435-1 de ce même code ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par un jugement précisément motivé, le tribunal a écarté l'argumentation développée par Mme B à l'appui de ces moyens. Il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges d'écarter ces moyens ainsi renouvelés devant la Cour par la requérante, qui ne présente aucun élément de fait ou de droit nouveau, par rapport à l'argumentation qu'elle avait développée devant le tribunal.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

7. Ainsi que l'ont relevé les premiers juges, Mme B a vécu en Albanie jusqu'à l'âge de 32 ans. A la date de la décision contestée, elle résidait en France depuis moins de six ans et elle ne fait valoir aucun obstacle empêchant sa réinstallation dans son pays d'origine avec son fils, qui, au demeurant, était majeur et ne justifiait pas alors vivre régulièrement en France. Si elle établit avoir travaillé de manière ponctuelle et à temps non complet à compter du mois de juillet 2016 en qualité de serveuse, elle ne justifie d'une activité professionnelle à temps complet que depuis le 7 février 2020. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile nouvellement invoqué en appel doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7., Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le refus d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8. que le moyen tiré de l'illégalité de la décision de refus de départ volontaire par la voie de l'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la décision contestée, qui vise l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de ce que l'intéressée a fait l'objet le 1er décembre 2020 d'une obligation de quitter le territoire français, est suffisamment motivée.

11. En troisième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée ou des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

13. Mme B ne conteste pas s'être soustraite à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français du 1er décembre 2020. C'est donc sans erreur d'appréciation, et alors même que l'intéressée justifie de garanties de représentation et ne représente pas une menace à l'ordre public, que le préfet a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

14. En cinquième lieu, pour les motifs exposés au point 7., Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Pour le motif exposé au point 9, Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Le moyen tiré de l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français par la voie de l'exception de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

17. En deuxième lieu, la décision attaquée précise les éléments de fait qui en constitue le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée en fait.

18. En troisième lieu, il ne ressort ni de cette décision, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

19. En quatrième lieu, il y a lieu par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges au point 10 du jugement attaqué d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

20. En dernier lieu, pour les motifs exposés au point 7., le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de Mme B ne peut qu'être regardée comme manifestement dépourvue de fondement. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation du jugement et de l'arrêté contestés doivent, en application de l'article R. 222-1 précité du code de justice administrative, être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Paris, le 6 janvier 2023.

Le président assesseur de la 2ème chambre

de la Cour administrative d'appel de Paris,

Emmanuelle TOPIN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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