vendredi 10 mars 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Paris |
| Section | Cour administrative d'appel de Paris |
| N° Dossier | CAA75-22PA04692 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | PIERRE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A et Mme C D E ont demandé au tribunal administratif de Montreuil d'annuler les arrêtés du 1er avril 2022 par lesquels le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de leur délivrer un certificat de résidence, leur a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Par un jugement nos 2207288, 2207289 du 4 octobre 2022, le tribunal administratif de Montreuil a annulé les arrêtés du 1er avril 2022 en tant qu'ils refusent d'accorder à M. et Mme D E un délai de départ volontaire et qu'ils leur font interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a rejeté le surplus de leur demande.
Procédure devant la Cour :
I. Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022 sous le n° 22PA04692, Mme H, représentée par Me Pierre, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement nos 2207288, 2207289 du 4 octobre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté le surplus de ses conclusions ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 1er avril 2022 en tant qu'il a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- le préfet l'a entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 7-2 de la convention relative aux droits des personnes handicapées ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
II. Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2022 sous le n° 22PA04693, M. H, représenté par Me Pierre, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement nos 2207288, 2207289 du 4 octobre 2022 par lequel le tribunal administratif de Montreuil a rejeté le surplus de ses conclusions ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 1er avril 2022 en tant qu'il a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé ;
- le préfet l'a entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 7-2 de la convention relative aux droits des personnes handicapées ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits des personnes handicapées ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme D E, ressortissants algériens, ont sollicité chacun la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 1er avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, respectivement, refusé de leur délivrer le titre de séjour sollicité, leur a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination d'une mesure d'éloignement et leur a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un jugement nos 2207288, 2207289 du 4 octobre 2022, le tribunal administratif de Montreuil a annulé les arrêtés du préfet de la Seine-Saint-Denis du 1er avril 2022 en tant qu'ils refusent d'accorder à M. et Mme D E un délai de départ volontaire et leur font interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a rejeté le surplus de leurs demandes. M. et Mme D E relèvent appel de ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus de leurs demandes.
2. En application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, les présidents des formations de jugement des cours " peuvent, () par ordonnance : rejeter () après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement ".
Sur la jonction :
3. Les requêtes n° 22PA04692 et n° 22PA04693, présentées par M. et Mme D E, tendent à l'annulation du même jugement du 4 octobre 2022 du tribunal administratif de Montreuil et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'elles fassent l'objet d'une seule ordonnance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, M. et Mme D E se bornent à reprendre dans leurs requêtes d'appel, sans les assortir d'éléments nouveaux, les moyens qu'ils avaient invoqués en première instance, tirés de ce que les arrêtés contestés seraient insuffisamment motivés, entachés d'un défaut d'examen de leur situation personnelle et méconnaitraient les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cependant, les requérants ne développent au soutien de ces moyens aucun argument de fait ou de droit pertinent et ne produisent aucun document de nature à remettre en cause l'analyse et la motivation retenues par le tribunal administratif de Montreuil. Par suite, il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus à juste titre par les premiers juges.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
6. M. et Mme D E sont entrés en France en 2016 sous couvert d'un visa de court séjour avec leurs deux enfants et soutiennent avoir ancré depuis l'essentiel de leurs intérêts personnels et familiaux sur le territoire. Toutefois, si M. D E se prévaut de ce qu'il est employé en contrat à durée indéterminée depuis le 1er janvier 2021 et de son inscription à une formation de CAP Pâtissier pour l'année 2021-2022, il ne démontre pas qu'il serait particulièrement inséré, sur le plan professionnel, en France. Par ailleurs, les attestations produites par les requérants ne permettent pas d'établir qu'ils auraient tissé des liens durables et stables avec la société française, alors au contraire qu'il ressort des pièces du dossier qu'ils ne sont pas dépourvus de toute attache familiale ou privée dans leur pays d'origine, où Mme D E a vécu jusqu'à l'âge de quarante ans, où M. D E a vécu jusqu'à l'âge de quarante-cinq ans et où résident notamment leurs parents et cinq de leurs frères et sœurs. Enfin, il ressort des motifs non critiqués de l'arrêté contesté que M. et Mme D E avaient chacun demandé un titre de séjour au titre d'accompagnant d'enfant malade qui avait été rejeté par un arrêté du 25 février 2020 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de MontreuiL. Dans ces conditions, M. et Mme D E ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis, en leur refusant le titre de séjour sollicité et en les obligeant à quitter le territoire français, aurait méconnu les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. Il ressort des pièces du dossier que les deux enfants des requérants, Lilia et G, nés respectivement en 2010 et 2011, souffrent de troubles du spectre autistique. M. et Mme D E soutiennent, en particulier, que leur fils M. G, suivi à l'hôpital de jour enfant B F depuis 2017, souffre de troubles du spectre autistique majeurs, de troubles du comportement et de crises d'épilepsie. Cependant, les documents produits par M. et Mme D E, constitués de certificats médicaux, d'extraits d'articles de journaux, et de décisions de la Maison départementale des personnes handicapées, ne peuvent pas être regardés comme de nature à établir l'indisponibilité dans leur pays d'origine d'un suivi adapté à la pathologie de leurs enfants. Ces éléments ne permettent pas davantage de démontrer que l'absence de suivi des enfants en France entrainerait sur leur état de santé des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ou que leur état de santé ne permettrait pas à leurs enfants de voyager sans risque dans leur pays d'origine, les arrêtés contestés n'ayant au demeurant pas pour effet de les séparer de leurs parents. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations du 2) de l'article 7 de la convention relative aux droits des personnes handicapées : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants handicapés, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
10. Eu égard à ce qui a été exposé au point 8 de la présente ordonnance, et en l'absence de tout autre élément probant, il n'est pas établi que les enfants de M. et Mme D E ne pourraient pas bénéficier dans leur pays d'origine d'un traitement approprié à leur handicap, ni qu'ils ne pourraient pas y être scolarisés. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 2 de l'article 7 de la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées doit être écarté.
11. En dernier lieu, il ne résulte pas des circonstances de fait qui ont été exposées aux points 6, 8 et 10 du présent arrêt, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait, en refusant de délivrer les titres de séjour sollicités et en obligeant M. et Mme D E à quitter le territoire français, commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur leur situation personnelle.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel de M. et Mme D E sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de faire application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative et de les rejeter en toutes leurs conclusions.
ORDONNE :
Article 1er : Les requêtes n° 22PA04692 et n° 22PA04693 de M. et Mme D E sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D E et à Mme C D E.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Fait à Paris, le 10 mars 2023.
La présidente de la 5ème chambre,
H. VINOT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 22PA04692, 22PA04693
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026